Comment répondre aux grands défis de l’enseignement supérieur ? : les réponses du délégué général de la CGE, Francis Jouanjean


La question de l’après bac et de la création de diplômes permettant une insertion professionnelle dès le bac+3 est au cœur des préoccupations de l’enseignement supérieur. Délégué général de la Conférence des grandes écoles (CGE), Francis Jouanjean fait le point sur le sujet mais aussi sur les multiples défis qui attendent l’enseignement supérieur. Son regard à l’aube de l’élection Présidentielle.

- Lire aussi : Faire réussir la jeunesse : les 24 propositions de la (CGE pour un enseignement supérieur « agile, attractif, soutenable et ouvert »

Olivier Rollot : Il y aura 2,9 millions d’étudiants dans l’enseignement supérieur d’ici 10 ans contre 2,5 aujourd’hui. Comment les former pour leur donner le plus de chances de trouver ensuite un emploi ?

Francis Jouanjean : La France diplôme plus d’étudiants à bac+5 qu’à bac+3 sans savoir quels seront les métiers de demain et comment s’y préparer.  Il faudrait plutôt promouvoir les formations courtes professionnalisantes, à bac+3, donner un socle solide aux étudiants et le compléter ensuite par une formation continue efficace.… Lire la suite

350 000 étudiants de plus en 2025

Mais comment va-t-on pouvoir tous les accueillir dans de bonnes conditions ? Si les tendances en termes d’orientation, de poursuite d’études et de démographie se prolongent, l’enseignement supérieur pourrait rassembler 2,9 millions d’étudiants en 2025, soit environ 350 000 étudiants de plus qu’en 2015, selon la dernière note d’information du MENESR.

Des classes d’âge importantes. Entre 2015 et 2025, le nombre de bacheliers serait en forte augmentation pour toutes les séries. La croissance serait particulièrement forte pour les bacs généraux (+55 900, soit +17,6%), plus modeste pour les bacheliers technologiques et professionnels avec respectivement + 26 400 et + 9 000 admis.

La hausse, essentiellement concentrée sur les années 2017, 2018 et 2024, résulterait de l’arrivée des classes d’âge particulièrement nombreuses nées en 2000 et 2001 puis en 2006.

Des hausses contrastées après le bac. Conséquence de cette forte hausse du nombre de bacheliers, le nombre de nouveaux entrants dans l’enseignement supérieur serait supérieur en 2025 de 65 000 (+12,9%) par rapport à 2015 :

  • à l’université serait supérieur de près de 16% à celui de la rentrée 2015 ;
  • dans les IUT il serait près de 15% soit 30% sur 10 ans ;
  • les flux d’entrée en CPGE devraient également connaître une tendance haussière (+8,6%) mais moins importante que sur la période 2005-2015 où elle a été de 14,3% ;
  • en première année de STS la hausse serait de 7% dans la mesure où l’augmentation du nombre de bacheliers professionnels est inférieure à celle des bacs généraux.
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« Les professeurs de prépas doivent être à la fois très engagés et très bons pédagogues » : Jean Bastianelli (lycée Louis Le Grand)

Proviseur du prestigieux lycée Louis-le-Grand de Paris et président de l’Association des proviseurs de lycées ayant des classes préparatoires aux grandes écoles (APLCPGE), Jean Bastianelli.

Olivier Rollot : On reproche souvent aux grands lycées recevant des classes préparatoires de ne pas être ouverts à tous les profils, notamment sociaux. Quen est-il à Louis-le-Grand ?

Jean Bastianelli : Vu de l’extérieur Louis-le-Grand est simplement un lycée d’excellence qui sélectionne ses élèves sur leur travail. Mais la réalité est que Louis-le-Grand est également un lycée très ouvert culturellement, géographiquement et socialement. En seconde, nous recrutons nos 270 élèves dans 200 collèges différents de Paris et d’Ile-de-France, de Garges-Lès-Gonesse comme du 5ème arrondissement de Paris, plus quelques-uns en région mais c’est plus compliqué car nous ne disposons pas d’un internat pour le second cycle. Ce public mélangé donne une ambiance de travail remarquable et des classes très solidaires.… Lire la suite

L’année des fusions (ou pas)

Alors que ses responsables semblent envisager la dissolution de l’université Paris-Saclay, d’autres projets de rassemblements / fusions ont du plomb dans l’aile. Télécom ParisTech et Télécom Sud Paris ont ainsi abandonné leur projet de fusion et on n’en parle plus du tout du côté de l’emlyon BS et Grenoble EM. Alors 2017 sera-t-elle finalement bien l’année des fusions ?

Mais que faire de Paris-Saclay ? En novembre 2016 le cabinet du Premier ministre avait émis un arbitrage, ce qu’on appelle un « bleu de Matignon » qui devrait être soumis aux conseils d’administration des établissements pour s’imposer. Mais le président de la Comue, Gilles Bloch, a préféré missionner un « groupe des sept » (lire sa composition plus bas) pour réfléchir à une nouvelle organisation. En pleine période électorale, avec des ministres qui ne sont pas en capacités de faire évoluer les choses après le départ de nombre de leurs conseillers, la démarche en a surpris plus d’uns.… Lire la suite

Gros plan sur l’Insa Centre Val de Loire avec son directeur, Jean-Marie Castelain

Né en 2014 la fusion de l’ENI Val de Loire et l’Ensi Bourges, l’Insa Centre Val de Loire est le dernier Insa créé en France, en 2015 l’ENSNP intègre l’INSA. Son directeur, Jean Marie Castelain, nous explique comment il se développe au sein du « modèle Insa ».

Olivier Rollot : Qu’est-ce qui a amené à la création d’un nouvel Insa en 2014 ?

Jean-Marie Castelain : La fusion de l’ENI Val de Loire et l’Ensi Bourges a donné l’opportunité au groupe Insa de s’implanter dans une région qui était à la fois la cinquième en France en termes de développement industriel et seulement la 15ème pour la place qui occupaient les écoles d’ingénieurs quand nous avions encore 22 régions en France métropolitaine. S’est ajoutée ensuite à cet ensemble l’Ecole nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, et son diplôme de paysagiste, que l’Etat voulait voir intégré à une école dans la perspective de la création du diplôme d’Etat de paysagiste (DEP).… Lire la suite

Paris-Dauphine publie « L’état des entreprises » : retour sur son modèle

Paris-Dauphine fait partie de cette catégorie d’universités d’excellence qu’on appelle «research universities » (« universités de recherche »). Elle en fait chaque année la démonstration en publiant L’état des entreprises (éditions de La Découverte), un ouvrage d’un peu plus de 100 pages dans lequel son laboratoire « Dauphine Recherches en Management » (DRM) fait le point sur ses recherches portant sur le monde de l’entreprise. « Nous nous adressons à un public plus large que la sphère universitaire pour expliquer à quoi sert la recherche en management. Quand on dit qu’on est chercheur de gestion on vous colle souvent une étiquette de « technicien » alors que nous traitons des questions beaucoup plus larges, bien au-delà de la seule efficacité économique », explique Véronique Perret, l’une des deux chercheuses qui ont édité « L’état des entreprises » cette année.

L’un des plus importants centres français

La plupart des contributions à « L’état des entreprises » (par exemple cette année « Sécurité des systèmes d’information : de la criminologie à l’innovation managériale » ou « Le soulèvement des machines : que penser du trading haute fréquence ») sont rédigées par les chercheurs de DRM, l’un des plus importants centres français en recherche de gestion.… Lire la suite

Dans quels pays les universités sont vraiment autonomes en Europe ?

L’Association européenne des universités a publié cette semaine son étude annuelle sur « l’autonomie des universités en Europe » (29 pays examinés dont la plupart des pays de l’Union européenne, la Suisse et la Serbie) à l’occasion de son congrès qui se tenait en Norvège, à Bergen.

En termes d’autonomie organisationnelle, les universités du Royaume Uni sont les plus libres devant celles du Danemark et de Finlande. La France est 20ème et fait par exemple partie des 17 pays dans lesquels les présidents ou directeurs des universités sont nommés sans avis des autorités et à 65% selon des critères académiques (mais pas au Royaume-Uni).

En termes d’autonomie financière, ce sont les universités luxembourgeoises qui sont les plus livres devant celles de la Lituanie et du Royaume Uni (la France se situant en 24ème position). Dans 15 des 29 pays examinés les universités peuvent emprunter de l’argent seulement sous condition (seuls 6 pays dont l’Autriche, Belgique ou encore les Pays-Bas le permettent sans restriction).… Lire la suite

Comment s’est construit l’IMT Atlantique ? : entretien avec Paul Friedel

A la tête du tout nouveau IMT Atlantique, qui réunit Mines Nantes et Télécom Bretagne depuis le 1er janvier 2017, Paul Friedel dirige aujourd’hui une école qui compte 1400 élèves ingénieurs. Mais comment réussit-on une fusion ?

Olivier Rollot : A la rentrée 2018 les cycles ingénieur de vos deux écoles vont fusionner dans le cadre d’IMT Atlantique. Qu’est-ce que cela signifie pour les étudiants ?

Paul Friedel : Cette année, les étudiants pourront encore postuler aux concours de chaque école pour suivre l’un des deux cursus d’IMT Atlantique. En juin 2017 nous présenterons le nouveau programme de formation unique à la Commission des Titres d’Ingénieurs (CTI). Si tout se déroule comme nous le prévoyons, le cursus unique généraliste – hors apprentissage, masters et doctorats -, débutera à la rentrée 2018. Les premiers diplômés d’IMT Atlantique sortiront de l’école en 2021.

O. R : Les deux cursus sont-ils si différents aujourd’hui ?Lire la suite

HEC lance un master 100% en ligne

« Coursera a la volonté de créer maintenant des programmes diplômants avec des institutions de tout premier plan et nous avons tout de suite été intéressés », explique Peter Todd venu présenter le tout premier programme diplômant 100% en ligne d’HEC Paris et qui entend maintenant « faire d’HEC un leader dans le digital comme il l’est dans les autres domaines ».

Un « master’s » d’un nouveau type

Le Master’s in Innovation and Entrepreneurship (ainsi appelé parce que l’appellation « MSc » ne parle pas à tous dans le monde avec néanmoins l’objectif d’être labellisé par la CGE) s’adresse aux managers qui veulent développer et piloter l’innovation au sein de leurs organisations ainsi qu’à celles et ceux qui souhaitent créer leur entreprise. « Nous voulons toucher de nouveaux profils, pas forcément académiques, pas forcément Français, qui ne pourraient pas nous rejoindre autrement », confie Marc Vanhuele, le directeur digital d’HEC.

Les participants bénéficieront d’un enseignement flexible avec une offre de cours à la carte: ils pourront choisir de suivre ou un seul cours, ou une spécialisation, ou bien tous les enseignements du diplôme de master.… Lire la suite

«La recherche pilote notre recrutement»: Christophe Baujault et Lamia Rouai (ECE Paris)

Considérée comme l’une des meilleures écoles d’ingénieur postbac, l’ECE Paris, école d’ingénieurs a intégré récemment le groupe Inseec. Christophe Baujault et Lamia Rouai, directeur général et directrice générale déléguée, expliquent comment évolue le positionnement de leur école.

Olivier Rollot : Ces dernières semaine on a beaucoup parlé de la baisse de niveau des lycéens en sciences. Est-ce quelque chose que vous ressentez et comment faites-vous pour y remédier ?

Christophe Baujault : Nos étudiants n’ont clairement pas les mêmes comportements qu’il y a seulement cinq ans : ils sont à la fois hyper-connectés et créatifs tout en manquant de capacités de concentration. Ils pensent qu’on peut tout faire à la fois et on les voit prendre des photos des corrections au lieu de prendre des notes. Mais comment retenir sans noter ? Ils ont subi une réforme du lycée qui les conduit à dupliquer plutôt qu’à raisonner. Pour autant leur cerveau est bien câblé.… Lire la suite