« Ecricome a atteint une vraie maturité » : Thomas Froehlicher


Directeur général de Kedge Business School, Thomas Froehlicher vient de prendre la direction du concours Ecricome, qui regroupe son école, NEOMA BS et l’ICN BSpour intégrer aussi bien leurs programmes grande école que bachelor. Il nous explique ses points forts tout en revenant sur l’actualité de l’école qu’il dirige.

Thomas Froehlicher

Olivier Rollot (@O_Rollot: Où en est le concours Ecricome aujourd’hui après quasiment 30 ans d’existence ? (création en 1987)

Thomas Froehlicher : Il a atteint une vraie maturité et est respecté par la communauté des classes préparatoires dont 86 % des élèves postulent. C’est le seul concours qui permette d’intégrer aussi bien le programme grande école (après une prépa comme en admissions parallèles) ou un bachelor. Le tout pour s’orienter dans 10 villes (Bordeaux, Marseille, Metz, Nancy, Reims, Rouen, etc.). Chaque année ce sont en tout 15 000 candidats qui se présentent, 46 000 copies qui sont corrigées et presque autant d’entretiens qui sont réalisés. Aujourd’hui Ecricome inspire la confiance avec des outils digitaux qui permettent aux candidats de recevoir de l’information personnalisée et de se préparer au mieux.

O. R : Le nombre de places offert aux élèves de prépas cette année évolue-t-il par rapport au concours 2015 ?

T. F : Il est stable globalement avec 40 places de moins à Kedge BS. Je crois que nous sommes arrivés à maturité pour les prépas économiques et commerciales alors qu’il y a moyen d’attirer plus de très bons candidats en admissions parallèles, notamment issus de licence et pas seulement de gestion. Nous recevons également de plus en plus de candidats issus des classes prépas littéraires.

Plus largement notre développement peut se poursuivre en bachelors et au niveau international. Mais cette dimension n’est pas traitée par Ecricome, chaque école s’occupe en propre de ses recrutements internationaux.

O. R : La compétition entre les écoles sur le recrutement des élèves en admission parallèle est souvent féroce. Allez-vous vous entendre avec l’autre grand concours, Passerelle, pour imposer des mesures éthiques ?

T. F : Nous avons pris langue avec Passerelle sur ce sujet mais pas seulement. Nous voulons établir un vrai consensus pour aboutir au même système que pour les concours post prépas. Mais il a fallu longtemps pour aboutir au Sigem. Nous pensons qu’au sein du Chapitre des écoles de management réunir une majorité d’écoles sur l’harmonisation de nos pratiques est envisageable à l’horizon 2017-2018. Il s’agira notamment d’empêcher que des candidats qui ont validé leur inscription dans une école soient ensuite sollicités par d’autres.

O. R : La question de l’augmentation des frais de scolarité dans les écoles de commerce a beaucoup fait parler d’elle cet été. Pensez-vous encore les augmenter de l’avenir ?

T. F : Dans le cas de Kedge BS c’est dès 2013 que nous avons anticipé la fin des subventions des chambres de commerce et d’industrie en augmentant nos frais de scolarité. Depuis la création de Kedge BS les deux CCI de Bordeaux et de Marseille Provence qui sont au cœur de notre gouvernance ne nous apportent plus de subventions d’équilibre. Depuis nous avons été largement rattrapés et n’avons procédé qu’à une augmentation de 5 % cette année quand d’autres sont allés plus loin. Nous devons être à l’équilibre financièrement alors que nous ne touchons plus aucune subvention ni de l’État ni des CCI depuis 2013.

Aujourd’hui notre endettement est nul et nous pouvons investir chaque année 5 millions d’euros (sur un budget de 95 M €) pour notamment approfondir notre dimension digitale ou recruter des professeurs de haut niveau. Avec nos 195 professeurs permanents nous sommes aujourd’hui la deuxième école française qui produit le plus de recherche en France dans les « refereed journals », les revues internationales les plus cotées.

O. R : Quels développements avez-vous en tête ?

T. F : Pour diversifier nos sources de financement, nous devons d’abord aller très fortement vers l’international en développant des MBA et des MSc, qui représentent aujourd’hui 37 % de notre chiffre d’affaires, et peuvent être plus couteux car ils représentent notre excellence. Notre executive MBA est ainsi classé cette année 23ème mondial par le Financial Times. L’executive education est une autre source de croissance.

Nous devons équilibrer nos entre formation initiale et formation continue et réfléchir à de nouvelles formations hybrides. Notre école de design de Toulon est en pleine transformation et nous réfléchissons à d’autres pistes comme les nouveaux rapports à établir entre le management, les médias et le digital. Une autre forme d’hybridation concerne l’intégration du numérique au cœur de tous nos programmes. Pour conforter cette nouvelle orientation stratégique, nous venons de recruter José Milano, directeur général adjoint, en charge du Corporate Development.

O. R : Le statut d’établissement d’enseignement supérieur consulaire (EESC) peut-il vous intéresser ?

T. F : Aujourd’hui ce sont essentiellement des établissements sous tutelle de CCI qui franchissent le pas. Nous sommes une association mais la loi nous permettrait d’adopter ce statut si nous le souhaitions et nous y réfléchissons et la décision sera prise avec notre gouvernance en 2016.

O. R : Autre statut, celui d’EESPIG (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général)…

T. F : Nous avons introduit une demande pour l’obtenir auprès du ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la Recherche afin d’affirmer clairement une philosophie « non profit ». Nous croyons beaucoup à notre dimension sociale et venons de créer le dispositif KAP (Kedge Access Program) pour ouvrir plus largement nos portes à des étudiants qui n’ont pas aujourd’hui les moyens de financer leur cursus.

O. R : Où en sont vos rapports avec les universités de Bordeaux et Marseille, notamment dans le cadre de la Comue Aquitaine ou l’Association Aix-Marseille ?

T. F : Dès mon arrivée, j’ai tenu à les rencontrer et parler de ce que nous faisons déjà en commun, par exemple dans l’entrepreneuriat avec les dispositifs Pépite. Nous pouvons très bien travailler ensemble comme ne faisons par exemple en Chine, à Suzhou, où nous avons monté un Institut franco-chinois avec les universités Paris Sorbonne 4 et Montpellier Paul-Valéry. La grande majorité des 300 business schools avec lesquelles nous sommes partenaires dans le monde dépendent d’universités. Il est évident que nous pouvons collaborer avec le monde universitaire français.

Il faut expliquer ce que nous faisons à nos collègues universitaires pour lever des malentendus qui perdurent encore parfois. Mais vous savez, plus les universités sont ambitieuses, plus il est facile de collaborer avec elles et celles de Bordeaux et Aix-Marseille le sont à l’évidence.

O. R : Dernière question : le dernier classement des écoles de management de Challenges place Kedge à la 5ème place, devant l’Edhec. C’est une première en France. Cela vous a-t-il surpris ?

T. F : Non, car comme l’Edhec dont on connait la qualité, Kedge Business School a beaucoup d’ambitions. Par ailleurs, c’est aujourd’hui la première fois que notre classement dans le ranking des European Business Schools du Financial Times et celui d’un classement français se rejoignent à cette place vis-à-vis des autres écoles françaises classées. Si on considère que The Financial Times je ne suis pas surpris. Je dirige une école qui a une vraie solidité !


Print Friendly