Les étudiants rêvent de plus en plus de devenir entrepreneurs

En quelques années les statistiques ont explosé : 4% des diplômés des grandes écoles créent aujourd’hui une entreprise et jusqu’à 9% des managers-hommes (4,8% chez les femmes) révèle la CGE dans sa dernière enquête (tableau ci-dessous).

Un pourcentage qui devrait continuer à progresser dans les années à venir : la dernière étude de l’Edhec NewGent Talent, portant spécifiquement sur les élèves de prépas économiques et commerciales (lire également ci-dessous), montre en effet qu’ils sont aujourd’hui 36% à vouloir créer leur entreprise ou être indépendants quand ils n’étaient encore que 22% en 2014.

 

Des étudiants particulièrement volontaires quel que soit leur profil : 95% des étudiants-entrepreneurs (contre 70% de l’ensemble des étudiants) sont ainsi optimistes en ce qui concerne leur avenir personnel selon l’étude que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a dévoilé il y a quelques semaines.

Des mesures pour aider les étudiants créateurs

Pour sécuriser le parcours des étudiants entrepreneurs en leur permettant de continuer à bénéficier de leurs statut étudiant, le gouvernement a mis en place en 2014 le statut d’étudiant-entrepreneur Mais la procédure reste lourde et compliquée et il n’a bénéficié à ce jour qu’à 1 894 étudiants. Sa simplification dès la prochaine rentrée fait d’ailleurs partie des « 50 mesures de simplification » récemment présentées par Thierry Mandon. Les PEPITE (pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat) visent de leur côté à « généraliser la diffusion de la culture entrepreneuriale et d’innovation auprès des jeunes dans l’enseignement » et visent essentiellement à accompagner les universités. L’objectif est d’atteindre les 20 000 étudiants entrepreneurs en 2017.

CGE, Cdefi, CPU, la plupart des associations et organisations de l’enseignement supérieur sont également impliquées de cet objectif. La Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises) a ainsi été lauréate d’un programme d’investissement d’avenir (PIA) pour promouvoir le statut d’étudiant-entrepreneur en créant des outils pédagogiques pour la formation à l’entrepreneuriat: « Aujourd’hui, la montée en puissance des vocations entrepreneuriales est exponentielle dans les business schools », explique Maurice Thévenet, son président qui « réfléchit à la création de lieux de co-working sur tous les campus comme ce qui existe déjà à PSL ou à l’université de Grenoble ».

Pourquoi surtout les managers ?

90% des élèves de prépas interrogés par l’Edhec expliquent leur volonté de créer leur entreprise par le « challenge » et le besoin de « voir directement l’impact de leur travail ». Ils ne sont que 41% à vouloir « gagner plus d’argent ». Alors qu’HEC annonce 25% de créateurs d’entreprise parmi l’ensemble de ses diplômés son directeur, Peter Todd, s’interroge : « En Amérique du Nord, ce sont plutôt les scientifiques qui créent leur entreprise. Pourquoi est-ce si différent en France ». Sans doute d’abord parce que les ingénieurs français s’intègrent si facilement sur le marché du travail que la difficulté inhérente à la création d’une entreprise peut les rebuter. Un investissement bien moindre dans le plus numérique. « Plus de 6% de ses diplômés créent une entreprise. C’est sans doute plus facile pour eux car les investissements sont faibles dans notre secteur mais c’est aussi une question de génération », se félicite Louis Jouanny, le directeur de l’Esiea. Mais il n’est pas pour autant question d’en rester là dans les écoles d’ingénieurs. Pour développer la dimension entrepreneuriale, la Fondatio Mines ParisTech a par exemple financé la création d’un espace de pré-incubation et la création pour 2017 d’un fablab avec Paris Sciences et Lettres, notre Comue. Elle propose également des bourses aux étudiants fondateurs de start up afin de les soutenir leur effort.

Des challenges qu’ils peuvent de plus en plus facilement relever dans des business schools qui se sont mises à leur écoute. Chaque année le Groupe ESC Troyes organise par exemple ses journées Plug & Start pour faire se rencontrer jeunes entrepreneurs venus de tous les milieux et entreprises. « Être « entrepreneur de sa propre vie » est fondamental dans le groupe. Parce que nous y travaillons depuis 20 ans, nous avons aujourd’hui nous avons une vraie longueur d’avance dans la pédagogie de l’entreprise avec beaucoup de cas à suivre. C’est un vrai avantage pour nos futurs diplômés alors que les entreprises cherchent de plus en plus à recruter des jeunes qui ont la culture du projet », rappelle le directeur du groupe ESC Troyes, Francis Bécard.

A l’école des incubateurs.

« Nous avons bénéficié pendant dix-huit mois de beaucoup de services pour nous aider dans notre projet avec un « carnet de chèques » qui permet de contacter les experts dont on a besoin. » Diplômé de Grenoble EM, Alban Charriette a créé l’entreprise Pharmanity, qui propose de mettre en contact pharmacie et patients, après cinq années passées dans l’entreprise pharmaceutique Roche. Une aide aux diplômés qu’on ne retrouve pas partout. L’incubateur TBSeeds de Toulouse Business school est ainsi réservé aux étudiants en cours de cursus mais reçoit aussi bien ceux de TBS que de l’Insa Toulouse par exemple. Alors que douze équipes sont accueillies chaque année, 64 projets ont été incubés depuis  2012 et 22 ont donné lieu à une création. Un bon pourcentage selon sa responsable, Servane Delanoë-Gueguen, pour laquelle « tous ceux qui passent dans l’incubateur apprennent beaucoup et peuvent transférer leur savoir dans l’entreprise ». « Même s’ils ne créent pas forcément une entreprise ils peuvent devenir « intrapreneurs » et amener les compétences qu’ils ont acquis dans l’entreprise », note Louis Jouanny. Parmi les réussites toulousaines deux start up centrées sur les besoins des étudiants viennent de réussir de belles levées de fonds : 1 M€ pour SchoolMouv et 450 000 € pour YesStudent.

Pour encore mieux encadrer cet entrepreneuriat étudiant, l’université de Cergy-Pontoise a quant à elle créé un DU entrepreneuriat destiné à tous ceux qui pensent créer un jour leur propre entreprise. Pendant trois mois, trois jours par semaine les 10 à 15 étudiants de ce DU – de 22 à 50 ans – viennent rencontrer des professionnels et des enseignants qui les guident dans leur projet. «Il faut faire comprendre qu’on peut réussir si on fait preuve d’initiatives sans pour autant se préoccuper tout de suite de l’aspect financier. Ce qui compte c’est d’abord l’idée et ensuite de bien s’entourer», relève Eric de Saint-Léger, le créateur du programme.

Déceler les atouts et failles des projets

S’ils ne sont pas encore totalement aboutis, les projets des étudiants de TBS peuvent d’abord être « pré-incubés » – « Six mois et 10 heures de conseil pour murir l’idée si l’équipe a du potentiel mais n’en est pas encore au stade du prévisionnel financier » – avant de passer à l’étape de l’incubation proprement dite. Les incubés bénéficient alors de 30 heures de conseil sur 6 mois renouvelable une fois ainsi que de 50 h d’ateliers pour bien maîtriser l’ensemble des points à connaître de la gestion aux relations avec les banques en passant par la communication.

« Si on sent qu’il y a une réticence à faire du terrain, on sait que le projet ne fonctionnera pas et on le dit », explique de son côté Eric de Saint-Léger qui conseille également à ceux qui viennent se former à l’entrepreneuriat dans son université de « demander suffisamment d’argent aux investisseurs » : « L’argent ne manque pas, ce qui manque ce sont les bons projets, les bonnes équipes. Donc il ne faut pas hésiter à demander plus car un projet commence forcément par des mois ». D’autres conseils ? « Accepter aussi l’échec, notamment en amont quand il n’y a pas trop de conséquences, on a le droit de se planter et c’est même comme cela qu’on apprend. » Et puis savoir partager son idée : « Trop de créateurs veulent rester propriétaires de leur idée et ne se rendent pas compte qu’elle ne vaudra rien s’ils ne savent pas s’entourer».

Hybrider les compétences

C’est une évidence quand on parle numérique : un binôme scientifique/manager est l’idéal. « L’ISC Paris avait d’abord ouvert deux places à nos étudiants dans son incubateur. Ils ont tellement contribué à tous les projets que tous ceux qui le souhaitent sont aujourd’hui le bienvenue », se félicite par exemple Louis Jouanny. « En binôme avec des étudiants en management de Toulouse BS ou de l’IAE, nos étudiants montent de très beaux projets : trois ou quatre entreprises par an », confirme Bernard Raquet, le directeur de l’Insa Toulouse, dont l’école travaille avec l’incubateur de TBS.

On peut aller plus loin et hybrider encore plus de de talents. Cette semaine, l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy, ICN Business School et Mines Nancy, associés dans le cadre de l’Alliance Artem, ont par exemple lancé un incubateur dédié une transversalité à trois dimensions. Stand up – Artem va accompagner des projets dans lesquels la création, l’art, le design occupent une place prépondérante. C’est un jury composé de personnalités du monde de l’art, de l’entrepreneuriat et de l’ingénierie, qui a retenu les trois premiers lauréats. Pendant deux ans, ils seront hébergés dans les locaux de Mines Nancy. « Partout l’entrepreneuriat prend car les enseignant-chercheurs ont compris l’enjeu qu’il y avait pour que nos ingénieurs soient créateurs d’entreprise », résume Bernard Raquet. Et Manuelle Malot, directrice de l’Edhec NewGent Talent de conclure : « Les étudiants veulent être les propres gestionnaires de leur carrière. Ce n’est pas l’idée d’un CDI dans une grande entreprise qui les fascine mais plutôt un emploi qui les permette de se réaliser dans des challenges dont ils voient les résultats ».

Olivier Rollot (@ORollot)

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