Grandes écoles : quelle est la bonne stratégie pour se développer à l’international ?

La Conférence des Grandes écoles vient de publier la semaine dernière un très intéressant document intitulé Les grandes écoles sur la scène internationale qui répertorie notamment l’ensemble des implantations des grandes écoles à l’étranger. «Formations délocalisées, créations conjointes d’un nouvel établissement ? La frontière est parfois floue, car les formules sont variées et les partenariats adaptés aux attentes et aux contraintes locales», explique la CGE. Des distinctions qui marquent des stratégies – et des investissements ! – bien différents.

Comment former aux mieux ses étudiants ?

Alors que l’École centrale Paris s’est implantée à Pékin et que l’Insead est tellement bien à Singapour que c’est maintenant là-bas qu’est implanté son dean, la plupart des autres grandes écoles restent plus prudentes – l’implantation de Centrale Pékin a couté très cher – ou considèrent que l’implantation d’un campus n’est pas forcément le meilleur moyen de former leurs étudiants. «Je préfère envoyer mes étudiants se frotter à d’autres étudiants dans de grandes universités, comme la National University of Singapore (NUS) par exemple, que d’ouvrir des campus où ils seront entre eux», professe ainsi Bernard Ramanantsoa à HEC.

Un avis que ne partage pas sa consœur de Skema, Alice Guilhon, qui a ouvert ses propres campus en Chine et aux États-Unis: «En Chine, nos étudiants suivent trois heures de cours de mandarin par jour, travaillent sur des projets de terrain et effectuent des stages dans des entreprises chinoises. Ils apprennent vraiment les codes culturels et sociaux». L’Isep (école d’ingénieurs parisienne) et l’établissement privé Prépa P2I de Rabat ouvrent à la prochaine rentrée une prépa intégrée à Rabat afin de former des bacheliers scientifiques marocains (ou issus d’autres pays nord africains) pour qu’ils intègrent par la suite le cycle ingénieur de l’Isep.

Nouer des partenariats et des échanges

Dans la plupart des cas, ces implantations se font sur des sites universitaires déjà existants. Associée aux Mines ParisTech, Télécom ParisTech et Ensta ParisTech, l’École polytechnique s’est ainsi installée en septembre 2013 à Shangaï avec l’université Jiao Tong. Contrairement à Centrale Paris il n’y aura pratiquement aucun financement français, tout étant pris en charge par des partenaires chinois. «Il devrait y avoir 100 étudiants chinois par an, et ils viendront tous passer au moins 3 mois en France. Cela nous permettra également d’ouvrir une plate-forme dans l’une des trois ou quatre meilleures universités chinoises pour y envoyer ensuite nos étudiants», explique Yves Demay, le directeur général de l’X.

Si elle est également implantée sur des campus locaux, Raleigh aux États-Unis et Suzhou en Chine, Alice Guilhon défend un modèle un peu différent: «Ce que nous voulons c’est former des Français en Chine et des Chinois en France. Pas des Chinois en Chine comme le font beaucoup d’autres business schools». Chaque année 300 Chinois viennent ainsi suivre une formation sur les trois campus de Skema en France. « L’important est de maîtriser la réputation de l’école et la qualité des programmes partout où on les organise. Comment s’en assurer à 8000 km ? Une réputation prend très longtemps à se construire et très peu de temps à se détruire », estime de son côté Frank Bostyn, le directeur général de Neoma (lire son entretien ci-dessous)

Faire venir des étudiants étrangers

Là où tous sont d’accord, c’est sur la nécessité de faire venir de plus en plus d’étudiants étrangers en France. Ils sont ainsi plus de 500 à découvrir chaque année à l’ESC Rennes. «En France nous avons construit le modèle des grandes écoles sur un vivier d’élèves de prépas qui est à peu près stabilisé. Maintenant pour progresser il faut aller chercher des étudiants à l’étranger et, pour les attirer, leur proposer un environnement international», explique Olivier Aptel, son directeur général, qui possède un bureau de représentation à Shangaï et est implantée à Rabat.

Mais les 80% de professeurs étrangers et le cursus à 100% en anglais de l’ESC Rennes ne suffisent pas. Les accréditations sont indispensables. Après l’obtention du label AACSB en 2012, l’ESC Rennes avait ainsi reçu 50% de plus de candidatures d’étudiants étrangers l’année suivante. Enfin, il ne faut pas oublier toute la logistique nécessaire pour que ces étudiants soient reçus, intégrés, logés… Olivier Aptel est là encore catégorique : «Nous ne sommes pas tant que cela à avoir les capacités de recevoir chaque année près de 1000 étudiants étrangers !»

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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