L’« assurance qualité » au cœur des attentes de la CTI

Le colloque annuel de la Commission des titres d’ingénieurs (CTI) s’est tenu les 6 et 7 février à Paris, au siège du MEDEF puis aux Arts et Métiers ParisTech. Laurent Mahieu, le président de la CTI, et les deux vice-présidents, Anne-Marie Jolly et Jean-Marc Théret, reviennent avec nous sur les points les plus importants.

Laurent Mahieu

Olivier Rollot : On a beaucoup parlé d’« assurance qualité » pendant votre colloque. Qu’attendez-vous des écoles ?

Anne-Marie Jolly : Savoir si les écoles ont mis au point un processus d’assurance qualité est aujourd’hui l’une des premières questions que l’on pose aux écoles, tout de suite après leur gouvernance. Lassurance qualité permet d’apprécier tout le fonctionnement d’une école à la lumière des améliorations qu’elle apporte à son fonctionnement. Certaines vont jusqu’à obtenir des accréditations ISO 9001 ou, du moins, à en suivre les préconisations. La plupart nomment des « correspondants qualité » chargés de diffuser des enquêtes de satisfaction auprès des parties prenantes, étudiants et personnels. Il peut aussi bien s’agir de valider des processus existants que de nouvelles maquettes de formation.

O. R : Toutes les écoles sont dans ce processus aujourd’hui ?

A-M. J : Pas encore mais, une fois qu’une école d’un réseau se lance, par exemple les Polytech, les autres suivent assez rapidement.

O. R : Dans le cadre de l’Institut Mines Télécom (IMT) notamment, beaucoup d’écoles sont en train de fusionner. Comment allez-vous traiter leurs dossiers ?

Laurent Mahieu : Ce n’est pas un phénomène totalement nouveau et nous avons l’habitude de le gérer. Il est clair qu’aujourd’hui le MENESR notamment souhaite avoir moins d’interlocuteurs et pousse à ces fusions. Pour les juger nous regardons tout particulièrement les proximités géographiques, et pas seulement : dans le cadre de l’IMT Mines Douai et Télécom Lille sont proches, Mines Nantes et Télécom Bretagne moins. Mais la question se pose également pour juger une annexe délocalisée. Tout notre souci pour un diplôme unique sur plusieurs sites est en fait de valider que les formations sont bien délivrées dans les mêmes conditions partout ainsi que pour l’attribution du diplôme.

Jean-Marc Théret : Ce sont de toute façon des périodes complexes, surtout quand il s’agit d’aboutir à un diplôme unique comme demain à CentraleSupelec. Concernant plus spécifiquement les écoles des IMT qui fusionnent, nous reprenons les dossiers à zéro en nous concentrant sur les besoins des nouvelles écoles. C’est plus facile de faire table rase du passé dans un processus de fusion.

Anne-Marie Jolly

O. R : Globalement le nombre d’écoles baisse avec ces fusions ?

A-M. J : Non car d’autres se créent et nous restons aux alentours des 200. De plus il ne faut pas oublier que quand une école comme Sigma fusionne, à Clermont-Ferrand, elle n’en garde pas moins deux formations qu’il faut évaluer séparément même s’il n’y a qu’une seule gouvernance.

O. R : Vos processus d’évaluation pourraient-ils être amenés à évoluer ?

L. M : Nous n’avons pas forcément besoin d’évaluer toutes les formations et les écoles de la même manière. Nous allons de plus en plus faire confiance aux écoles plutôt que de tout valider en amont : ce que nous faisons pour l’extension à la formation continue nous pourrions le faire pour l’extension à l’apprentissage. Mais de toute façon de façon périodique il faut visiter les écoles : on ne fera pas d’évaluation à distance.

O. R : Les innovations pédagogiques font-elles parties des éléments sur lesquels vous attirez de plus en plus l’attention des écoles ?

A-M. J : Nous y sommes attentifs. Le public des écoles change et elles doivent y être attentifs. Si une école n’a que 75% de réussite en fin de première année il faut s’interroger : soit sa pédagogie est-elle obsolète, soit elle sélectionne peu, parfois à des fins lucratives. Ce que nous demandons aux écoles c’est de mettre en place des conditions d’accès sélectives pour veiller à la réussite d’un maximum d’étudiants.

L. M : Les formations en apprentissage permettent de faire avancer les pédagogies alors qu’il y a encore des résistances au changement.

O. R : Certaines écoles demandent que la durée de l’apprentissage soit réduite à deux ans. Que leur répondez-vous ?

L. M : La plupart des écoles ont mis en place avec satisfaction des cursus de 3 ans.

A-M. J : Nous avons de toute façon fait évoluer notre référentiel pour que l’apprentissage soit possible en deux ans mais de manière marginale. Sur une promotion de 100 étudiants nous ne voulons pas que plus de 25 puisse intégrer une formation en apprentissage en 2ème année du cycle ingénieur.

L. M : Nous demandons à ce que la formation soit construite sur un cycle de 3 ans avec un travail dans l’entreprise qui s’étale bien sur 3 ans. Il faut respecter le cadre légal et proposer une vraie alternance. Nous sommes particulièrement attentifs à que d’autres rythmes ne se développent pas hors des cadres : ainsi le cadre du contrat de professionnalisation est d’un an, à moins que les branches professionnelles autorisent un contrat plus long.

A-M. J : Nous voyons même des écoles qui poursuivent l’alternance jusqu’à la fin du cursus et même durant le dernier semestre consacré au projet de fin d’études.

O. R : La CTI vient de signer un accord avec le Hcéres. Qu’est-ce qui vous distingue ?

L. M : La CTI évalue des formations et accrédite les écoles à délivrer les formations habilitées par elle. Le Hcéres s’intéresse à la logique globale du projet de l’école et à sa gouvernance, à sa recherche.

O. R : Avez-vous les moyens financiers de vos missions, notamment si elles se développent à l’international ?

L. M : Nous recevons une contribution des écoles de 9€ par diplômé. Elle était de 7€ en 2014 et nous nous sommes engagés à ne pas l’augmenter dans les années à venir. De plus le MENESR nous accorde une subvention de 230 000€.

A-M. J : Nous vivons frugalement avec essentiellement des bénévoles !

L. M : Quand nous sommes sollicités pour évaluer une école à l’étranger, où l’accompagnement est beaucoup plus important parce qu’il faut également comprendre le système et les questions de langue, nous facturons notre mission à son coût réel.

O. R : Pouvez-vous répondre à toutes les demandes d’évaluation venues de l’étranger ?

L. M : Toutes les demandes que nous recevons ne sont pas prêtes à être examinées et nous avons mis en ligne un dossier préliminaire qui permet aux écoles de faire le point avant de nous solliciter. De plus, pour que nous examinions un dossier, il faut qu’il nous apporte en termes culturels et de compétences. Nos moyens nous obligent à être sélectifs ! Par exemple, nous n’avons pas vocation à accréditer toutes les écoles d’ingénieurs tunisiennes. Par contre nous pouvons les aiderà créer leur propre agence d’accréditation afin de favoriser leur rapprochement avec les écoles françaises.

O. R : L’Insa Euro-méditerranée de Fes est-il une école marocaine ou française ?

L. M : Il va délivrer un diplôme marocain que nous allons évaluer en tant que tel afin que la France le considère comme l’équivalent d’un diplôme français par la procédure d’admission par l’Etat.

O. R : Vous pourriez un jour habiliter une formation entièrement à distance ?

J-M. T : Cela nous paraît difficile d’imaginer qu’on puisse former des ingénieurs entièrement à distance. Il faut au moins des TD, des TP, des laboratoires. Pour autant nous validons la présence de MOOC au sein des formations.

O. R : Les bachelors commencent à se développer dans les écoles d’ingénieurs. Que leur dites-vous et allez-vous un jour les évaluer ?

L. M : Nous ne sommes pas mandatés pour cela et ce n’est pas à nous de définir ce que devrait être un bachelor dans la spécialité chimie ou génie civil. Nous préférons dire aux écoles de regarder ce que fait le marché ou ce qu’il existe déjà en BTS-DUT. Quant à faire des évaluations il faudrait pour cela créer un référentiel alors que des projets différents sont montés d’un côté par la Cdefi, de l’autre par la CGE. Quel rapport entre le bachelor de l’Ecole polytechnique et celui des Arts et Métiers ?

Jean-Marc Théret : La principale question qu’ont les écoles à se poser est de savoir si les entreprises sont ou non intéressées par la création de bachelors.

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