« La BCE a un vrai pouvoir d’attraction »

Directeur des admissions et concours de la chambre de commerce et d’industrie Paris Ile-de-France, Philippe Régimbart joue à ce titre un rôle essentiel dans l’organisation du principal concours d’admission des élèves de classes prépas économiques et commerciales, la BCE. Il revient avec nous sur son fonctionnement.

Philippe Régimbart

Olivier Rollot : Il y a maintenant trois ans que vous avez pris la direction des admissions et concours (DAC) de la CCI Paris Ile-de-France. A ce titre vous organisez notamment le concours de la Banque commune d’épreuves (BCE) qui réunit 24 grandes écoles de management et trois écoles associées (Saint-Cyr, l’ENS Cachan et l’Ensae). Comment se porte le concours ?

Philippe Régimbart : Bien si j’en crois les nouveaux membres que nous accueillons chaque année : en 2014 l’ISG passe du statut d’école associée à membre, en 2015 c’est au tour de Brest Business School et du Groupe ESC Clermont de faire leur retour dans la BCE et cette année ICN Busines School nous rejoint. La BCE a un vrai pouvoir d’attraction grâce à la confiance des écoles, mais aussi en partie grâce à son organisation souple qui laisse par exemple aux écoles le soin de prendre en charge leur communication.

Par ailleurs nous avons entièrement rénové notre site il y a deux ans et les améliorations se poursuivent : cette année nous proposons aux candidats de dématérialiser leurs pièces justificatives (carte d’identité, certificat de la Journée défense et citoyenneté, etc.) quand jusqu’ici c’étaient les CPGE qui en faisaient la collecte auprès de leurs élèves.

O. R : Vous n’intervenez par exemple absolument pas sur le nombre de places qu’ouvrent les écoles.

P. R  : Ce n’est pas notre rôle, car cela relève de la stratégie de chaque établissement, mais il faudrait sans doute qu’il y ait une forme de concertation entre les écoles quand on connaît les tensions qui existent sur le recrutement des élèves issus de prépas. A l’exception du Maroc où le nombre de classes augmente, le nombre de prépas est désormais assez stable alors que les écoles tendent à ouvrir plus de places. Pour autant, par exemple, HEC ou ESCP Europe n’ont pas augmenté leurs promotions depuis plusieurs années et, si l’Essec propose 15 places de plus en 2017, c’est après une longue période de stabilité ou d’augmentation très modérée.

O. R : Même chose pour les barres d’admissibilité qui sont de la seule responsabilité des écoles. Sont-elles un indicateur de qualité ?

P. R  : La barre d’admissibilité donne une information sur une école mais n’est pas un indicateur parfait. Bien sur les écoles les plus sélectives ont les barres les plus élevées mais les épreuves n’étant pas identiques d’une école à l’autre cela ne permet pas toujours une bonne comparaison. Dans l’absolu une école pourrait par exemple avoir une barre moins élevée parce que certaines de ses épreuves, plus difficiles, ont eu une moyenne plus basse. En revanche il est généralement intéressant de voir l’évolution de la barre d’une école dans le temps. Une hausse est un bon signe.

O. R : Certains disent que plutôt que de reprocher aux écoles d’ouvrir plus de places il faudrait se demander pourquoi autant d’élèves de prépas préfèrent ne pas choisir d’école chaque année.

P. R  : On remarque effectivement qu’environ 70% seulement des 10 500 candidats entrent finalement dans une école (données SIGEM). Parmi les 3000 autres, certains échouent, d’autres n’ont pas l’école qu’ils visaient et choisissent de redoubler, d’autres encore décident de s’orienter différemment. Il serait utile de lancer une enquête pour mieux cerner cette population et comprendre ses motivations.

O. R : Toutes les écoles ne jouent pas le même rôle dans la BCE. Une dizaine sont « conceptrices » de sujet. En quoi cela consiste-t-il pour elles ?

P. R  : HEC, ESCP Europe, Essec, Edhec et EMLYON ont eu historiquement un concours propre dont elles concevaient les épreuves ; elles ont gardé ce rôle. D’autres écoles, d’origine consulaire, s’étaient traditionnellement groupées pour concevoir des épreuves, dites ESC : ces épreuves sont aujourd’hui gérées par Sup de Co La Rochelle, EM Strasbourg, ESC Troyes et BSB (ESC Dijon). La liste des écoles conceptrices est assez stable, mais des changements interviennent parfois : ainsi l’épreuve conçue aujourd’hui par Dijon l’était naguère par l’Inseec qui l’avait reprise de l’ESC Chambéry.

L’école conceptrice a la responsabilité de nommer le « pilote » de l’épreuve, professeur d’université ou de prépa, en charge de concevoir le sujet. Le pilote doit s’assurer que le sujet est parfaitement conforme au programme, tache délicate, particulièrement pour des sujets de mathématiques ou de management qui sont très longs. Un pilote d’épreuves doit avoir plusieurs qualités : c’est un « mouton à cinq pattes » à la fois créatif et méthodique, capable de maîtriser parfaitement le programme et de manager l’équipe de correcteurs. Quand les programmes changent il participe à des réunions avec l’inspection générale pour contribuer à définir les nouveaux contenus.

Les écoles rétribuent elles-mêmes les correcteurs ou confient ce soin à la DAC. Parmi les correcteurs figurent des professeurs de prépa EC ou d’autres prépas, ainsi que des professeurs d’université.

O. R : C’est le sujet d’une école mais pas seulement…

P. R  : L’école conceptrice porte la responsabilité académique de l’épreuve, ce qui se traduit par le fait que le sujet a été approuvé par sa direction. Mais ensuite l’épreuve est versée à la banque commune et les autres écoles de la BCE peuvent la choisir ou non pour leur concours.

La DAC, en tant qu’opérateur de la BCE, intervient pour rappeler aux écoles qui conçoivent les sujets qu’il n’est pas uniquement destiné à leurs propres candidats. Les sujets doivent tenir compte d’une différence  de niveau entre les candidats. C’est pourquoi la BCE offre généralement plusieurs sujets par discipline afin de bien couvrir la palette.

O. R : Le fonctionnement des deux banques d’épreuves de langues, ELVi et IENA, est assez différent.

P. R  : IENA et ELVi sont des composantes de la BCE pour les langues. IENA est l’héritière de la banque de langues créée par CCI France pour les écoles consulaires (ex-ESCAE). A présent c’est la DAC qui coordonne IENA, en lien avec les 14 écoles membres. Un professeur pilote chacune des 7 LV1 et 11 LV2 (plus le latin et le grec ancien pour les élèves issus des prépas littéraires) et les épreuves orales de langues sont mutualisées. ELVi est pilotée par un  groupe de 4 écoles : EMLYON, ESCP Europe, Essec et HEC, et coordonnée par la DAC.

IENA et ELVi proposent les mêmes langues. Le Conseil de la BCE peut être amené à ne plus proposer une langue si le nombre de candidats devient trop faible (ainsi le vietnamien a été retiré récemment), ou au contraire à en rajouter une.

O. R : Depuis 2006 les élèves issus de classes prépas littéraires peuvent également concourir. On se souvient qu’il y a eu des tensions au début. Où en est-on ?

P. R  : En fait c’est depuis 1995 que les écoles de management se sont ouvertes aux élèves de prépas littéraires (certaines avaient même commencé avant). 2006 marque le début des actions qui ont abouti à la création de la Banque d’épreuves littéraires (BEL) que les écoles de management ont rejointe en 2011. Alors qu’Ecricome a fait le choix de s’appuyer exclusivement sur les épreuves de la BEL, la BCE a alors choisi de conserver des épreuves propres et l’interclassement. Il s’agissait de s’assurer que la notation des ENS était cohérente avec celle de la BCE. Aujourd’hui tout est bien au point, ce qui a permis en 2016 d’admettre dans les écoles de management au total 500 élèves issus des prépas littéraires (370 par la BEL et 130 de la filière B/L).

O. R : La DAC joue un rôle essentiel pour les concours notamment dans l’organisation des épreuves.

P. R  : En effet. Service de la direction de l’enseignement de la CCI Paris Ile-de-France, la DAC est un opérateur multi-concours. Sa force est de s’adapter aux besoins des banques d’épreuves qu’elle anime. C’est ce qui lui permet d’organiser aussi bien le concours BCE que celui d’Atout+3 ou encore le dispositif SIGEM et, depuis cette année, d’intervenir auprès de la banque Passerelle dans le cadre de la délégation pédagogique.

En ce qui concerne la BCE, il est clair que c’est une grosse machine. Les écrits durent 8 jour et demi, mais les actions liées au concours s’échelonnent sur de nombreux mois. Pour donner quelques chiffres, sachez qu’en 2016 nous avons géré près de 140 000 copies, fait appel à 2000 vacataires et coordonné la gestion de 58 centres d’épreuves, essentiellement situés dans des lycées possédant des CPGE.

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