ECOLE D’INGÉNIEURS

Le bâtiment à la recherche d’ingénieurs

Après huit années difficiles les secteurs du bâtiment et des travaux publics (BTP) se sont relancés en 2016 et 2017 devrait permettre au seul secteur du bâtiment de connaître une hausse de son activité de 3,4% et créer 10 000 postes. Un contexte dans lequel les écoles d’ingénieurs du secteur proposent d’excellentes perspectives d’avenir à leurs diplômés. Focus sur l’ESITC Caen et l’ESTP Paris.

Pénurie d’ingénieurs spécialisés. Le secteur du BTP fait aujourd’hui face à une véritable pénurie d’ingénieurs spécialisés. Avec le départ à la retraite des « baby-boomers » ce sont des milliers d’ingénieurs qui quittent le secteur chaque année et des leaders mondiaux, comme Vinci ou Eiffage, commencent à manquer de ressources qualifiées pour continuer à se développer à l’international. « La pénurie qui se dessine risque d’être d’autant plus forte que les normes sont de plus en plus complexes et le risque pour les entreprises important si elles ne les respectent pas », commente Jérôme Lebrun, le directeur de l’une des écoles d’ingénieurs spécialisées du secteur, l’ESITC Caen.

A Paris, le projet d’infrastructures du Grand Paris Express génère des besoins de formation d’ingénieurs spécialisés dans les « infrastructures et travaux souterrains » pour construire pas moins de 69 nouvelles gares souterraines tout autour de la capitale. En tout 20 à 25 milliards d’euros de travaux ! « Nous formons cette année 100 ingénieurs en 1ere année de notre filière topographie qui travailleront dans quelques années sur les 15 chantiers et les 80 kilomètres de voies souterraines qu’il va falloir construire », explique Florence Darmon, la directrice de l’école la plus connue du secteur qu’est l’ESTP Paris.

Plein emploi. Dans ce contexte, l’ESITC Caen a obtenu de la Commission des titres d’ingénieurs (CTI) le droit de considérablement augmenter la taille de ses promotions : en 2016 elles sont passées de 100 à 160 étudiants dans de nouveaux bâtiments. A la clé des emplois de conducteurs de travaux pour 60 à 70% des diplômés. « 100% de nos 1000 diplômés ont aujourd’hui un emploi », reprend Jérôme Lebrun quand Florence Darmon assure : « 94% de nos diplômés ont trouvé un emploi dans les quatre mois qui suivent leur sortie de l’école. Les deux tiers ont même trouvé cet emploi alors qu’ils étaient encore dans l’école. C’est d’autant plus facile pour eux qu’ils effectuent trois stages tout au long de leur cursus qui leur permettent de bien se connaître et bien connaître les entreprises. Toutes les semaines des entreprises viennent d’ailleurs se présenter pour recruter des stagiaires ».

Un secteur innovant. Des emplois d’autant plus intéressants que toute une révolution environnementale est en cours. Les chercheurs de l’ESITC ont par exemple travaillé à la création de nouveaux matériaux avec les résidus de coquillages. « L’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) a même sélectionné notre laboratoire parmi les trois les plus innovants de France ! Les Point P de Saint-Gobain vont maintenant en assurer la distribution et nous toucherons des royalties », se félicite Jérôme Lebrun dont les équipes travaillent maintenant à la création de façades en micro-algues avec des dégradés de vert pour « augmenter l’inertie thermique des bâtiments et produire des protéines ». Une créativité normande qu’on retrouve dans la première route solaire construite à Tourouvre-au-Perche, dans l’Orne (à Lire En Normandie, une route solaire au banc d’essai).

Du côté de l’ESTP le laboratoire a été créé en 2009, et il doit maintenant asseoir sa notoriété avec des partenaires industriels pour obtenir des financements européens. « Nous travaillons à des approches transversales comme par exemple avec une thèse qu’un de nos étudiants vient de consacrer à la rénovation des réseaux d’eau du château de Versailles avec une réflexion plus large sur les réseaux », explique Florence Darmon dont l’école reçoit aujourd’hui 20 doctorants en contrat CIFRE, dont deux issus de l’ESTP.

Dans le réel. Travail à l’extérieur oblige, le BTP apparaît à certains comme contraignant mais en séduit également beaucoup d’autres qui ont justement envie de ce contact avec le réel. « Le BTP est un secteur qui représente quelque chose de visible et d’utile pour la France. Qu’on conçoive, fasse ou assure la maintenance d’un bâtiment, on peut travailler partout en France et dans le monde avec toujours le goût de la construction », commente Jérôme Lebrun.

Et ce goût n’est pas réservé aux garçons : plus d’un quart des étudiants de l’ESITC et l’ESTP sont des étudiantes. « Les filles sont vraiment attirées par nos métiers et représentent même la moitié des étudiants qui suivent le double cursus ingénieur/architecte. Avec d’excellents résultats : la moitié des prix d’excellence que nous remettons chaque année leur reviennent », se félicite Florence Darmon, elle même polytechnicienne passée par plusieurs entreprises du BTP. « Les métiers d’ingénierie du bâtiment correspondent très bien à leurs profils et beaucoup travaillent même sur des chantiers pour leur premier emploi », assure Jérôme Lebrun pour lequel « la fonction ingénieur travaux a une dimension terrain qu’il faut absolument connaître ». Une fois diplômées les étudiantes sont en moyenne plus attirées par les bureaux d’ingénierie que par les chantiers mais on les y retrouve également avec un autre management. « Elles ne font l’impasse sur rien quand les garçons sont plus fonceurs et les entreprises apprécient cette approche. D’ailleurs elles obtiennent absolument les mêmes salaires d’embauche que les garçons et sont à 100% en emploi tout de suite », assure Florence Darmon

Proche des entreprises. Evolution des pédagogies et du profil des étudiants obligent, les écoles d’ingénieurs enseignent de plus en plus en « mode projet ». « Nous leur proposons aujourd’hui de travailler sur des projets réels comme par exemple le développement du tramway à Caen ou la construction d’un nouveau CHU », confie Jérôme Lebrun dont les étudiants de 4ème et 5ème années jouent un rôle actif dans le centre d’expertise de la profession. L’occasion de travailler sur les logiciels qui s’imposent petit à petit pour permettre à tous les corps d’Etat présent aurour d’un même projet de travailler en temps réel sur les bâtiments en construction. « Nous possédons un centre de Building Information Modeling qui présente l’ouvrage en 3D et dans lequel on intègre aujourd’hui les informations de maintenance et même de recyclage », reprend le directeur.

Que ce soit par des conférences, des visites de chantiers, des ateliers RH ou via le Forum ESTP, les étudiants de l’ESTP sont, dès leurs premiers jours dans l’école, et tout au long de leur cursus, en lien avec les entreprises. « La proximité avec les entreprises est dans l’ADN même de l’ESTP qui compte aujourd’hui plus de 300 entreprises partenaires et organise plus de 40 événements par an avec ces mêmes entreprises », assure de son côté Florence Darmon.

  • Comment postuler ? Avec 9000 candidats issus de prépas à 90% (essentiellement par le concours E3A) pour 600 places, l’ESTP est l’une des plus importantes écoles d’ingénieurs françaises. Sa filière en apprentissage est uniquement composée d’étudiants qui viennent de licences ou de BTS. En tout nous avons environ chaque année. Ecole privée sa scolarité revient à 7500€ par an. « Nous souhaitons favoriser la mixité sociale et accordons des bourses d’école – près de 300 par an – qui peuvent représenter jusqu’à la moitié des frais de scolarité. Des entreprises partenaires vont même jusqu’à payer 90% de nos frais à quatre ou cinq étudiants chaque année pour les fidéliser dans les métiers de la construction », détaille Florence Darmon.
  • Ecole postbac, l’ESITC recrute quant à elle essentiellement sur concours et APB des étudiants des filières S et STI2D dans une moindre mesure. D’autres intègrent également l’école après un DUT, un BTS ou une prépa. 20% de ses étudiants sont des apprentis. Ecole également privée l’ESITC facture 4300 € sa 1ère année du 1er cycle, 4700 € sa 2ème année du 1er cycle et 6200 € chaque année de son 2ème cycle.
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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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