« Le nouvel oral de l’Edhec va nous permettre de mieux déceler les profils alignés sur nos valeurs »

L’Edhec BS a choisi de faire évoluer la façon dont elle fait passer les oraux des concours. Les tenants et les aboutissants de la réforme expliqués par son directeur à compter du 1er juillet prochain et actuellement  directeur de la grande école et des MSc Emmanuel Métais.

Emmanuel Métais

Olivier Rollot : L’Edhec BS change radicalement la façon dont elle fait passer les oraux des concours cette année. Pourquoi cette rupture avec une certaine tradition ?

Emmanuel Métais : Nous ressentions une claire insatisfaction quant à la manière dont nous faisions passer les entretiens. Il y a 20 ans que nous n’avions pas fait évoluer les entretiens de motivation. Tout jouer sur un seul entretien de 40 minutes c’était à la fois stressant pour les candidats et frustrant pour nous quand nous nous retrouvions face à des élèves sur préparés. Il nous fallait trouver un moyen de recruter des étudiants possédant les valeurs et les soft skills que les entreprises recherchent et tout particulièrement la capacité à travailler en groupe. Nous pouvions pour cela nous appuyer sur les études que mène le NewGen Talent Centre de l’Edhec et sur notre dispositif d’accompagnement carrière.

O. R : Dans le détail comment les oraux vont-ils se dérouler cette année ?

E. M : Cette année les candidats vont passer un oral en trois temps. Il commence par une présentation de soi, teintée d’improvisation en fonction d’un mot tiré au sort (parmi 30 mots que nous avons communiqués aux prépas) pendant 3 minutes. Ensuite, il y a un exercice de prise de décision collective sur un mini-cas, puis un temps de prise de recul, comprenant un entretien de debrief individuel et un questionnaire individuel de motivation en ligne.

En ce qui concerne l’entretien collectif, les candidats se penchent, par groupes de six, sur une situation d’entreprise présentée en vidéo par des décideurs qui leur demandent de dire quelle option ils leur conseillent parmi les trois proposées. Nous leur présentons d’ailleurs un cas consacré à l’Edhec et une possible implantation en Afrique pour voir quelle solution ils nous proposent, un simple accord avec un partenaire ou une implantation.

Les candidats ont alors 50 minutes pour travailler ensemble, avec à leur disposition un ordinateur, non relié à Internet, sur lequel nous leur avons donné un certain nombre d’informations. Ils nous soumettent enfin un texte formalisant leur choix, sachant qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse

O. R : On imagine que vous avez testé la méthode. Comment ont réagi les testeurs ?

E. M : Nous avons validé la méthode avec nos étudiants tout juste sortis de prépas. Ils ont à la fois trouvé que cela se déroulait rapidement et qu’il existait une zone d’incertitude liée à la composition d’un groupe dans lequel ils ne se connaissent forcément pas, nous y veillons, composés à parité d’hommes et de femmes.

O. R : Cette réforme est-elle liée aux valeurs que défend l’Edhec ?

E. M : Ce nouvel oral va nous permettre de mieux déceler les profils alignés sur nos valeurs : l’engagement, l’impact et l’innovation. Ce sont effectivement les trois valeurs clés que nous attendons de trouver chez nos étudiants. Au-delà de leur talent, l’entretien collectif leur permet d’exprimer leur leadership. Nous recherchons des étudiants ouverts, capables de s’engager authentiquement et d’engager les autres, avec l’envie d’avoir un impact positif et innovant sur le monde, de changer le monde. La capacité à innover doit faire partie des qualités que les entreprises savent pouvoir trouver quand elles recrutent un « Edhec ». Toute notre grille d’évaluation des candidats est calquée sur ces valeurs et résulte d’un travail effectué avec nos professeurs de leadership.

O. R : Qui sont les membres des jurys ? Comment les y préparez-vous ?

E. M : Ils sont toujours au nombre de trois, professeurs et représentants des entreprises habitués à recruter. Pour les former nous organisons des sessions de formation d’une demi journée à Lille, Paris et Nice. Pendant l’entretien collectif chaque membre du jury est par exemple dédié à l’observation de deux candidats.

O. R : Et les candidats, que leur direz-vous sur le travail d’équipe ?

E. M : Absolument rien quant à la façon dont ils doivent réaliser leur travail. Nous leur montrons la vidéo et à eux de se débrouiller…

O. R : Cette évolution vous vous y prépariez depuis longtemps ?

E. M : C’est un projet qui date d’un an et demi. Nous avons attendu 1 an avant de le lancer pour garantir l’équité et laisser aux professeurs de prépas le temps d’y préparer tous leurs élèves. Nous sommes aujourd’hui la seule école à pratiquer cette méthode mais nous nous sommes bien assurés avant que cela ne soit pas non plus un changement fondamental.

O. R : Les candidats peuvent se préparer sensiblement comme avant ?

E. M : Ces oraux ne doivent rien changer à leur travail en prépa. Il faut toujours bien connaître ses points forts / points faibles mais cela se passe forcément assez différemment selon la façon dont sont constitués les groupes. C’est précisément cette part d’imprévu qui rend les étudiants plus authentiques et permet au jury de mieux discerner les profils. Dans un groupe on peut par exemple être timide sans forcément être défavorisé. Ce qu’il faut c’est être confiant et authentique, bien comprendre qui sont les autres candidats autour de la table et comment on peut innover ensemble.

O. R : Allons plus loin. Qu’aimeriez-vous voir évoluer dans la manière dont les prépas forment leurs élèves ?

E. M : Grâce aux prépas nous recrutons clairement des étudiants qui ont la tête bien faite et sont très performants. Alors bien sur elles n’entrent pas dans le LMD, préparent sans doute encore insuffisamment à l’international – dans la mesure où les étudiants français sont entre eux -, et nous amènent des étudiants qui, pour certains, ont plus envie de socialiser que de travailler après avoir passé les concours. Mais les qualités l’emportent très largement sur les défauts.

O. R : L’Edhec est l’école qui recrute le plus dans les prépas scientifiques. Comment procédez-vous ?

E. M : C’est historiquement lié à notre force en finance. Nous voulons de la diversité dans nos recrutements et 150 élèves issus de classes prépas scientifiques intègrent chaque année l’Edhec, ainsi qu’une vingtaine issus de prépas littéraires. Tous passent des épreuves spécifiques à l’écrit puis les mêmes oraux. Les étudiants sont ensuite placés dans des groupes différents en économie et en statistiques, en fonction de leur filière d’origine. Nous assumons la diversité et ne recrutons pas que des forts en maths parce que les entreprises nous demandent toutes sortes de compétences. En tout 195 de nos étudiants de première année intègrent l’école par le biais des admissions parallèles, qu’ils viennent de prépas scientifiques mais aussi de licences en droit, économie, etc.

O. R : Certains élèves s’inscrivent-ils dans une prépa scientifique en pensant avant tout à intégrer l’Edhec ?

E. M : C’est même le cas de certaines prépas comme le Collège international de Valbonne mais la plupart des élèves font ce choix pendant leur prépa. L’Edhec offre aujourd’hui de belles carrières en finance et attire des étudiants qui ont un fort bagage en mathématiques quantitatives. Nous recrutons d’ailleurs également de plus en plus d’ingénieurs diplômés directement en master.

O. R : Vous ne voulez plus augmenter le nombre d’élèves recrutés dans le programme grande école ?

E. M : Nous recrutons 500 élèves issus de prépas économiques et commerciales, 120 à 150 de prépas scientifiques et une vingtaine de littéraires. Aujourd’hui, nous avons trouvé le bon équilibre et accordons notre priorité à la qualité du recrutement. D’ailleurs, nous sommes allés moins loin dans la liste des reçus en 2016 qu’en 2015 et nous voudrions continuer à progresser.

 

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