Sciences Po : le feuilleton continue

Frédéric Mion

Louis Vogel a provoqué une certaine stupéfaction en annonçant par tweet et sur son blog le retrait de sa candidature à la direction de Sciences Po. Il laisse ainsi la porte grande ouverte au favori de l’équipe de direction, Frédéric Mion, actuel secrétaire général de Canal+.

Hauts fonctionnaires contre universitaires ?

L’ancien président d’Assas et de la CPU exprime sur son blog son regret de constater qu’au vu du choix exprimé par le comité de recherche « l’objectif poursuivi par Sciences Po et les gouvernements successifs de rapprocher le monde des grandes écoles et des universités pour que la formation des élites françaises s’ouvre aux grands enjeux internationaux n’est pas confirmé ». Et de conclure : « Ne souhaitant pas cautionner une orientation contraire aux convictions pour lesquelles j’ai œuvré toutes ces dernières années, je retire ma candidature ».

Dans un article du Monde Louis Vogel a déclaré ensuite «  Je n’ai rien à voir dans un processus pareil. Au final, c’est un haut fonctionnaire – qui a sans doute beaucoup de qualités – qui sera nommé et non un universitaire alors que c’était l’un des quatre critères ». A L’Express, il explique enfin : « J’aurai beau tout faire, je ne serai jamais énarque, normalien, ou directeur dans un ministère! » Se refusant à polémiquer avec la direction de Sciences Po, il assène néanmoins : « c’est clairement une occasion ratée. Pas pour moi, mais pour Sciences Po ». Dans un entretien à Educpros, Andrew Wachtel, président de l’université américaine d’Asie centrale et autre candidat retenu annonce lui son maintien dans la compétition avec un très politique : « Si je gagne, on saura que tout n’était pas prévu ». Donc s’il perd…

Le candidat de la direction

Louis Vogel et Andrew Wachtel ont été distancés dans les auditions du comité de recherche par la candidature de Frédéric Mion. Un choix qui valait presque nomination puisque, comme l’explique Patrick Fauconnier sur le site du Nouvel Obs, Vogel et Wachtel n’auraient en fait été sélectionnés que « pour écarter deux candidats qui auraient pu être des concurrents sérieux pour un Frédéric Mion peu familier du monde universitaire récent : Jean-Michel Blanquer et Jean Pisani-Ferry ».

A 43 ans, Fréderic Mion va donc sans doute succéder à Richard Descoings à la direction de Sciences Po. En 2007, alors qu’il devenait secrétaire général de Canal+, Les Échos traçaient ainsi son portrait : « Ne pas se laisser enfermer trop jeune dans une voie trop étroite, telle semble avoir été la préoccupation constante de ce fort en thème au cursus impressionnant : khâgne à Henri-IV, Normale sup, une année à Princeton, Sciences po et, pour finir, l’ENA, dont il sort major en 1996 ». Sciences Po, une maison qu’il connaît d’autant mieux qu’il s’est occupé un temps de la section « service public » de l’école avant de devenir rapporteur de la commission Attali sur l’avenir de l’enseignement supérieur puis d’intégrer le cabinet de Jack Lang au ministère de l’Education Nationale (comme un certain… Richard Descoings). Un parcours si exemplaire que le chercheur Hervé Joly le citera comme l’archétype du haut fonctionnaire à la française dans son livre « Formation des élites en France et en Allemagne » paru en 2005.

Les dernières étapes ?

Le conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) devrait voter vendredi pour entériner ou pas le choix fait jeudi par le comité de recherche. Enfin le conseil de direction se réunira et tout sera fini… à moins que la justice s’en mêle. L’un des candidats rejetés, François Héran, menace en effet de se tourner vers la justice administrative pour contester toute la procédure.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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