« S’il veut vraiment développer les fondations, l’Etat devrait donc encore plus défiscaliser les dons » : Benoît Legait (Fondation Mines ParisTech)

Fondée en 1946 la Fondation Mines ParisTech fut l’une des toutes premières reconnues d’intérêt public dans le secteur académique. Mais c’est surtout depuis 2006 qu’elle se développe et lève des fonds avec une équipe dédiée de quatre personnes. Son président, Benoît Legait, nous explique sa stratégie.

 Olivier Rollot : Quelle est aujourd’hui le montant de la contribution de votre fondation aux Mines ParisTech ?

Benoît Legait : Nous levons environ 4 millions d’euros par an dont 900 000 proviennent des alumni mais aussi de particuliers et de parents d’élèves. Cela peut paraître peu comparé à ces montants mais nous sommes également fiers des 28 117€ collectés cette année dans le cadre d’un « class gift » qui réunissait les élèves de la promotion 2014 et des alumni des promotions finissant en « 14 ». 88% des élèves ont participé à hauteur de 4267€.

O. R : Les alumni vivants à l’étranger n’ont-ils pas parfois une « culture du don » supérieure à ceux vivants en France ?

B. L : Il est vrai qu’un de nos plus grands donateurs réside à Londres mais il ne faut pas pour autant généraliser. Nous sommes allés rencontrer nos alumni à Londres et nous le ferons également aux Etats-Unis. Pour autant nous ne montons pas de fondation sur place. Nous nous appuyons sur le réseau Transnational Giving in Europe (TGE) qui permet aux donateurs de soutenir des organisations caritatives d’autres pays tout en pouvant défiscaliser leurs dons selon les règles en vigueur dans leur pays.

O. R : Vous vous appuyez sur quel « réservoir » d’alumni ?

B. L : En tout 10 000 tous programmes confondus, mais ce sont essentiellement les ingénieurs du Corps des mines et les « ingénieurs civils » qui sont donateurs. Après plusieurs années passées dans l’école leur attachement est d’autant plus fort que les promotions de l’école (150 diplômés par an) restent à l’échelle humaine. La pédagogie par projet que nous développons contribue également au développement de ce sentiment d’appartenance. Sans parler de la reconnaissance sociale qu’apporte une école comme la nôtre et qui donne envie de donner ensuite à d’autres générations par le biais de notre fondation.

O. R : A quelles actions sont affectées les sommes que vous collectez ?

B. L : Nous n’avons que 5% de frais de gestion et ce sont donc 95% des sommes collectées qui sont affectées selon quatre axes prioritaires que sont les élèves (notamment en finançant des bourses d’expatriation), la recherche, le patrimoine de l’école et l’entrepreneuriat. Pour développer la dimension entrepreneuriale, nous avons créé un espace de pré-incubation et finançons la création pour 2017 d’un fablab avec Paris Sciences et Lettres, notre Comue. Nous proposons des bourses aux étudiants fondateurs de start up afin de les soutenir leur effort.

O. R : Comment la fondation est-elle organisée ?

B. L : Nous sommes quatre permanents qui s’appuient sur un comité de campagne présidé par Robert Brunck, également président d’Armines, la structure qui gère la recherche partenariale des Ecoles des Mines. Dans ce cadre notre stratégie c’est d’être au service de l’école et nous avons par exemple créé 26 chaires (d’une durée de 5 ans) dont 18 sont actives.

O. R : Armines comme vous s’adresse aux entreprises. Vous n’êtes jamais en compétition ?

B. L : Armines génère aujourd’hui 30 à 35 M€ chaque année de contrats pour l’Ecole des Mines et nous en sommes loin. Il peut y avoir parfois des arbitrages entre le développement d’une chaire d’entreprise avec notre Fondation et un projet de recherche qui se ferait alors avec Armines. Cela a été le cas avec Eramet qui avait pensé une chaire sur l’extraction du lithium avant de préférer un contrat de recherche. Il faut aussi savoir que, dans le cadre d’une chaire, l’entreprise perd la propriété de la recherche engagée. Une chaire est donc aussi souvent une action de communication. D’autant que si les dons sont défiscalisés à 60%, le Crédit impôt recherche atteint le même taux dans le cas d’un contrat de recherche avec un établissement public. S’il veut vraiment développer les fondations, l’Etat devrait donc encore plus défiscaliser les dons.

O. R : Combien espérez-vous récolter dans le cadre de votre campagne de fonds 2014-2018 ?

B. L : Aujourd’hui nous sommes à mi-chemin de notre campagne de levée de fonds 2014-2018 et nous avons pour objectif d’atteindre les 35 M€ (contre 23,5 M€ pour la précédente). C’est tout à fait possible car nous avons les équipes, les ressources et parce que toute le monde se sent impliqué « dans la maison ».

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