Unef vs. CPU

Depuis plusieurs semaines la tension montait entre la Conférence des présidents d’université et l’organisation syndicale : elle a franchi un nouveau palier avec la publication par la CPU d’une tribune qui vient directement contrer les positions de l’Unef sur l’attribution des bourses. Le tout sur fond de réduction des dépenses publiques et d’engorgement de plus en plus prononcé de beaucoup de filières universitaires.

La question des bourses

Avec son étude très critique sur l’université parue fin mai (relire dans Le Monde), l’Unef a dégainé la première. La CPU estime en effet que « les demandes qui en découlent, si le ministère y répond favorablement, ne feraient qu’aggraver la situation » et que « l’évidence première qui ressort de l’enquête de l’Unef c’est que l’augmentation des aides individuelles, importante ces dernières années, n’apporte pas de meilleure réussite des étudiants et ne contribue pas à débloquer l’ascenseur social ; par contre, elle contribue à la dégradation de l’ensemble du système universitaire puisqu’on prend ces aides sur le budget des universités ». La conférence dénonce en particulier l’augmentation des boursiers bénéficiant de l’exonération des frais d’inscription et de sécurité sociale (le fameux « taux 0 ») financée sur les ressources des universités.

Sur EducPros, le président de l’Unef William Martinet rétorque qu’il est «  totalement irresponsable d’expliquer que les bourses ne doivent pas augmenter » et dit « partager les inquiétudes des présidents quant aux budgets des universités » mais qu’il serait « incompréhensible d’abandonner pour autant la bataille de la précarité étudiante ».

La question du redoublement

La CPU va plus loin en affirmant qu’on « ferme les yeux sur des utilisations détournées de la première année des formations universitaires ». Et de rappeler le « devoir pour un étudiant boursier, comme d’ailleurs pour tout étudiant – puisque indépendamment des bourses, l’État paye pour les études de chacun -, c’est de faire vraiment des études et de s’employer à y réussir ». Dans un entretien (lire plus bas) la présidente de Montpellier III, Anne Fraïsse, nuance le propos – elle considère que les étudiants boursiers ne sont pas si nombreux parmi les étudiants en difficulté – mais demande aussi « pourquoi le ministère ne prend pas la décision d’imposer que l’on ne puisse pas s’inscrire plus de 4 ans en licence sans avis du jury de filière, comme c’était le cas avant ? Un étudiant qui a entre 0 et 2 c’est soit un faux étudiant, soit un étudiant qui n’a pas le niveau. »

La CPU demande donc que le système des bourses soit revu en « étant plus exigeant sur les présences aux cours et sur les résultats, sur le droit systématique et répété au redoublement sans conditions et en s’interrogeant sur le saupoudrage actuel de bourses individuelles dérisoires ».

A quoi sert l’université ?

Derrière ce combat se pose toute la question de la finalité de l’université : doit-elle accueillir tous les profils – dont certains ne sont là que pour toucher des bourses et autres aides au logement -  et servir ainsi de « sas » d’entrée dans la vie active pour certains jeunes qui, sinon, seraient tout simplement au chômage ? Ou doit-elle se concentrer sur ses missions d’enseignement auprès de ceux qui ont des chances d’y réussir ? La question se pose d’autant plus que les universités ont de moins en moins les moyens de recevoir tous les étudiants. « Plus nous fermons de postes, plus nous fermons de formations, c’est évident », remarque encore Anne Fraïsse qui constate qu’on demande à l’université de « passer d’un système où on accueillait tous les étudiants à un autre, où ce n’est plus possible, mais sans qu’on nous donne le droit de les sélectionner ».

Le danger est aujourd’hui que l’université devienne, dans beaucoup de filières, la direction de ceux qui n’ont pas les moyens d’aller ailleurs. A quoi cela sert-il d’investir dans la communication sur l’excellence universitaire, comme l’a fait cette année l’ex ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, si c’est pour restreindre ensuite  les moyens des universités au profit des seuls boursiers ? Le tout en agitant constamment la menace de la fermeture de beaucoup de masters pour ceux qui ne joueraient pas le jeu de la réussite pour tous en licence. « Nous servons de variable d’ajustement au système et en même temps on nous demande d’avoir de forts taux de réussite. On nous demande de recevoir tout le monde et de laisser redoubler tous ceux qui le souhaitent », reprend Anne Fraïsse avant de conclure : « Un jour il faudra choisir sinon, à force de nous demander de faire le grand écart, nous allons nous casser les deux jambes ! »

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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