PORTRAIT / ENTRETIENS

Comment se forge un destin ? Tina Kieffer, la journaliste vedette qui a ouvert une école pour les petites Cambodgiennes

A l’occasion de ses dix ans le cabinet HEADway Advisory a souhaité soutenir l’action de Tina Kieffer et de son association Toutes à l’école qui scolarise des petites Cambodgiennes. Retour sur un destin…

Comment se forge un destin ? Pour Tina Kieffer le destin aura frappé plusieurs fois. La première pour en faire l’une des journalistes les plus connues de France, puis la directrice d’un « Marie-Claire » alors au faîte de sa popularité. La seconde pour lui faire totalement changer de vie. Nous sommes en 2004 et elle est en vacances au Cambodge avec deux de ses quatre enfants. A Phnom Penh, la capitale, elle visite un orphelinat. Dans le jardin une petite fille pleure. Elle la prend dans ses bras, la console, la petite fille pleure toujours… « Comme le titre de mon livre, cela a été une « déflagration d’amour ». J’ai eu un coup de cœur pour cette enfant », se souvient Tina Kieffer. C’est le début d’une histoire qui va l’amener à adopter la petite Chandara puis à créer au Cambodge une école qui reçoit aujourd’hui 1 600 élèves, toutes des filles issues de familles très défavorisés, avec son association Toutes à l’école. Une histoire qui a totalement changé la vie de Tina Kieffer.

Adopter la petite Chandara. A son retour en France, Tina Kieffer reprend sa vie de directrice de « Marie-Claire », les bouclages, la vie mondaine d’une journaliste célèbre, tout en ayant constamment à l’esprit le sort de la petite Chandara : « J’avais toujours voulu adopter une enfant. Je pensais tout le temps à elle. A comment la faire venir sachant que les procédures d’adoption étaient quasiment bloquées avec le Cambodge ». Parce que rien ne l’arrête quand elle veut absolument réaliser quelque chose, Tina Kieffer repart au Cambodge en mai 2005 avec la ferme attention d’en ramener la petite Chandara qui a, à l’époque, trois ans. Le 18 mai 2005 c’est fait. Elle peut prendre l’avion et la ramener en France. L’adoption prendra encore de longs mois mais c’est fait : Chandara, rebaptisée Théa, a échappé à un destin qui s’annonçait si difficile.

Mais voilà : le processus d’adoption est tout sauf un long fleuve tranquille. La commission qui examine le dossier tique sur le fait que la journaliste a ramené en France sa future fille avec un visa médical. Il lui faudra longtemps argumenter devant une juge qui ne comprend pas qu’elle n’ait pas choisi la procédure classique, c’est-à-dire ramener la petite fille au Cambodge et attendre. Dans son livre Tina Kieffer se souvient avec émotion et colère : « Parle-t-elle sérieusement ? J’imagine la scène. J’entre dans la chambre des filles : « Désolée ma chérie, on va faire ta valise, on doit te ramener à l’orphelinat où tu manges des têtes de poissons. Mais ne t’inquiète pas, nous reviendrons te chercher dans trois ans (durée moyenne d’une procédure d’adoption à l’international), enfin si d’ici là le Cambodge a rouvert l’adoption avec la France… » ». Il leur faudra encore patienter un an pour que l’adoption soit pleine et entière.

Créer une école pour les petites Cambodgiennes. Pendant son deuxième séjour au Cambodge, Tina Kieffer comprend vite que sauver une petite fille ne peut pas lui suffire. Dans un pays qui a tant souffert de la dictature khmer rouge et qui doit reconstituer ses élite, elle sent qu’elle peut aller plus loin. C’est décidé : elle va créer une école pour que les femmes jouent tout leur rôle dans cette nouvelle société qui se bâtit. Dans son livre elle raconte : « Me sont revenus en mémoire tous les reportages que j’ai publiés sur la triste condition des filles en Inde, en Afghanistan, dans tant de pays. Je vais monter une école pour les filles (…) Sauver une fillette en l’instruisant, c’est sauver la génération suivante car, une fois mère, elle saura transmettre le meilleur à ses enfants ».

C’est décidé : elle va éduquer des petits filles avec comme seule condition préalable d’être issues d’un milieu particulièrement défavorisé dans une école qui prendra le nom de Happy Chandara : « Je suis sûre que si chaque capitale des pays émergents comptait plusieurs pépinières telles que la future Happy Chandara, ce seraient demain des bataillons de milliers de femmes qui participeraient à faire bouger les lignes ».

Trouver des fonds. Grâce à une amie cambodgienne, Tina Kieffer trouve un terrain disponible à une quinzaine de kilomètres de Phnom Penh. Après avoir obtenu le statut d’ONG pour son association, c’est là qu’elle va construire son école. Mais encore lui faut-il des financements. C’est à Paris qu’elle les trouvera. Auprès de ses équipes de Marie-Claire, elle teste l’idée de lancer une campagne dans le journal en faveur de l’éducation des filles afin de financer de premier bâtiment. L’enthousiasme est là. Lancée en mars 2006, ce sera la campagne « La rose Marie-Claire », des roses vendues en soutien à la cause des filles, relayée par des médias qu’elle connait bien pour avoir notamment animé le talk-show vedette de TF1« J’y crois, j’y crois pas », pendant plusieurs années.

Une première campagne au succès tel qu’elle sera organisée pendant dix ans. « Le rythme s’emballe, les partenaires se multiplient, L’Oréal nous apporte son soutien. C’est l’euphorie. Nous ne nous doutons pas que l’école Happy Chandara exigera en grandissant des financements si lourds que ma future équipe de levée de fonds et moi mordrons souvent la poussière », se souvient Tina Kieffer, soutenue à l’époque et depuis par des personnalités comme Monica Bellucci, Claire Chazal, Isabelle Adjani, Laetitia Casta… puis de nouvelles comme Anne-Claire Coudray, Chantal Thomass ou encore Michel Drucker.

2006 : l’école ouvre ses portes. Repartie au Cambodge, Tina Kieffer y voit son rêve commencer à prendre jour en mars 2006. Depuis un mois le chef du district visite les familles et précise qu’y « seront admises les filles entre six et sept ans, dont le revenu familial n’excède pas 50 dollars par mois, habitant à cinq kilomètres de l’école ». En novembre aura lieu la première rentrée avec 74 élèves qui obtiendront toutes leur bac cambodgien douze ans plus tard. Aujourd’hui l’école compte 1 600 élèves.

Un succès que Tina Kieffer va rendre possible en se consacrant entièrement à son école. En 2010 elle quitte la direction de Marie-Claire et la vie ébouriffante d’une journaliste vedette pour aller vivre au Cambodge. Elle va y passer deux ans avec ses deux plus jeunes enfants et bien sûr la troisième, la petite Théa qui a donné son nom à son école : « J’emménage à Phnom Penh dans une maison un peu déglinguée. La vie y est très agréable au milieu d’un peuple cambodgien qui représente à la fois le pire, la dictature khmer rouge, et le meilleur de l’homme ». Elle revient en France tous les trois mois pour y rejoindre ses deux grands enfants restés à Paris et faire des levées de fonds. « Je suis tellement convaincue de mon projet que j’en deviens sa meilleure vendeuse. » D’autant plus convaincante qu’une vidéo montrant tout ce qu’elle accomplit là-bas accompagne ses propos : « Je montre toujours la vidéo d’abord pour que les contributeurs voient le visage des enfants ».

Aujourd’hui, alors que Tina Kieffer est revenue en France et y gère son association, dix travailleurs sociaux travaillent à plein temps pour sélectionner les futures élèves et une centaine de personnes, toutes cambodgiennes, y travaillent en tout. De la maternelle à l’enseignement supérieur puisque Happy Chandara soutient également ses diplômées une fois qu’elles ont eu leur bac en les logeant pour qu’elles poursuivent leurs études à l’université. Et pour certaines en France comme ces deux étudiantes qui ont intégré l’Insa Lyon cette année. « Leur détermination à réussir est incroyable. Elles réussissent toutes alors que nous ne les sélectionnons absolument pas ! »

  • Le livre qui raconte son histoire « Une déflagration d’amour », Tina Kieffer, J’ai lu, 7,30€

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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