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« Ce sont les compétences acquises en classes préparatoires qui alimentent les meilleurs programmes »: Alain Joyeux, président de l’Aphec

Alain Joyeux (APHEC)

Les nouvelles classes préparatoires économiques et commerciales générales (ECG) n’ont pas encore trouvé leur public. Le président de l’Association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales (APHEC), Alain Joyeux, analyse avec nous les raisons de ce démarrage difficile et imagine des solutions.

Olivier Rollot : La première année de recrutement des nouvelles classes préparatoires économiques et commerciales générales (ECG) a débouché sur une forte baisse des effectifs en première année. Comment l’expliquez-vous ?

Alain Joyeux : Le bilan est très négatif avec une baisse des effectifs de 13,7% soit environ 1 000 élèves. Des éléments conjoncturels ont certes joué. Dans le contexte de la pandémie il était en effet difficile d’expliquer la réforme des classes préparatoires EC, qui n’a pas été comprise par tous les candidats potentiels.

Mais c’est surtout la réforme du lycée qui a changé la donne. Les stratégies d’orientation se développent maintenant dès la seconde et plus seulement en fin de terminale. Surtout nous constatons qu’il y a tout un vivier d’élèves qui ne candidatent pas assez dans notre filière. C’est le cas notamment de ceux qui ont opté pour la doublette HGGSP et Sciences économiques et sociales (SES), avec une option mathématiques complémentaires, et qui ne sont que 10% à avoir candidaté en ECG.

Il faut s’interroger sur le faible taux de candidatures chez ces élèves qui avaient pourtant choisi l’option mathématiques complémentaires en terminale. Nous avons un véritable effort de communication à faire envers eux sans oublier d’autres profils, aussi bien ceux qui avaient choisi des doublettes scientifiques que ceux qui ont une orientation plus portée vers les sciences humaines. Il y a cependant un constat mitigé sur les acquis des élèves ayant suivi l’option mathématiques complémentaires. Cela s’explique notamment par le fait que les trois heures prévues en terminale se réduisent à deux dans la plupart des établissements. De plus, la valorisation de cet enseignement est insignifiante au baccalauréat.

O. R : Les écoles de management soutiennent-elles suffisamment les classes préparatoires, qui restent la voie privilégiée d’accès à leur programme Grande école ?

A. J : Si plusieurs d’entre elles fournissent individuellement des efforts pour promouvoir les classes préparatoires, cela reste collectivement insuffisant. Elles possèdent une pluralité de voies d’accès et ont tendance à promouvoir avant tout leurs bachelors lors des salons d’orientation, plutôt que toute la filière CPGE / GE dont elles ne parlent quasiment jamais. Il faudrait plus d’équilibre dans la promotion des différentes voies d’accès et nous appelons la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) à faire beaucoup plus d’efforts de communication en faveur des CPGE.

Cette année nous avons testé ensemble, avec la Cdefm et le BNEM (Bureau national des élèves en école de management), la création d’une « Journée des ambassadeurs » au cours de laquelle des ex-élèves de classes préparatoires sont allés porter la bonne parole dans les lycées. Les résultats sont mitigés car l‘organisation a été trop longue à mettre en place, mais l’idée est bonne et il faut persévérer. Il faudrait vraiment pouvoir mettre en avant la valeur ajoutée du parcours CPGE/GE, sa pluridisciplinarité, son apprentissage des méthodes de travail, etc. Il faut réaffirmer avec plus de force et sans doute avec des éléments de langage plus efficaces la cohérence d’un parcours en 5 ans vers le Master 2 en grande écoles, avec une réussite quasi assurée. Le continuum est un fait, il faut le mettre beaucoup plus en valeur.

Pourquoi ne pas réaliser une enquête sur les résultats spécifiques dans l’emploi des étudiants passés par des classes préparatoires ? Leur prise en compte par les recruteurs. Nous sommes tous convaincus que ce sont les compétences acquises en classes préparatoires qui alimentent les meilleurs programmes même si d’autres profils sont aussi évidemment intéressants.

O. R : Les écoles répètent toujours que leurs bachelors n’entrent pas en concurrence avec les classes préparatoires.

A. J : C’est un discours qui n’est plus vrai aujourd’hui malgré les démentis réguliers des directions d’école. Nous le constatons lorsque nous rencontrons les lycéens et leurs familles. Le très grand nombre de places de bachelors qui est proposé par les écoles sans réel mode de sélection – celle-ci étant souvent factice – jette le trouble, y compris chez des profils d’élèves de terminale qui auraient avant choisi d’opter pour une classe préparatoire. Les écoles ne peuvent pas balayer d’un revers de la main la concurrence que les bachelors font aux classes préparatoires. Certains élèves ne font même pas différence entre les programmes. Pour les jeunes lycéens, la notion de PGE (Programme Grande Ecole) ne signifie rien. Pour eux, être en bachelor, c’est être dans un cursus de grande école de management, les nuances sémantiques familières aux acteurs de la filière ne sont ni perçues ni comprises.

De plus les titulaires d’un bachelors peuvent maintenant prétendre au grade de licence qui n’est pas accessible à la fin d’une classe préparatoire. Mais pourquoi alors ne pas donner également le grade de licence à la fin de la première année de programme Grande école ? On nous répond que certains élèves en profiteraient peut-être pour changer d’école.

En Amérique du Nord certains établissements s’étonnent que des étudiants puissent obtenir un master sans licence. Nous regrettons que les élèves de classes préparatoires ne puissent pas obtenir le grade de licence à la fin de leur première année de PGE. Cela rend encore plus difficile le fait de convaincre de la valeur ajoutée d’une CPGE. Nous déplorons que la plupart des directions d’école nient cette réalité en s’abritant derrière le fait que la licence est inutile lorsqu’on est dans un cursus Master. Là encore, notre vivier de recrutement ne le perçoit pas du tout ainsi.

O. R : Les classes préparatoires EC ont évolué ces dernières années. Elles se sont même rapproché des entreprises.

A. J :Une quarantaine de lycées ont mis en place des immersions en entreprise en fin de première année et cela fonctionne très bien. On nous rétorque, du côté des écoles comme de notre tutelle, que cela conviendrait mieux à des élèves tentés par des bachelors. Cette vision est trop binaire. Ces immersions ne remettent absolument pas cause l’ADN des CPGE qui est l’excellence académique, mais elles constituent une respiration salutaire pour nos étudiants qui donne du sens à leurs efforts pour réussir au mieux les concours.

O. R : Si les ECG n’ont pas réussi à recruter pour leur inauguration n’est-ce pas lié au fort volume de mathématiques qu’elles dispensent ? Surtout pour des filles qui abandonnent beaucoup les mathématiques en terminale ?

A. J : La question est qui recrutons-nous et avec quel profil ? Le moindre intérêt des filles pour les mathématiques remet effectivement en cause la mixité parfaite de la filière. Mais quelle contradiction de faire pression sur nous pour que nous recevions plus de boursiers alors que les élèves issus de CSP+ sont sur représentés dans le vivier qui nait de la réforme ! En tant qu’association de professeurs de CPGE, il n’est pas possible de stigmatiser une discipline parfois désignée à tort comme la seule responsable de nos difficultés de recrutement. Le problème est bien plus complexe.

O. R : Le rapport Jouzel insiste pour que tous les étudiants soient formés aux enjeux de la transition climatique dès bac+2. Comment les classes préparatoires EC peuvent-elles répondre à cet enjeu ?

A. J : Il suffit de regarder les programmes d’économie, sociologie et histoire du monde contemporain (ESH) et d’histoire, géographie et géopolitique du monde contemporain (HGG)pour constater que ces enjeux sont déjà enseignés. Il y a deux ans lors de l’ajustement des programmes d’ESH et d’HGG nous avons introduit ou augmenté la part des enseignements sur la question. C’était d’ailleurs une commande de la tutelle.

O. R : Il est certes un peu tôt pour en parler mais comment se présente l’année 2022 pour les ECG ?

A. J : A la clôture de Parcoursup il faudra bien faire la différence entre le nombre de candidatures et le nombre de candidats, sans préjuger des résultats finaux. Nous faisons en tout cas le maximum d’efforts pour communiquer et nous appelons les lycées à recruter pour éviter la fermeture de classes préparatoires. Nous devons faire un effort important pour drainer les élèves vers la filière et veiller aux effectifs.

O. R : Quel impact a eu la pandémie sur les élèves que vous avez recrutés cette année ?

A. J : Les jeunes ont été impactés en termes de comportement et de ténacité. Nous avons peut-être plus d’efforts à faire pour les rendre comparables à leurs prédécesseurs. Ils ont été clairement impactés par le Covid-19 en suivant beaucoup de cours en distanciel et une scolarité irrégulière. En langues vivantes notamment parler dans les classes en vis-à-vis est très important.

O. R : Des discussions acharnées ont eu lieu sur la réforme des épreuves de langue de la banque Elvi. Où en est-on aujourd’hui ?

A. J : La définition des nouvelles épreuves de la banque Elvi a partiellement tenu compte d’un certain nombre de remarques que nous avons pu émettre. Il reste des points en suspens et notamment le cobayage des sujets par des professeurs de classes préparatoires. De plus nous demandons à que soient publiés de véritables critères de correction et des corrigés détaillés après les concours. Ce que la banque Elvi s’est toujours refusée à faire alors qu’Iena et Ecricome le font.

O. R : Quel regard jetez-vous sur le développement des Cycle pluridisciplinaire d’études supérieures (CPES) ? Ce sont un peu des classes préparatoires d’un nouveau genre ?

A. J : Quinze CPES sont créées cette année en France. Cela nous interroge alors que, depuis 3 ans, on nous évoque constamment la nécessité de conserver des coûts constants. Et là on crée des CPES en trois ans sur un modèle d’enseignement 80% lycée / 20% universités puis 50 / 50 et enfin 20% lycée / 80 universités. Le tout avec la cible d’avoir 40% de boursiers au sein de parcours à faibles effectifs très couteux à mettre en œuvre.

Le format n’est pas inintéressant mais cela fait se poser beaucoup de questions. Ces CPES peuvent-elles concurrencer les classes préparatoires alors que des professeurs de CPGE y sont parfois employés ? Quelle est la stratégie du gouvernement ? Nous ne voudrions surtout pas que le développement des CPES soit financé par la fermeture de classes préparatoires. Nous demandons des clarifications sur ces points.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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