POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Quelle place pour les femmes dirigeantes dans l’enseignement supérieur ?

C’est une photo qui a fait beaucoup jaser : en rang d’oignon huit hommes, directeurs ou directeurs adjoints d’écoles, qui signent une convention autour de HEC et de l’Institut polytechnique de Paris. Comme la caricature d’un enseignement supérieur sans femmes à sa tête en l’absence d’Élisabeth Crépon, directrice de l’une des écoles signataires de la convention, l’Ensta ParisTech.

Au total 14% des dirigeants des institutions d’enseignement supérieur (« rectors ») des 46 pays membres de l’EUA sont des femmes, contre 86% d’hommes selon une enquête publiée par l’Association européenne des universités à l’occasion de la Journée de la femme. 22 pays n’ont même aucune femme à la tête d’un de leurs établissements. Cependant, davantage de femmes ont tendance à devenir rectrices. Entre 2014 et 2019, le nombre de femmes rectrices a augmenté de 36%.

 

Plus largement 34 des 200 premières universités dans le monde étaient dirigées par des femmes en 2018 selon le Times Higher Education. Mais leur nombre augmente à mesure que l’on se rapproche de la tête et elles sont six parmi le top 20 avec au premier chef Louise Richardson, qui dirige l’université d’Oxford depuis 2016. Présidente de Harvard de 2007 à 2018, Drew Faust a quant à elle quitté son poste en 2018. Toutes deux furent ainsi les premières femmes à diriger leur université depuis leur création (en 1096 pour Oxford, en 1636 pour Harvard).

En France aussi des femmes occupent des postes éminents : Frédérique Vidal est ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Anne-Lucie Wack préside la Conférence des grandes écoles, Élisabeth Crépon la Commission des titres d’ingénieurs (CTI), Alice Guilhon le Chapitre des écoles de management de la CGE et Brigitte Plateau dirige la Dgesip après avoir été administratrice générale de Grenoble INP. Mais elles n’en sont pas moins globalement largement sous représentées au sein des établissements. « Il existe un vrai problème de parité et une réelle sous-représentation des femmes dans les postes de leadership de l’enseignement supérieur. Et cela concerne tous les établissements: grandes écoles, universités, organismes de recherche », dénonçait ainsi Anne-Lucie Wack fin février dans Le Figaro après la publication de la fameuse photo.

Ces femmes dirigeantes le sont d’abord du côté des écoles de management. Certes aucune n’a encore obtenu la direction d’une école du top 5 mais Catherine Lespine dirige le principal groupe d’enseignement supérieur privé – largement constitué d’écoles de management -, l’Inseec U., Alice Guilhon Skema, Delphine Manceau Neoma, Isabelle Barth l’Inseec, Lamia Rouai l’EBS et Françoise Roudier le groupe ESC Clermont. Six pour trente-huit.

Le double en proportion que dans les universités même si, là aussi, ce sont de souvent très belles institutions que des femmes dirigent telles Paris-Saclay (Sylvie Retailleau), Paris-Dauphine (Isabelle Huault), la Comue Université Grenoble-Alpes (Lise Dumasy), l’université de Haute-Alsace (Christine Gangloff-Ziegler, également vice-présidente de la CPU), Paris-Diderot (Christine Clerici), Lyon 2 (Nathalie Dompnier), Hélène Velasco-Graciet (Bordeaux-Montaigne) ou encore Toulouse 1 et 2 (respectivement Corinne Mascala et Emmanuelle Garnier).

Bien mieux que du côté des écoles d’ingénieurs où seules Élisabeth Crépon (Ensta ParisTech), Florence Darmon (ESTP), Sophie Commereuc (Sigma Clermont), Véronique Bonnet (Esme Sudria) et bien sûr Anne-Lucie Wack (Montpellier Agro) sont aux postes de direction. Six sur plus de 200…

Au total et si on excepte le Luxembourg (et sa seule institution d’enseignement supérieur), la France se classait même en 2015 à une calamiteuse dernière place dans le classement des directeurs/présidents (heads of institutions) que publiait à l’époque la Commission européenne au sein de son document She Figures 2015 largement consacré à l’enseignement supérieur. Avec seulement 10% de femmes à la tête d’institutions d’enseignement supérieur la France était bien loin d’une moyenne européenne (20,1%) que n’atteignait pas non plus l’Allemagne (16,5%). Cela n’a pas beaucoup évolué depuis…

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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