Après les années « open bar » qui ont vu le nombre d’apprentis et d’organismes exploser, les entrées en apprentissage marquent le pas. D’après les premières estimations de la Dares, sur l’ensemble de l’année 2025, ce sont ainsi 5% de contrats d’apprentissage en moins qui ont débuté. Un reflux qui concerne plus particulièrement l’enseignement supérieur où la baisse atteint les 6,3%.
Mais comment les établissements d’enseignement supérieur et les CFA encaissent-ils un choc qui a débuté dès 2024? France compétences vient de publier l’édition 2025 de son Rapport annuel sur l’usage des fonds de la formation professionnelle et du conseil en évolution professionnelle pour faire le point sur l’année 2024. Et qui sont les apprentis ? Une note du SIES détaille leur profil sur Parcoursup alors que le montant des aides aux entreprises pour 2026 vient d’être publié et que le ministère du Travail entend s’attaquer aux abus constatés dans certains organismes de formation d’apprentis (OFA).
En tout ce sont 1 017 500 contrats d’apprentissage qui sont en cours au 31 décembre 2025 soit une baisse de 3 % en un an. Même reflux du côté des contrats de professionnalisation où la baisse est également de 5% avec 81 800 débutant en 2025. Ce sont ainsi 64 100 contrats de professionnalisation qui sont en cours au 31 décembre 2025 soit une baisse de 8% en un an.
Des aides qui se réduisent comme peau de chagrin. Depuis le 1er juillet 2025, un reste à charge de 750 euros a été mis en place pour toute embauche d’un apprenti, alors que les aides à l’embauche ont aussi été rabotées. Le Décret n°2026-168 relatif à l’aide exceptionnelle aux employeurs d’apprentis a été publié au Journal Officiel le 6 mars 2026. Il s’applique aux contrats conclus à compter du 8 mars.
Cette aide varie toujours selon la taille de l’entreprise et le niveau de formation mais aussi, pour la première fois, en fonction du niveau de formation. Pour les niveaux 3 et 4, le montant des aides reste inchangé par rapport à ceux qui étaient en vigueur entre le 24 février 2025 et le 31 décembre 2025. En revanche, il baisse pour tous les autres niveaux. Dans les entreprises de 250 salariés ou plus, elle sera ainsi fixée à 750 euros pour les niveaux 6 et 7 (licence et master). Les aides aux entreprises sont ainsi réparties :
Pour les entreprises de moins de 250 salariés, le montant de l’aide exceptionnelle est de :
- diplômes ou titres de niveau 5 (Bac+2 : BTS…) : 4 500€ maximum ;
- diplômes ou titres de niveau 6 et 7 (Licence, Master…) : 2 000€ maximum.
Pour les entreprises de 250 salariés et plus, le montant de l’aide exceptionnelle est de :
- diplômes ou titres de niveau 3 et 4 (CAP, Bac) : 2 000€ maximum ;
- diplômes ou titres de niveau 5 (Bac+2 : BTS…) : 1 500€ maximum ;
- diplômes ou titres de niveau 6 et 7 (Licence, Master…) : 750€ maximum.
Le montant de l’aide reste inchangé par rapport à 2025 pour :
- les contrats préparant à un niveau 3 (équivalent CAP) ou niveau 4 de qualification (équivalent baccalauréat) ;
- les apprentis en situation d’handicap pour un montant maximal de 6 000€.
L’objectif du gouvernement est de récupérer 1,2 milliard d’euros et de recentrer les aides sur les petites et moyennes entreprises.
COMMENT SE PORTENT LES CFA ? Dans les deux parties consacrée à l’apprentissage de l’édition 2025 de son Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle, France Compétences établit que, parmi les 21,6 milliards d’euros qui ont été engagés en 2024, 72% sont consacrés au financement de l’apprentissage. Or le coût d’un contrat d’apprentissage, hors rémunération des apprentis, est en forte baisse : 17 404 € en 2024 contre 22 478 € en 2021. Une baisse qui s’explique principalement par celle des aides aux entreprises. Alors qu’elles représentaient près de la moitié du coût total d’un contrat en 2021, elles ont chuté de 43% sur la période pour s’établir à 5 983 euros par contrat en 2024. Les coûts pédagogiques, constituant entre 45% et 52% du coût total d’un contrat selon les années, diminuent quant à eux de 9% entre 2021 et 2024.

Source : Edition 2025 du Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle, France Compétences
En 2024, les organisme de formation d’apprentis (OFA) ont comptabilisé un total de charges d’environ 9,1 milliards d’euros et un total de produits de près de 9,6 milliards d’euros, réalisant ainsi un résultat net de 492 millions d’euros. Comparées à l’exercice 2023, leurs charges de l’année 2024 augmentent en valeur de 8,6%, dans un contexte d’inflation à 2%. Un coût qui augmente avec le niveau de certification : de près de 7 600 euros pour un apprenti de niveau 3 (CAP) à plus de 9 400 euros pour un apprenti de niveau 7 (master).
Source : Edition 2025 du Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle, France Compétences
En 2024 le coût de revient total d’un apprenti sur un an pour un OFA était en hausse de 2,7% par rapport à 2023 (soit 0,7%, inflation déduite) et s’élève à 8 825 euros. Si le taux de marge moyen des OFA reste positif à 5,1%, il enregistre une baisse de 3,5 points par rapport à 2023. Résultat : à la fin 2024, seulement 55% d’entre eux présentent un résultat excédentaire.
La rentabilité globale des structures publiques est désormais plus faible que celle des associations. La rentabilité des OFA accueillant le plus d’apprentis17 est, quant à elle, plus faible que celle des OFA de plus petite taille.
Source : Edition 2025 du Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle, France Compétences
Des OFA qui souffrent. Les conséquences du reflux de l’apprentissage commencent à se faire sentir pour les organisme de formation d’apprentis. Dans un manifeste publié le 12 janvier 2026 la Fnadir (Fédération nationale des directeurs de centres de formation d’apprentis) alerte sur la fermeture progressive de nombreux centres, « incapables de maintenir leur activité ». Leader historique en matière d’alternance dans l’enseignement supérieur le groupe Igensia a ainsi annoncé le 12 janvier 2026 la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) afin de « transformer son organisation ».
Mais déjà d’autres groupes dont l’activité était centrée sur l’apprentissage souffraient dès 2025. En mai 2025, un jugement d’ouverture en redressement judiciaire du groupe Talis Paris à Paris a été prononcé. L’ESI Business School de Montrouge annonce sa fermeture fin 2026. Quant aux Collège de Paris, s’il a été placé en procédure de sauvegarde le 31 décembre 2025, les nombreuses accusations portées contre lui dépassent largement la question de l’apprentissage.
Les ministres du Travail et de l’Enseignement supérieur s’attaquent à la fraude dans la formation professionnelle. « Devant l’engagement des pouvoirs publics dans le développement de l’apprentissage certains en ont frauduleusement profité. Au-delà du coût pour la société cela conduit des jeunes à être formés à un niveau insuffisant », attaque Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, qui porte la partie consacrée à la formation du projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales. En compagnie de Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, il s’est rendu ce jeudi 19 février sur le site de la Préfecture d’Île-de-France pour présenter les mesures envisagées.
Du côté du MESRE le Projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé porte tous les espoirs de régulation. « L’apprentissage est d’abord un immense succès avec une très grande majorité de formations dans l’enseignement privé de bonne qualité. Pour garantir que tous les établissements seront évalués et protéger les étudiants notre projet de loi sera discuté au Sénat au mois de mai », signifie Philippe Baptiste, persuadé qu’il fera l’objet d’une sorte de « consensus politique et sera voté rapidement ».
Les deux ministres ont échangé avec les agents engagés pour lutter contre différents types de fraudes, plus particulièrement dans le domaine de la formation professionnelle et spécifiquement sur l’instruction de contrôle de la formation adressée aux préfets. Des services qui dénoncent : « Nous nous apercevons que les organismes utilisent des formes juridiques complexes et organisent leur insolvabilité dès qu’ils sont contrôlés ». La nouvelle loi devrait permettre d’y remédier alors que le nombre de CFA a explosé.
En Ile-de-France on est ainsi passé de 150 à plus de 1270 CFA depuis l’adoption de la loi sur l’apprentissage de 2018 et une cinquantaine de nouveaux sont présentés chaque mois. Avec de plus en plus d’abus selon la DRIEETS (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) Ile-de-France qui « constate parfois des demandes d’auto-entrepreneurs ou d’organismes qui n’ont aucun locaux ». Elle intervient également sur le « dévoiement du statut d’apprenti dans les entreprises ».
En complément, la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) a présenté la cellule mise en place pour accompagner les apprentis dans leur réorientation vers des solutions de formation adaptées, à la suite de la fermeture éventuelle de CFA. « Même en cas de fermeture d’un CFA il reste un contrat et un employeur sur lequel nous pouvons nous appuyer », y souligne-t-on.
Les principaux abus. Selon les DRIEETS les principaux abus rencontrés lors des contrôles sont :
- des formations non réalisées ou partielles ;
- des publicités trompeuses ;
- des contenus pédagogiques incohérents avec les titres annoncés
- la confusion entre diplômes (masters et masteres, bachelors et licences etc.) ;
- le détournements de fonds au profit des dirigeants :
- le dévoiement du statut d’apprenti.
QUI POSTULE UNE FORMATION EN APPRENTISSAGE SUR PARCOURSUP ? En 2024, sur un million de candidats ayant confirmé au moins un vœu sur Parcoursup, 264 000 ont confirmé au moins un vœu en apprentissage (46 000 ont exclusivement confirmé des vœux en apprentissage) détaille le SIES dans sa note publiée en février 2026 Les vœux en apprentissage dans Parcoursup : quels profils de candidats ? Ils n’étaient que 19% dans ce cas en 2018 soit 162 000 élèves.
Les étudiants s’orientant plus fréquemment vers l’apprentissage sont en particulier des néo‑bacheliers professionnels – ils représentent près de la moitié de ceux qui ne visent que l’apprentissage – et des étudiants en réorientation (17%) ou en reprise d’études (21%).

Les candidats exclusivement en apprentissage se distinguent par :
- une moyenne d’âge plus élevée (41% d’entre eux ont 18 ans ou moins, contre 58% pour les autres) ;
- un niveau académique globalement plus modeste (43% sans mention au baccalauréat contre 32% chez les candidats à des formations sous statut étudiant) ;
- des milieux sociaux moins favorisés (il n’y a que 8% d’enfants de cadres parmi les candidats ayant confirmé uniquement des vœux en apprentissage contre 23% en moyenne) ;
- les femmes y sont minoritaires (41%) ;
- leur volonté de mobilité géographique est plus restreinte, avec moins de changements d’académie à l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Beaucoup de ces étudiants ont choisi l’apprentissage autant pour entrer rapidement dans le monde du travail que pour financer leurs études. Leur acceptation à payer véritablement des cursus est faible et le reflux des financements gouvernementaux a un effet immédiat sur le recrutement des établissements aux frais d’inscription élevés. Pour autant le recul de l’activité de certains établissements n’offrant pas les mêmes garanties pédagogiques – voire tout simplement radiés par le ministère du Travail – que ceux bien implantés peut ramener vers l’enseignement supérieur de qualité beaucoup d’étudiants. Le reflux de l’apprentissage est en tout cas un crash test pour tous ceux qui ont exagérément parié sur le développement de l’apprentissage.