Retour sur la conférence inaugurale du salon de l’expérience étudiante

by Olivier Rollot

Organisé par HEADway Advisory et RPI, le deuxième Salon de l’expérience étudiante a eu lieu à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris les 25 et 26 mars. Lors de la conférence inaugurale ont notamment été évoqués les projets de construction ou de rénovation d’établissements d’enseignement supérieur et leur impact sur l’expérience étudiante. À l’heure où les campus se réinventent, six représentants des conférences et associations de l’enseignement supérieur ont dessiné les contours de cette transformation après que Sylvie Retailleau, présidente d’Universcience et ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a ouvert les débats.

La France a longtemps sous-estimé la valeur stratégique de ses campus. Mais depuis la crise sanitaire, un virage à 360 degrés a été pris entraînant une vague de travaux de construction ou de rénovation. « Historiquement, les campus étaient davantage valorisés dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Suisse. En France, nous avons pris plus récemment la mesure de leur rôle dans le vivre-ensemble et dans la qualité de la vie étudiante », observe Delphine Manceau, présidente de la Conférence des Grandes Écoles (CGE) et directrice générale de Neoma Business School. Le mouvement est aujourd’hui bien engagé : le campus Saint-Thomas de Sciences Po, le nouveau campus de CentraleSupélec, et les nombreux projets récents dans les écoles de management et d’ingénieurs en témoignent. Cette montée en puissance répond à un défi précis : après la pandémie, les établissements ont dû se battre pour faire revenir les étudiants sur place. « Nous avons pris conscience de l’importance d’être ensemble. Nous devons donner envie aux étudiants de venir : retrouver leurs camarades, croiser des professeurs, vivre des expériences collectives. La dimension émotionnelle et relationnelle pèse beaucoup dans l’envie d’apprendre », souligne Delphine Manceau.

Conférence ouverture - SEE 2026

Conférence d'ouverture SEE 2026 / De gauche à droite : Philippe Depincé - Caroline Roussel - Joël Cuny - Stéphanie Lavigne - Dephine Manceau - Sylvie Retailleau - Virginie Laval // Animation : Olivier Rollot

L’architecture n’est pas un décor

Tous les intervenants s’accordent également sur le fait qu’un campus ne se résume plus à une collection de salles de cours. Pour Philippe Dépincé, directeur de Polytech Nantes, « un espace bien pensé change la manière de travailler, d’enseigner et de se rencontrer. L’architecture n’est donc pas un décor : elle conditionne des usages très concrets ». À Lille, Caroline Roussel, vice-présidente de la Fesic (Fédération des établissements d’enseignement supérieur d’intérêt collectif) et directrice générale de l’Iéseg, a traduit cette conviction dans les faits en réunissant pendant 18 à 24 mois collaborateurs, étudiants et enseignants autour d’un principe structurant : « Best place to work, live and learn ». Résultat : couloirs transformés en espaces de vie avec assises et tablettes de travail, grand hall central ouvert sur terrasse et jardin, bibliothèque repositionnée au cœur du dispositif. « En moins d’une heure, l’espace central s’est rempli spontanément. Cette appropriation immédiate a confirmé que le besoin existait », rapporte-t-elle. Pour Virginie Laval, présidente de l’université de Poitiers, les nouvelles bibliothèques universitaires, chauffées, ouvertes tard le soir et le week-end, incarnent cette évolution : « Elles deviennent de véritables espaces de vie. Nous considérons que ces lieux participent directement à la réussite académique, parce qu’ils créent un environnement propice au travail mais aussi à la sociabilité ».

Le sport et le vivant, piliers d’un campus réussi

La dimension physique et écologique s’impose comme un marqueur fort des nouveaux projets. Joël Cuny, directeur de l’ESTP, dont le nouveau campus sera en partie inauguré cette année, place le sport en tête de ses priorités. « Nous avons un bureau des sports extrêmement actif, de nombreuses associations sportives et beaucoup d’équipes engagées dans les sports collectifs. Notre nouveau complexe sportif va permettre de répondre à leurs besoins dans de bien meilleures conditions », explique-t-il, évoquant le futur gymnase. Son projet intègre également un volet de renaturation ambitieux : revégétalisation, trame verte, aménagements extérieurs pensés pour que « les étudiants habitent réellement le campus ». Philippe Dépincé dresse le même constat à Polytech Nantes : « L’environnement d’un campus compte. Un territoire tourné vers les sports nautiques ou la montagne peut créer une identité forte et parler à certains profils d’étudiants ».

Bien-être et santé : une mission élargie

La question du mal-être étudiant a profondément reconfiguré le rôle des établissements. « Notre mission s’est élargie : nous ne faisons pas seulement de l’académique, nous accompagnons des jeunes au moment où ils deviennent adultes. Le monde extérieur est perçu comme plus anxiogène, et cela renforce l’attente d’un cadre protecteur », analyse Delphine Manceau. Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) et directrice générale de TBS Education, est allée jusqu’à déployer une identité sonore sur ses campus : « Des séquences musicales marquent certains moments de la journée pour créer des repères et apaiser. La lumière, l’acoustique, les odeurs influencent les processus cognitifs. Nous explorons ces leviers pour favoriser l’apprentissage ». Elle observe par ailleurs un « isolement paradoxal » : « Les étudiants sont connectés en permanence mais peuvent se retrouver seuls physiquement. Le campus devient alors un espace où l’on parle réellement à l’autre ». Virginie Laval note de son côté que France Universités a fait le choix politique de ne plus dissocier formation et vie étudiante : « La réussite académique dépend fortement du bien-être global des étudiants : santé physique et mentale, engagement associatif, accès à la culture ou encore activités sportives ».

Projets réels, engagement reconnu

Les campus de demain sont aussi des lieux où les étudiants apprennent en faisant. Joël Cuny développe au cœur de son futur campus deux instituts – l’un dédié à la décarbonation, l’autre à l’intelligence artificielle – pour « mettre les étudiants à la frontière de l’expérimentation, sur des cas réels, issus de situations d’entreprise éprouvées ». Il cite en exemple l’association Passion BTP, qui a créé un référentiel d’évaluation de chantiers avec les enseignants et lancé un concours du meilleur chantier de France, fédérant près de 250 personnes lors du jury final. « Ils ont en quelque sorte inversé la relation aux entreprises : là où les écoles peinent parfois à mobiliser les professionnels, eux parviennent à les fédérer par la qualité du projet », souligne-t-il. La question de la valorisation de cet engagement fait l’objet d’une attention croissante. Pour Philippe Dépincé, « nous devons valoriser ce que l’engagement produit comme montée en compétences, avec des dispositifs plus justes, plus lisibles et juridiquement solides ». Caroline Roussel a, elle, introduit des crédits d’engagement : « Ils ne remplacent pas les enseignements, mais peuvent être pris en compte en fin de cycle pour valoriser l’implication des étudiants ».

L’IA renforce le présentiel, pas l’inverse

Autre sujet abordé : l’essor de l’intelligence artificielle et son impact sur les campus. « L’intelligence artificielle ne rend pas les campus obsolètes ; elle renforce leur nécessité. Nous devons apprendre à nos étudiants à utiliser ces outils, à développer leur autonomie, à vérifier leurs sources et à exercer leur pensée critique. C’est dans l’interaction que cet apprentissage prend sens », affirme Stéphanie Lavigne. Le défi est architectural autant que pédagogique puisqu’il s’agit de construire pour trente ans dans un secteur où la technologie évolue tous les cinq à sept ans. Pour le relever, la réponse se dessine clairement : la modularité. « Nous parlons de campus augmentés, capables d’intégrer des évolutions rapides sans remettre en cause l’ensemble », résume la directrice générale de TBS Education. Et Delphine Manceau de conclure : un campus réussi, c’est « un lieu qui donne envie de venir, de rester, de travailler, de se rencontrer. Un lieu flexible, protecteur et connecté à une ville et à un territoire, parce que la vie étudiante ne s’arrête pas à la porte d’un bâtiment ».

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