Evaluation du Hcéres : Institut Mines Télécom (IMT), un « modèle fédéral efficace » mais des « fragilités de pilotage »

by Olivier Rollot

Une vue du campus de Nantes de l’IMT Atlantique (Photo : IMT Atlantique)

« L’Institut Mines-Télécom (IMT) poursuit sa consolidation dans un paysage académique en recomposition » écrit le Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) dans le rapport d’évaluation qu’il vient de publier. Il y « salue un modèle fédéral efficace, une forte performance en recherche partenariale et un ancrage industriel assumé ». Mais il pointe aussi des « fragilités de pilotage, une visibilité internationale limitée et une architecture institutionnelle complexe », notamment avec l’Institut Polytechnique de Paris.

  • Créé en 2012 par le rapprochement des écoles des Mines et des Télécoms sous tutelle du ministère de l’Économie, l’IMT regroupe aujourd’hui huit écoles internes, deux filiales et plusieurs écoles associées ou affiliées. Avec 14 169 étudiants en 2023 (+11 % sur la période évaluée), 4 700 personnels et un budget de 413 millions d’euros, il représente plus de 5 % des diplômes d’ingénieurs délivrés en France.

Croissance et performance au rendez-vous

Le Hcéres estime que l’institut remplit efficacement ces missions. Le volume de recherche partenariale atteint environ 75 millions d’euros par an, 7 000 partenariats actifs sont recensés avec des PME et ETI, et près de 75 entreprises sortent chaque année de ses incubateurs.

Le contrat d’objectifs et de performance 2018-2022 affiche des résultats en nette progression. Entre 2017 et 2022, les effectifs d’élèves ingénieurs et managers ont augmenté de 16 %, les publications scientifiques dans des revues exigeantes de 21 %, et le chiffre d’affaires en recherche et innovation de 16 %. Les créations d’entreprises soutenues progressent de 21 %.

Ces indicateurs confortent la trajectoire d’un institut qui ambitionne d’entrer « dans le cercle des grands instituts technologiques mondiaux », tout en revendiquant un ancrage territorial fort. Les écoles figurent systématiquement dans le premier quart des classements nationaux.

Une gouvernance fédérale stabilisée

Le modèle de l’IMT repose sur une organisation hybride : une direction générale forte, mais des écoles largement autonomes. Neuf comités de domaine harmonisent les pratiques en matière de formation, recherche, international, ressources humaines ou encore systèmes d’information.

Le Hcéres souligne l’efficacité de cette gouvernance fédérative, fondée sur la subsidiarité et la confiance entre les niveaux central et local. La plupart des recommandations formulées en 2018 ont été suivies d’effet, notamment la séparation d’avec l’association Armines et la structuration du management de projet.

Mais cette organisation a ses limites. La définition des politiques de formation et de recherche demeure principalement du ressort des écoles, ce qui « freine la capacité de la direction générale à imprimer une orientation stratégique unifiée ». L’absence d’instance centrale décisionnaire dédiée à la formation et à la vie universitaire est à nouveau pointée.

Une architecture institutionnelle complexe

Télécom Paris et Télécom SudParis sont à la fois écoles de l’IMT et composantes d’IP Paris. Cette configuration renforce leur visibilité internationale, mais « crée une situation asymétrique au sein du groupe ». Le rapport évoque une « force centrifuge » susceptible d’affaiblir la cohérence de l’institut. Si le fonctionnement actuel est jugé fluide, il repose largement sur les équilibres personnels et une compréhension implicite des rôles respectifs. Le Hcéres appelle à « clarifier l’articulation entre les deux institutions pour garantir un montage plus lisible et pérenne ».

Une visibilité internationale en retrait

Malgré la présence de certaines écoles dans des classements thématiques internationaux, l’IMT n’apparaît pas en tant que tel dans les grands classements mondiaux. L’institut dit avoir fait « le choix stratégique de privilégier l’efficacité partenariale, notamment en Europe, plutôt que la course à la notoriété académique globale ». Cette orientation est jugée cohérente avec sa mission industrielle, mais elle limite la visibilité de la marque IMT à l’international. La double diplomation internationale progresse, mais reste en deçà des objectifs fixés.

Transition écologique : des avancées inégales

Depuis 2020, l’IMT a structuré son action en matière de développement durable. Une feuille de route « transition écologique » a été signée, un module de 30 heures est intégré dans les cursus de première année et un outil partagé de suivi des bilans carbone vise une réduction de 30 % des émissions d’ici 2030.

Cependant, les niveaux d’engagement « varient fortement entre écoles ». Le Hcéres recommande la mise en place d’un schéma directeur DDRS à l’échelle de l’institut pour harmoniser les pratiques et donner une impulsion plus politique.

Des systèmes d’information en chantier

La modernisation des systèmes d’information constitue un chantier majeur. Si des progrès substantiels ont été réalisés, notamment en matière de sécurité informatique et de gestion des contrats, le système d’information scolarité unique « reste à construire et le système décisionnel demeure en développement ». Le comité recommande d’accélérer ces projets et de mieux hiérarchiser les priorités en fonction des capacités réelles de mise en œuvre.

 

 

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