EVALUATION HCERES : Institut Polytechnique de Paris : un « pôle scientifique de rang mondial en construction »

by Olivier Rollot

« L’institution s’est rapidement imposée comme un acteur scientifique majeur en France et à l’international. Mais cette montée en puissance s’accompagne encore de défis importants en matière de gouvernance, d’intégration institutionnelle et de structuration de son projet collectif. » Dans son rapport d’évaluation publié en février 2026, le Haut Conseil de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (Hcéres) dresse un satisfecit global de l’action l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris).

Des bases solides mais… Selon le comité d’experts mandaté par le Hcéres, cette ambition s’appuie sur des « bases solides ». Les écoles membres bénéficient d’une forte réputation scientifique et académique, ainsi que d’une attractivité importante auprès des étudiants et chercheurs internationaux. La création d’IP Paris a ainsi permis de « renforcer la cohérence de certaines politiques, notamment en matière de recherche et de doctorat ».

Toutefois, le rapport souligne que l’institution « reste encore dans une phase de consolidation ». Le projet d’établissement doit encore « s’incarner pleinement dans les pratiques des écoles membres, dont l’histoire et les cultures organisationnelles demeurent très marquées ».

Thierry Coulhon, président de IP Paris, entouré, de gauche à droite sur la photo, des directeurs des écoles membres : François Dellacherie, directeur de Télécom SudParis, Patrick Olivier, directeur de Télécom Paris, Maylis Coupet, directrice de l’Ensae, Anthony Briant, directeur des Ponts et Chaussées, Estelle Iacona, directrice de l’Ensta et Laura Chaubard, directrice générale de l’École polytechnique

Une recherche d’excellence au cœur du projet. La recherche constitue l’un des principaux leviers de développement de l’Institut Polytechnique de Paris. Les laboratoires associés aux écoles membres couvrent un large spectre disciplinaire, allant des mathématiques et de la physique aux sciences des données, à l’ingénierie et à l’économie.

Le rapport souligne l’excellence scientifique de plusieurs équipes, ainsi que la forte participation de l’établissement aux grands programmes nationaux et européens de recherche. Les collaborations avec des organismes de recherche, en particulier le CNRS et l’Inria, jouent également un « rôle structurant dans l’écosystème scientifique d’IP Paris ».

L’institut s’est aussi engagé dans plusieurs initiatives stratégiques visant à renforcer son positionnement international, notamment à travers le développement de centres interdisciplinaires de recherche et l’attraction de chercheurs de haut niveau.

Cependant, les experts estiment que la « coordination scientifique entre les différentes écoles pourrait encore être renforcée afin de développer davantage de projets communs et d’accroître la visibilité collective de l’établissement ».

Une offre de formation en expansion. L’offre de formation de l’Institut Polytechnique de Paris repose principalement sur les programmes d’ingénieurs portés par les écoles membres, auxquels s’ajoutent des masters et un programme doctoral commun.

L’évaluation souligne la qualité académique élevée de ces formations, qui s’appuient sur un recrutement très sélectif et sur des liens étroits avec les milieux industriels et technologiques. L’internationalisation constitue également un axe fort du développement de l’établissement, avec une part croissante d’étudiants étrangers dans les programmes de master et de doctorat.

IP Paris a également développé plusieurs formations interdisciplinaires visant à répondre aux grands défis scientifiques contemporains, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, de l’énergie ou de la cybersécurité.

Le rapport note toutefois que la structuration de l’offre de formation à l’échelle de l’institut « reste encore incomplète ». Les formations « demeurent largement organisées par chaque école, ce qui limite parfois la lisibilité globale du projet académique ».

Une gouvernance encore en construction. L’un des principaux enjeux identifiés par l’évaluation concerne la gouvernance de l’établissement. La création d’IP Paris repose sur un modèle fédéral dans lequel les écoles conservent une large autonomie, tout en participant à une structure commune chargée de définir la stratégie globale.

Si ce modèle permet de préserver l’identité et les spécificités des écoles, il peut également « ralentir certaines décisions et compliquer la mise en œuvre d’initiatives collectives ». Le rapport souligne notamment que l’équilibre entre coordination centrale et autonomie des établissements membres reste encore à stabiliser.

Les experts recommandent ainsi de « clarifier certaines responsabilités institutionnelles et de renforcer les outils de pilotage stratégique afin de consolider l’intégration de l’institut ».

Un positionnement international à consolider. IP Paris cherche à se positionner parmi les grandes institutions scientifiques mondiales, notamment à travers sa présence dans les classements internationaux et le développement de partenariats stratégiques avec d’autres universités. Le rapport note que cette stratégie « commence à produire des effets », notamment en termes de visibilité et d’attractivité pour les étudiants et chercheurs étrangers. Toutefois, la réussite de cette ambition dépendra largement de la capacité de l’institut à renforcer son identité institutionnelle et à développer une véritable culture commune entre les écoles qui le composent.

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