«En formation continue la marque est un atout fort, mais elle ne fait pas tout»: Laurent Amice, directeur de Mines Paris PSL Executive Education

by Olivier Rollot

Créée en 2019, l’activité d’executive education de Mines Paris s’est depuis imposée dans le paysage de la formation continue. Le directeur de Mines Paris PSL Executive Education, Laurent Amice, dresse avec nous un bilan chiffré et stratégique de son activité : positionnement sur les transitions numérique et écologique, différenciation face aux business schools et cabinets de conseil, montée en puissance de l’équipe, formats de formation et éligibilité au CPF.

Olivier Rollot : En 2019 vous créez l’activité formation continue de Mines Paris – PSL. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?

Laurent Amice : L’activité a été créée ex nihilo, à partir d’une page blanche. Le lancement en 2020 a coïncidé avec la pandémie, ce qui a conduit à une véritable année blanche. Le développement réel a démarré en 2021-2022. Aujourd’hui, nous clôturons l’exercice avec 2,3 millions d’euros de chiffre d’affaires pour une équipe de cinq personnes. Nous fonctionnons comme une TPE ou une PME agile, alignée sur les axes stratégiques de l’école : accompagner les transitions numérique et écologique.

O. R : Était-il difficile d’introduire cette nouvelle activité dans une école d’ingénieurs ?

L. A : Nous avons fait le choix de créer une SASU au sein de l’établissement public, ce qui nous donne la flexibilité d’une structure commerciale. Cela nous permet d’être plus réactifs qu’un service intégré comme celui que j’avais piloté auparavant à l’Université de technologie de Troyes : c’était faisable, mais beaucoup moins souple. Cette autonomie est un vrai facteur de réussite.

O. R : Comment vous positionnez-vous face aux autres grandes écoles ?

L. A : La différenciation est essentielle. Le marché n’est pas en forte croissance, il faut donc gagner des parts face à des acteurs puissants comme HEC, CentraleSupélec ou l’École polytechnique. Mais aussi les cabinets de conseil, notamment Onepoint ou Accenture, qui investissent désormais la formation, la frontière entre conseil et pédagogie devenant de plus en plus poreuse. Malgré ce contexte, nous restons concentrés sur notre valeur ajoutée : un contenu scientifique solide, un ancrage dans la recherche et une approche pragmatique.

O. R : La marque Mines Paris – PSL suffit-elle à convaincre ?

L. A : La marque est un atout fort, mais elle ne fait pas tout. Elle ouvre les portes, mais la confiance se gagne par la qualité des programmes. Nous disposons d’un lieu unique, au 60 boulevard Saint-Michel, depuis 1816, avec même un musée de minéralogie intégré. Ce patrimoine crée une expérience singulière. Les visites privatives du musée, souvent incluses dans les formations, laissent un souvenir mémorable à nos apprenants.

O. R : Travaillez-vous avec d’autres composantes de PSL ?

L. A : Oui, de plus en plus. PSL intervenait peu historiquement en formation continue, mais nous développons des partenariats par projets. Par exemple, le certificat Chef de projet Intelligence artificielle est porté conjointement avec Dauphine Executive Education. Il en est à sa cinquième promotion avec 24 participants, au-delà de la capacité habituelle de 20, et sans avoir répondre à l’ensemble des demandes.

Toujours avec Dauphine Executive Education nous proposons le certificat « Économie Circulaire : transformez votre organisation par des approches et outils innovants » et le certificat « H2 – Maîtriser les technologies de l’hydrogène et en déployer les usages » avec également Chimie ParisTech.

O. R : Quelles formations sont le plus demandées aujourd’hui ?

L. A : L’offre se répartit entre 60 % de programmes inter-entreprises et 40 % sur mesure. Environ 80 % de nos programmes portent sur les transitions numérique et écologique : la moitié sur la data, l’IA et le digital ; l’autre moitié sur la durabilité. Le certificat Chef de projet IA a connu une forte accélération depuis l’effet ChatGPT, avec une demande en hausse continue. À l’inverse, les programmes sustainability subissent un effet de tassement, notamment chez les grands comptes, en raison du contexte réglementaire et des incertitudes autour de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive).

O. R : Quels sont vos intervenants et comment travaillez-vous avec eux ?

L. A : Notre modèle repose sur un triptyque : les enseignants-chercheurs pour l’état de l’art, des experts ou consultants affinitaires pour la boîte à outils, et des grands témoins pour le retour d’expérience. Par exemple, sur l’économie circulaire, nous mobilisons Franck Aggeri, Professeur à Mines Paris, pour la partie académique, Stéphane Morel pour la partie méthodologique, et des témoins de Schneider Electric ou Bouygues Construction dans un programme développé pour Rexel sur son « scope 3 ».

O. R : Pouvez-vous rappeler ce qu’est le « scope 3 » ?

L. A : Ce sont les émissions indirectes de gaz à effets de serre, en amont et en aval du cœur d’activité : achats, approvisionnement, distribution, utilisation des produits. Dans notre programme pour Rexel, Schneider Electric intervient sur l’amont et Bouygues Construction sur l’aval. Cela permet d’illustrer concrètement toute la chaîne de valeur.

O. R : Les enseignants-chercheurs sont-ils intéressés par la formation continue ?

L. A : De plus en plus. Quand un programme fonctionne, cela crée un effet d’entraînement. Ils apprécient le contact avec des professionnels expérimentés, souvent plus interactif qu’avec des étudiants. Cela enrichit aussi leur recherche et leurs cours. Il y a, selon les cas, un intérêt financier pour eux ou pour leur centre de recherche.

O. R : Vos formations s’adressent-elles uniquement aux entreprises ?

L. A : Non, nous accueillons aussi des particuliers. Certains certificats sont éligibles au CPF via les blocs de compétences RNCP ou le Répertoire Spécifique. L’usage du CPF dépend des programmes. Par exemple, le certificat Management des associations, inscrit au Répertoire Spécifique en juillet 2024, réunit environ 60 % de participants financés par le CPF. Le certificat Management hospitalier, également au RS, mobilise peu le CPF, car il est souvent financé par les établissements publics de santé.

Mines ParisTech

O. R : Pouvez-vous donner un exemple récent de formation sur mesure que vous avez conçue?

L. A : Avec Dassault Systèmes nous avons conçu un programme sur les fondamentaux du machine learning en mobilisant des enseignants-chercheurs du centre de bio-informatique des Mines Paris – PSL, Chloé Agathe Azencott, Thomas Walter ou encore Vincent Mallet. Leur expertise a permis d’assurer un contenu rigoureux et directement applicable.

O. R : Combien de temps durent en général vos certificats ? Quels formats privilégiez-vous : toujours le présentiel ou un mixte présentiel / distanciel ?

L. A : Les certificats durent entre 9 et 11 jours, avec des groupes limités à 20 participants. Nous privilégions le présentiel, qui favorise les échanges et valorise nos lieux. Mais après le Covid, nous avons également développé le digital learning grâce à des partenaires : DataScientest pour les formations data, Skema pour un Certificat module Data Science et AI for Business, et First Finance pour un programme 100 % en ligne sur la transition durable.

O. R : Comment est organisée votre équipe ?

L. A : J’ai lancé l’activité seul fin 2019, avant de recruter progressivement. Une première program manager a été recrutée pour prendre en charge le delivery des formations, puis nous avons structuré les opérations avec un directeur chargé des processus, de la certification Qualiopi et de la facturation. Nous avons ensuite recruté un responsable du développement des programmes sur mesure et, en avril 2025, une responsable marketing et communication. Nous sommes aujourd’hui cinq. Le marketing est clé : il faut se faire connaître, même avec une marque forte.

O. R : Vous avez récemment lancé un « Water Leadership Programme ». De quoi s’agit-il ?

L. A : Ce programme, lancé fin septembre, illustre l’élargissement de notre approche de la durabilité. Nous ne parlons plus seulement d’énergie-climat, mais du vivant, de la biodiversité, de l’eau. Le format est 100 % digital learning : six modules, vidéos courtes de cinq à six minutes, quiz et ressources complémentaires. Cela représente environ deux heures trente de contenu vidéo, soit cinq à six heures de formation.

O. R : Comment gérez-vous les demandes sur mesure des entreprises ?

L. A : Tout passe par la filiale Mines Paris PSL Executive Education, qui centralise les démarches. Lorsqu’un enseignant a un contact, il nous met en relation et nous prenons le relais sur la contractualisation et les aspects financiers. Cela permet de clarifier les rôles : les enseignants conçoivent le contenu, la filiale gère le montage et le suivi.

O. R : Qui sont vos interlocuteurs dans les entreprises selon les projets ?

L. A : Ce sont les directions des ressources humaines et des talents. C’est le cas, par exemple, du programme Périclès avec Bouygues Construction, piloté par la direction des talents, ou de la formation de 150 dirigeants de CDC habitat, portée également par cette direction.

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