Sciences Po Aix vient de fêter ses 70 ans. L’occasion pour sa nouvelle directrice Alessia Lefébure, en fonction depuis mai 2025, de porter une nouvelle stratégie pour les cinq ans à venir. Une stratégie qui réaffirme un ancrage européen ouvert sur la Méditerranée et un objectif : renforcer son rôle d’école publique de référence en sciences sociales.
Anne Dhoquois : Vous venez de rendre public le nouveau plan stratégique 2025-2030. Quel en est le premier axe fort ?
Alessia Lefébure : Je tiens d’abord à dire que cette stratégie réaffirme avec force notre principale mission qui est de former des décideurs capables de comprendre la complexité du monde, d’agir avec responsabilité et de contribuer aux transformations politiques, économiques et sociales. Pour rester fidèles à cette mission, nous devons davantage hybrider les compétences. Jusqu’à présent, l’interdisciplinarité était pensée au sein même des sciences humaines et sociales. L’une des premières actions fortes de la nouvelle stratégie, c’est l’introduction dès la première année de compétences nouvelles, en mathématiques et statistiques, intelligence artificielle et sciences de l’environnement. Nous sommes, par ailleurs, en discussion avec Centrale Méditerranée pour faire évoluer notre double diplôme, associant plus fortement sciences sociales, ingénierie et expertise stratégique. Le développement de l’interdisciplinarité passe aussi par des partenariats avec des écoles d’art et des conservatoires de musique. L’objectif est de faire dialoguer différents types de savoirs avec des décideurs publics et privés et des acteurs économiques afin d’éclairer les grandes mutations de notre temps.
A.D : Dans votre plan stratégique, vous mettez en avant l’ancrage territorial. Pourquoi ?
A.L : Tout en restant une école de rang national et international, nous souhaitons réaffirmer notre ancrage euro-méditerranéen, en tant qu’espace d’échanges et de tensions géopolitiques, qui constitue un laboratoire unique pour analyser les transformations du monde contemporain. Une ambition qui s’appuie notamment sur les travaux d’unités mixtes de recherche portant sur les recompositions démocratiques, les transitions écologiques, les régulations économiques… Un ancrage territorial qui s’incarne également dans des partenariats renforcés avec des universités et institutions du pourtour méditerranéen. Lieu de formation, Sciences Po Aix se positionne aussi comme un lieu de débat et de réflexion sur les grands enjeux de société. Nous organisons ainsi une centaine d’évènements par an ouverts à tous.
Notre ambition, c’est, par ailleurs, de créer davantage de liens avec les collectivités territoriales de notre région et ses acteurs privés. Pour ce faire, nous venons de créer une direction uniquement dédiée aux relations avec les partenaires économiques et institutionnels.
A.D : Vous souhaitez également renforcer l’égalité des chances.
A.L : En tant qu’établissement public, nous déployons de nombreux dispositifs pour favoriser l’égalité des chances et l’ouverture sociale. 25% de nos élèves sont boursiers, ce qui nécessite de notre part un accompagnement durant les études. Ils sont par ailleurs prioritaires pour les jobs étudiants que nous proposons. Autre élément de cette politique : le lancement d’une nouvelle Classe Talents du service public à Marseille. Cette filière, qui prépare avec succès des étudiants boursiers aux concours de la haute fonction publique, existe déjà à Aix pour les concours de la catégorie A ; nous allons y doubler nos effectifs, passant de 35 places à 70. Dans la cité phocéenne, nous formerons également aux concours de catégorie B. Ces classes Talents sont une fierté pour Sciences Po Aix.
A.D : Quid de l’alternance ?
A.L : C’est l’un des axes importants de notre nouvelle stratégie : la professionnalisation des parcours, à travers la poursuite du développement de l’alternance. Ainsi, les nouveaux Masters Métiers de la communication et du plaidoyer et Métiers du journalisme et enjeux internationaux peuvent désormais s’effectuer à 100% en alternance.
A.D : Finalement, qu’est-ce que ce nouveau plan dit de votre vision de la mission de Sciences Po Aix ?
A.L : C’est une vision ambitieuse, que nous souhaitons porter en coopération avec les autres acteurs et parties prenantes. D’où la nécessité d’hybrider les cours, de nouer des partenariats mais aussi de réaffirmer le rôle central et complémentaire des sciences humaines et sociales dans la compréhension du monde. L’une de nos missions, c’est de contribuer à la réflexion collective et de rendre possible un dialogue entre différents types d’acteurs, en y incluant le citoyen. Nous ne sommes pas enfermés dans une tour d’ivoire, bien au contraire : Sciences Po Aix, c’est un lieu ouvert, où tout un chacun peut apprendre, échanger, participer à trouver des solutions collectives face aux nombreux défis du monde actuel. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité à faire société, à vivre ensemble et à libérer les intelligences.