Mines Paris – PSL s’implante à Versailles-Satory : « Nous avons voulu un campus à la fois fonctionnel, innovant et intégré à son territoire »

Entretien avec Godefroy Beauvallet, directeur de Mines Paris - PSL

by Olivier Rollot

Ouvert fin 2025 après plusieurs années de conception et de chantier, le campus de Versailles-Satory marque une étape décisive pour Mines Paris – PSL. Pensé comme un outil structurant pour la recherche, la formation et l’innovation, il réunit désormais sur un même site des équipes longtemps dispersées. Organisation scientifique, partenariats industriels, conception architecturale, financement et vision à long terme : immersion dans un projet conçu pour durer avec son directeur, Godefroy Beauvallet.

  • Propos recueillis par Anne Dhoquois et Olivier Rollot

Votre nouveau campus de Versailles a ouvert récemment. Pouvez-vous nous indiquer le processus de réalisation d’un projet aussi emblématique.

Nous avons fait appel à un architecte renommé, le cabinet Celnikier & Grabli Architectes, qui a conçu un bâtiment en parfaite adéquation avec notre programme et notre vision de l’avenir. L’architecte a su intégrer des aspects essentiels tels que la circulation des flux, l’éclairage, et l’interconnexion des différents espaces. Ce bâtiment est conçu pour favoriser les échanges entre les chercheurs, les étudiants et les entreprises, un aspect que nous considérons crucial pour notre stratégie d’innovation ouverte.

La construction du bâtiment a duré plusieurs années et a été très itérative. Nous avons travaillé de manière collaborative avec les différents laboratoires pour construire un programme qui correspond à leurs besoins. La modularité était aussi essentielle dans le projet, car nous devons être capables de faire évoluer l’espace en fonction des nouvelles technologies et des besoins futurs.

Quels étaient vos grands objectifs ?

Le campus de Versailles-Satory a été un pari ambitieux, mais nécessaire, pour renforcer la position de l’École des Mines dans son domaine. Nous avons voulu un campus à la fois fonctionnel, innovant et intégré à son territoire. Grâce à ce campus, nous renforçons notre ancrage régional et établissons des liens solides avec les entreprises et les collectivités territoriales, ce qui est essentiel pour notre modèle. Le projet de développement continue, avec l’arrivée de nouvelles infrastructures, de nouveaux partenariats et une vision à long terme pour les 30 à 100 ans à venir.

Ce campus est une vraie réussite, et les retours des équipes sont extrêmement positifs. Il reste encore des ajustements à faire, bien sûr, mais globalement, nous avons réussi à créer un lieu de travail et d’innovation qui répond aux attentes de tous.

Comment le campus a-t-il été financé ?
Le Conseil départemental a financé une grande partie du projet, permettant une occupation du site pour trente ans sans avoir à payer de loyer. Le coût global avoisine 104,8 millions d’euros. L’école a investi dans les équipements et dans l’aménagement des espaces et assume aujourd’hui les charges et la maintenance. Cela fait partie de notre modèle financier, et nous avons prévu une gestion rigoureuse pour garantir la pérennité du site à long terme.

Une vue du campus (Photo MDweb)

GENÈSE D’UN CAMPUS ET TRANSITION DES ÉQUIPES

Comment s’est déroulée la transition depuis vos anciens sites ?

Les équipes se sont installées à partir de l’été 2025 et ont déménagé à partir de novembre, les derniers déménagements ayant lieu en janvier 2026. Il s’agit essentiellement d’un site de laboratoires. Le campus n’est pas exclusivement dédié à la recherche, puisque des espaces d’enseignement y sont également intégrés, mais la recherche constitue son cœur d’activité. Environ 250 personnes y travaillent : chercheurs, doctorants, enseignants-chercheurs, ingénieurs et techniciens. Ces équipes sont réparties dans trois grands laboratoires aux tailles différentes. Le Centre des Matériaux représente environ 60 % de l’activité, le Centre d’Énergie Environnement et Procédés environ 30 %, et le secteur mobilité du Centre de Robotique près de 10 %.

Les formations s’articulent-elles avec ces pôles scientifiques ?

Les formations sont étroitement liées aux centres de recherche. Il s’agit principalement de mastères spécialisés, complétés par l’accueil de doctorants. Des options de recherche sont proposées dans le cycle ingénieur, notamment pour les étudiants suivant des trimestres de recherche. Cette évolution découle directement de la réforme de 2019, qui a permis aux élèves de s’immerger réellement dans la recherche pendant leur cursus. Un trimestre spécifique a ainsi été introduit pour les étudiants du cycle ingénieur civil, organisé ici à des périodes définies. Les élèves sont très impliqués dans les laboratoires. Cette intégration de la recherche dans leur cursus est très appréciée.

Comment les espaces ont-ils été organisés ?

Toute une partie du bâtiment est dédiée à la recherche et aux thèses, tandis que la zone proche des salles de cours est davantage tournée vers l’enseignement. Le campus comprend quatre petites salles de cours, un amphithéâtre, une cafétéria, des espaces de détente et une bibliothèque qui sera inaugurée prochainement. Ces équipements contribuent à créer un environnement de travail équilibré. Il y a aussi une cafétéria, des espaces de détente, et une bibliothèque.

L’innovation occupe également une place centrale.

L’innovation constitue la troisième grande fonction du site. Le campus est situé dans une zone dédiée à cette thématique. Nous sommes implantés dans une zone dédiée à l’innovation. Nous espérons d’ailleurs que des entreprises pourront venir se mêler à nos activités, pour ce brassage qui est essentiel dans ce type de campus. La connexion avec les entreprises et l’accueil d’événements sont donc des priorités. Nous avons déjà plusieurs partenariats et nous espérons qu’ils se développeront.

Un bâtiment adjacent au notre, financé par le Conseil départemental, a d’ailleurs pour vocation de devenir une pépinière d’entreprises, avec une fonction d’incubateur, ce qui est également lié à notre volonté de collaborer avec des universités comme Gustave Eiffel, par exemple.

Nous sommes également tout à côté de plusieurs partenaires industriels, comme Stellantis, et de nombreuses entreprises du secteur de la défense et de la souveraineté. Ces relations avec le monde industriel, notamment autour de la robotique, l’énergie, et la mobilité, sont stratégiques. Et avec la création de cette pépinière d’entreprises, nous espérons renforcer encore davantage nos collaborations industrielles. Nous avons environ 55 % de notre budget de recherche financé par des ressources propres, principalement nos partenariats industriels, ce qui permet de lier la recherche à des applications concrètes. Cela nous permet de rester à la pointe de l’innovation et de répondre aux besoins des entreprises.

Quelle est aujourd’hui la place du doctorat dans l’établissement ?

L’école compte environ 400 doctorants pour 1 600 étudiants, soit près de 25 % de doctorants. Parmi les ingénieurs civils, environ 15 % poursuivent en thèse. De nombreux doctorants proviennent d’autres établissements, ce qui témoigne de notre ouverture. Environ 40 % sont étrangers, avec une diversité importante de nationalités.

UNE ARCHITECTURE CONÇUE POUR LA SCIENCE

Comment le bâtiment répond-il aux contraintes techniques de la recherche ?

Ce campus a été conçu autour de notre programme et de nos besoins spécifiques. Nous sommes dans un environnement qui permet d’accueillir des machines lourdes et des technologies avancées. La hauteur sous plafond est donc importante, car elle permet d’installer des équipements qui nécessitent beaucoup d’espace. De plus, les équipements comme les extracteurs de fumée, les systèmes de ventilation, et les dalles de sol spéciales ont été conçus pour répondre aux besoins spécifiques des laboratoires de recherche.

L’interdisciplinarité est aujourd’hui au cœur des réflexions sur l’avenir de la recherche. Comment ce campus la favorise-t-elle ?

Les espaces ont été conçus pour favoriser l’interconnexion. Ce n’est pas un bâtiment où on travaille isolément, mais un lieu où les gens se croisent, échangent et collaborent. L’architecte a fait en sorte que l’espace central, que l’on appelle la « rue intérieure », soit un lieu de circulation dynamique, où chacun peut se croiser tout en ayant des espaces réservés pour des réunions informelles ou des pauses café.

Ce concept de rue intérieure est très important pour nous, surtout dans un contexte où la sociabilité sur un campus est essentielle. Il permet de renforcer les liens, d’encourager les échanges informels, et d’ouvrir les espaces de travail.

Le campus reçoit-il également des étudiants ?

Nous avons bien sûr des zones spécifiques pour la recherche, mais nous avons aussi fait en sorte que le campus ne soit pas uniquement dédié aux chercheurs. Il y a aussi des espaces de détente, des petites salles de réunion, une cafétéria et même des espaces extérieurs où les étudiants et les chercheurs peuvent se retrouver pour discuter ou travailler ensemble. Cela permet une plus grande flexibilité et une plus grande sérendipité dans les interactions, ce qui est crucial pour le développement de projets innovants.

Avez-vous prévu des évolutions dans ses usages ?

Le bâtiment est conçu pour être flexible et évolutif. Nous savons qu’avec le temps, les besoins vont évoluer. Par exemple, nous avons intégré des infrastructures permettant d’ajouter de nouvelles machines ou de modifier les espaces pour accueillir de nouveaux types de recherches. C’est un point clé pour garantir que ce campus puisse répondre aux besoins de demain. Le bâtiment n’est pas seulement conçu pour être fonctionnel aujourd’hui, mais aussi pour anticiper les changements futurs dans les domaines de la recherche et de l’enseignement.

Les enjeux environnementaux ont-ils été intégrés ?

L’un des aspects les plus intéressants de cette évolution est la manière dont nous avons intégré des concepts modernes de durabilité et de respect de l’environnement dans la construction du campus. Le bâtiment est à haute performance environnementale, utilise des matériaux écologiques, le chantier a été mené avec une empreinte minimisée, et plusieurs dispositifs ont été mis en place pour limiter l’empreinte énergétique, notamment en isolation et brise-lumières. Et puis nous avons réutilisé la quasi-totalité des meubles et outils qui viennent de nos campus précédents : rien ne se perd, tout se transforme !

L’ORGANISATION DE LA RECHERCHE ET LES RELATIONS ENTREPRISES

Comment la recherche est-elle organisée aujourd’hui ?
La culture de recherche bénéficie de la proximité. Nous avons une direction de la recherche unifiée, qui rassemble toutes les équipes et les centres de recherche. Ce modèle de gestion unifiée permet de mieux coordonner les projets, de favoriser les synergies et de simplifier les interactions entre les différents départements. Mais en rassemblant ces équipes, en supprimant les silos, nous avons créé une géographie structurellement plus fluide et plus collaborative.

Les entreprises sont-elles proches du campus ?

Le campus est un lieu où l’innovation se fait au contact direct des entreprises. Nous avons créé un environnement propice à la coopération avec les acteurs privés et publics, notamment grâce à notre partenariat avec des entreprises, par exemple Safran, basée à proximité. Les entreprises viennent ici pour recruter des talents, mais surtout pour développer des projets de recherche en collaboration avec nos équipes.

D’ailleurs, nous avons déjà commencé à accueillir des projets d’entreprises et de start-ups dans des espaces dédiés. Ces espaces sont conçus pour leur permettre de se développer en proximité avec les équipes de recherche et de bénéficier de l’environnement technologique de pointe que nous avons mis en place.

C’est ce modèle de campus « ouvert » et interconnecté qui fait la force de ce nouveau site. Nous ne sommes pas juste un laboratoire isolé ; nous faisons partie d’un écosystème dynamique et en constante évolution. Et c’est cette évolution qui nous permettra de rester à la pointe de l’innovation dans les années à venir.

En résumé, tout se déroule comme prévu sur le nouveau campus ?

Aujourd’hui, l’infrastructure est prête, et les équipes sont installées. Les chercheurs sont fiers de l’espace et satisfaits des équipements à leur disposition. Nous commençons d’ailleurs à voir un impact en termes de partenariats de recherche, et les premiers retours des chercheurs et des étudiants sont extrêmement positifs. Ils se sentent vraiment dans un environnement propice à la recherche et à l’innovation.

Je dirais qu’aujourd’hui, nous sommes dans une phase de consolidation, où nous continuons à ajuster certains détails pour améliorer le fonctionnement. Mais globalement, tout se passe comme prévu. Le campus commence à prendre son rythme, et il est maintenant bien ancré dans son écosystème local et national. C’est vraiment un grand pas pour l’École des Mines et pour la recherche scientifique en général.

QUATRE CAMPUS, QUATRE IDENTITES AFFIRMEES

Comment définiriez-vous le rôle de vos différents campus de Paris, Fontainebleau, Sophie-Antipolis et maintenant Versailles ?

Mines Paris assume désormais une stratégie claire : donner à chacun de ses campus une identité forte, en prise directe avec son écosystème.

À Paris, le positionnement est limpide : ancrage urbain, sciences sociales et dialogue entre parties prenantes. C’est le campus des ingénieurs civils, celui des débats sur la régulation, l’économie, l’innovation et les start-ups. Un choix cohérent : ces thématiques s’inscrivent naturellement dans un environnement métropolitain dense, au contact des décideurs publics et économiques.

À Sophia Antipolis, cap sur la haute technologie. Informatique, physique des plasmas, procédés et matériaux high tech, recherche scientifique de pointe : le site incarne la dimension technologique et accueille notamment notre nouveau Bachelor en Sciences et Ingénierie. Ici, la proximité avec l’écosystème high-tech structure l’offre académique.

Fontainebleau se distingue comme le campus du développement durable. Porté par l’Institut des sciences du développement durable et le Centre de géosciences, le site fait de l’environnement — forêt, biodiversité, sciences de la Terre — un véritable objet pédagogique. Les géosciences y constituent un pilier majeur.

Enfin, le nouveau site s’affirme comme le campus industriel, centré sur les matériaux, la souveraineté et les liens avec les industries stratégiques, notamment de défense. Logique opérationnelle oblige : certaines infrastructures lourdes n’ont pas vocation à être implantées en centre-ville, tout comme certains formats d’executive education trouvent naturellement leur place à Paris plutôt que sur un site résidentiel.

Cette organisation répond à un constat : un campus sans identité claire peine à exister. L’objectif est donc que chaque étudiant puisse dire précisément pourquoi il étudie à Paris, à Sophia ou à Fontainebleau — en fonction d’un projet académique cohérent avec le territoire.

Cette évolution a néanmoins suscité une vigilance particulière : éviter toute perception d’un déplacement des étudiants au profit d’activités jugées plus « rentable » à Paris. La direction a ainsi réaffirmé que la capitale reste le cœur de la formation des ingénieurs civils.

Nous reviendrons plus en détail sur ce nouveau bâtiment des Mines Paris PSL dans un livre blanc consacré aux nouveaux campus qui sera distribué en avant-première les 25 et 26 mars aux visiteurs du Salon de l’expérience étudiante. Nous y présentons également les campus de emlyon, CentraleSupélec, Neoma, université Lyon 2, Iéseg, Université Nice Côte d’Azur, Télécom Paris Sud, Essca, etc.

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