Le Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) vient de livrer son rapport d’évaluation 2024-2025 de l’université Gustave-Eiffel. Les experts dressent le portrait d’un établissement en pleine consolidation, quatre ans après sa création. Issue d’un regroupement structurant en 2020, l’université « poursuit son ambition de devenir un grand établissement à visibilité internationale, adossé à une forte spécialisation sur les villes, les territoires et les mobilités durables ».
Avec près de 15 500 étudiants, répartis sur sept campus en France, et un budget de 278,7 millions d’euros en 2023, l’établissement se distingue par un profil de grande université technologique, associant sciences de l’ingénieur, sciences humaines et sociales, et expertise territoriale. Son label Isite FUTURE, confirmé en 2022, constitue un marqueur central de cette stratégie.
Une identité scientifique affirmée
L’université bénéficie d’une reconnaissance solide dans ses domaines de spécialité. Ses activités de recherche sont jugées « cohérentes avec ses ambitions », et plusieurs unités disposent d’un rayonnement international reconnu, notamment en sciences pour l’ingénieur, en sciences de l’information, en géosciences, en mobilité intelligente ou en imagerie numérique.
Les experts soulignent la qualité des équipements expérimentaux, la participation active aux grands programmes nationaux et européens (PEPR, Labex, Horizon Europe), ainsi que la forte implication dans l’expertise et l’appui aux politiques publiques. Les partenariats avec les collectivités, les acteurs socioéconomiques et les organismes de recherche renforcent ce positionnement.
L’intégration de l’Ifsttar et la présence sur huit sites métropolitains constituent un atout pour le déploiement territorial des recherches, tout en posant des défis de coordination et de pilotage.
Un potentiel international encore sous-exploité
Si la visibilité nationale de l’université est bien établie, son rayonnement international demeure perfectible. Le rapport estime que l’établissement « dispose d’un fort potentiel pour publier davantage dans des revues de référence et pour structurer des partenariats durables à l’étranger ».
Les évaluateurs recommandent de s’appuyer davantage sur l’alliance européenne PIONEER et de renforcer la stratégie globale d’internationalisation, tant en recherche qu’en formation, afin de consolider la présence européenne et mondiale.
Des fragilités dans le pilotage
Parmi les principaux points de vigilance figure l’organisation interne. Celle-ci est jugée encore insuffisamment stabilisée, ce qui limite la capacité de pilotage stratégique. Les périmètres de responsabilités entre niveau central et composantes restent parfois flous.
Le manque d’outils partagés, notamment en matière de système d’information, « constitue un frein à la gestion intégrée des activités ». La formalisation des procédures, en particulier pour le soutien à la vie étudiante, demeure « incomplète ».
Les experts appellent à une « clarification rapide de la gouvernance et à la mise en place d’indicateurs consolidés, notamment pour le suivi des doctorants et l’internationalisation ».
Une offre de formation riche mais inégalement structurée
L’université propose une offre de formation diversifiée, couvrant licence, BUT, master, ingénierie et architecture. Le développement de l’alternance constitue un point fort, particulièrement au niveau du deuxième cycle.
En premier cycle, les dispositifs d’accompagnement à la réussite sont salués, de même que la généralisation progressive de l’approche par compétences. Toutefois, plusieurs fragilités persistent : attractivité inégale de certaines licences professionnelles et BUT, insertion professionnelle hétérogène, adossement à la recherche parfois insuffisant.
En second cycle, si l’insertion est rapide et l’adossement scientifique globalement solide, certains masters souffrent d’une perte d’attractivité insuffisamment analysée et d’un manque de coordination entre composantes.
La formation continue reste également sous-développée, malgré les enjeux de montée en compétences tout au long de la vie.
Une valorisation de la recherche dynamique mais déséquilibrée
Les activités de valorisation et de transfert sont jugées « riches et diversifiées », notamment dans les domaines technologiques. L’université se distingue par son implication dans la normalisation, les partenariats industriels et les projets d’innovation.
En revanche, les interactions avec le monde socioéconomique restent limitées dans une partie des unités en sciences humaines et sociales. Les évaluateurs recommandent de « renforcer ces liens afin d’améliorer l’impact sociétal des travaux ».
La vie étudiante et la gouvernance à renforcer
Le rapport pointe un manque de structuration des dispositifs de soutien à la vie étudiante. La communication interne apparaît fragmentée et peu lisible pour les étudiants.
L’intégration de ces derniers dans les instances de gouvernance demeure insuffisante. Les experts invitent l’université à mieux valoriser l’engagement étudiant et à développer des supports communs d’information.
Des recommandations pour consolider le projet. L’évaluation formule plusieurs priorités stratégiques :
- stabiliser l’organisation interne et renforcer les outils de pilotage ;
- consolider le pilotage central de l’offre de formation ;
- développer des indicateurs partagés et une vision pluriannuelle ;
- renforcer la visibilité internationale ;
- poursuivre l’accompagnement des sciences humaines et sociales ;
- structurer davantage la politique de vie étudiante.
Une université à fort potentiel, à un moment clé. L’Université Gustave Eiffel apparaît comme un établissement disposant d’atouts majeurs : expertise reconnue, thématique différenciante, réseau partenarial étendu et offre de formation professionnalisante.
Cependant, sa trajectoire dépend désormais de sa capacité à « stabiliser sa gouvernance, à harmoniser ses pratiques et à amplifier son rayonnement international ». L’entrée annoncée vers le statut de grand établissement constitue à ce titre un « tournant stratégique ».