Université de technologie de Compiègne: une « identité forte, mais un pilotage encore à consolider »

EVALUATIONS HCERES

by Olivier Rollot

Dans son rapport d’évaluation publié le 9 mars 2026, le Haut Conseil de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (Hcéres) dresse un bilan contrasté de l’Université de technologie de Compiègne (UTC). Si l’établissement apparaît « solidement ancré dans son modèle original d’université technologique et reconnu pour la qualité de ses formations et de sa recherche » l’évaluation souligne aussi les « effets d’une période d’instabilité de gouvernance récente et appelle à renforcer plusieurs dimensions du pilotage stratégique et organisationnel ».

Une université technologique à l’identité affirmée. Créée pour articuler sciences, technologie et interdisciplinarité, l’Université de technologie de Compiègne s’est construite autour d’un modèle pédagogique et scientifique singulier. Selon le comité d’experts du Hcéres, cette identité « constitue l’un des principaux atouts de l’établissement. Elle nourrit un fort sentiment d’appartenance chez les étudiants, les personnels et les anciens diplômés, et reste fidèle aux principes fondateurs de l’université ».

Le rapport souligne également la reconnaissance dont bénéficie l’UTC dans l’écosystème académique et industriel. L’établissement entretient de nombreux partenariats avec les entreprises et s’appuie sur une formation d’ingénieurs largement dominante dans son offre académique. Les diplômes d’ingénieurs représentent en effet l’essentiel des effectifs, devant les masters et les doctorats.

Cette articulation entre formation scientifique, innovation technologique et relations industrielles « demeure l’un des marqueurs historiques de l’établissement et contribue à son attractivité ».

Une période récente marquée par des turbulences de gouvernance. L’évaluation couvre la période 2018-2023, marquée par une instabilité institutionnelle importante. À partir de 2020, l’université a connu plusieurs changements et tensions dans sa gouvernance, une situation qui ne s’est stabilisée qu’en 2022 avec l’installation d’une nouvelle équipe dirigeante.

Le comité d’experts souligne que cette période a « fragilisé certains mécanismes de pilotage et ralenti plusieurs chantiers stratégiques ». La visite sur site, réalisée en février 2025, a toutefois permis de « constater une dynamique de relance engagée depuis 2023, avec plusieurs initiatives visant à réorganiser la gouvernance et à renforcer la cohérence des orientations stratégiques ».

Malgré ces avancées, le rapport estime que la « structure de pilotage demeure encore trop dépendante d’une direction fortement incarnée et que l’organisation exécutive reste relativement large, ce qui peut compliquer la mise en œuvre opérationnelle des décisions ».

Une recherche reconnue mais confrontée à des défis de financement. Sur le plan scientifique, l’UTC « bénéficie d’une activité de recherche structurée autour de plusieurs laboratoires et collaborations nationales ». Les équipes sont « impliquées dans différents dispositifs de recherche partenariale et participent à des structures reconnues dans le paysage scientifique français ».

Le rapport souligne notamment la qualité de certaines collaborations industrielles, notamment à travers les chaires de recherche et les laboratoires communs avec des entreprises.

Cependant, le comité pointe plusieurs fragilités. Parmi elles figurent la baisse du nombre de doctorants, liée notamment à la diminution des financements de contrats doctoraux, ainsi qu’une implication encore jugée insuffisante dans certaines dynamiques collectives de recherche, notamment au sein de l’Alliance Sorbonne Université.

Les experts recommandent ainsi à l’UTC de « renforcer son intégration dans les dispositifs d’innovation et de coopération scientifique afin de bénéficier de synergies et de financements supplémentaires ».

Un modèle de formation solide mais sous tension. L’offre de formation constitue l’un des piliers de l’université, dominée par les formations d’ingénieurs. L’évaluation souligne la qualité globale de ces formations ainsi que l’importance accordée à l’innovation pédagogique, à l’interdisciplinarité et à la professionnalisation. Le modèle éducatif de l’UTC, qui laisse une place importante au choix des parcours par les étudiants, reste considéré comme un élément « distinctif et attractif ».

Toutefois, plusieurs points de vigilance sont identifiés. Le rapport mentionne notamment une charge administrative importante pour les enseignants et enseignants-chercheurs, ainsi qu’un manque de moyens humains consacrés à la vie étudiante. Les experts relèvent également l’absence d’un pilotage consolidé du coût des formations. Dans ce contexte, ils recommandent de poursuivre l’internationalisation des cursus tout en veillant à mieux équilibrer les charges de travail des équipes pédagogiques.

Des priorités stratégiques pour les prochaines années. Au terme de son évaluation, le Hcéres identifie plusieurs axes prioritaires pour consolider le développement de l’université.

La première recommandation concerne la gouvernance. L’établissement est invité à « finaliser l’organisation de son pilotage afin de rendre les décisions stratégiques plus opérationnelles et plus efficaces ». Le rapport insiste également sur la « nécessité de renforcer les coopérations institutionnelles », notamment avec Sorbonne Université et les dispositifs d’innovation associés. Enfin, l’UTC est encouragée à poursuivre la transformation engagée depuis 2023, afin de « stabiliser durablement son organisation et de consolider les acquis de son modèle d’université technologique ».

 

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