Université Paris-Est Créteil : une université « engagée » en « quête de cap stratégique »

EVALUATION HCERES

by Olivier Rollot

Dans son rapport d’évaluation publié le 11 mars 2026 le Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) rappelle que l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) revendique un modèle d’« université engagée », « attentive aux enjeux sociaux, environnementaux et territoriaux ». S’il reconnaît les progrès accomplis par l’établissement, notamment en matière de partenariats et d’attractivité internationale, il souligne aussi plusieurs fragilités structurelles, en particulier sur le pilotage stratégique et la hiérarchisation des priorités.

Une université ancrée dans son territoire. Créée en 1971, l’UPEC s’est progressivement imposée comme un acteur majeur de l’enseignement supérieur dans l’est francilien. L’université accueille aujourd’hui plus de 38 000 étudiants et s’appuie sur près de 2 900 personnels, enseignants, chercheurs et personnels administratifs confondus. Son implantation territoriale est particulièrement étendue, avec dix-sept sites répartis dans trois départements d’Île-de-France.

Cet ancrage territorial constitue l’un des piliers du projet d’établissement. L’université revendique un positionnement fondé sur l’engagement sociétal, l’inclusion et la réponse aux besoins économiques et sociaux du territoire. Cette orientation se traduit notamment par une offre de formation orientée vers la professionnalisation et par des partenariats étroits avec les collectivités locales et les acteurs socio-économiques.

Les domaines de la santé et de l’environnement apparaissent comme des atouts structurants pour l’établissement. L’UPEC a notamment développé des collaborations importantes avec le groupement hospitalier universitaire Henri-Mondor et l’Agence nationale de sécurité sanitaire, renforçant ainsi sa visibilité scientifique dans ces secteurs.

Une stratégie d’université engagée. Au cours des dernières années, l’UPEC a cherché à affirmer une identité singulière dans un paysage académique francilien très concurrentiel. Elle se présente comme une « université engagée », c’est-à-dire attentive aux transformations sociales et environnementales et impliquée dans les enjeux contemporains.

Cette ambition s’est traduite par plusieurs initiatives structurantes. L’établissement a notamment lancé le projet Erasme, lauréat du programme d’investissement d’avenir, qui vise à transformer en profondeur les missions de l’université autour de quatre axes : repenser la formation, structurer la recherche, mobiliser les partenaires et contribuer à une société plus juste.

L’université a également développé plusieurs dispositifs en faveur de l’inclusion et de la réussite étudiante, tout en renforçant ses actions dans les domaines de l’égalité, du handicap et de la responsabilité sociétale. Dans un contexte de forte croissance des effectifs étudiants, l’établissement a fait le choix d’absorber cette augmentation afin de maintenir un accès élargi à l’enseignement supérieur.

Des progrès dans l’internationalisation. L’évaluation souligne aussi les efforts engagés par l’UPEC pour renforcer sa présence internationale. L’université a structuré sa stratégie autour de plusieurs zones prioritaires, notamment en Amérique latine et en Asie du Sud-Est. Elle participe également à l’alliance européenne Aurora, qui vise à développer des coopérations académiques et scientifiques entre universités européennes.

Cette dynamique contribue à améliorer la visibilité internationale de l’établissement, dont la production scientifique progresse et dont la présence dans certains classements académiques s’est renforcée ces dernières années.

Une stratégie encore trop diffuse. Malgré ces avancées, le rapport pointe plusieurs limites dans la gouvernance et la stratégie de l’université. Le principal reproche formulé concerne le manque de priorisation dans les orientations stratégiques. L’UPEC s’est dotée de plusieurs axes thématiques transversaux pour structurer sa recherche et sa formation, mais ceux-ci apparaissent « trop larges et insuffisamment hiérarchisés ».

Cette absence de priorités claires « nuit à la lisibilité du positionnement scientifique de l’établissement, alors même que certains domaines d’excellence, comme la santé et l’environnement, pourraient constituer des marqueurs forts de son identité académique ».

Le comité d’évaluation souligne également un « déficit d’outils de pilotage permettant de suivre précisément la trajectoire stratégique de l’université et d’évaluer l’atteinte des objectifs fixés ». Les indicateurs disponibles restent parfois trop généraux pour mesurer l’impact réel des politiques engagées.

Un pilotage institutionnel à consolider. L’organisation interne de l’UPEC constitue un autre point d’attention. L’université repose sur une structure fortement facultaire, dans laquelle les composantes disposent d’une autonomie importante. Si ce modèle « favorise l’initiative locale », il « complique en revanche la coordination stratégique et la mutualisation des ressources au niveau central ».

Cette dispersion du pilotage est renforcée par la fragmentation géographique de l’établissement et par la multiplicité des structures et projets développés au fil du temps. Le rapport souligne ainsi la nécessité de renforcer les services centraux et de clarifier les responsabilités afin d’améliorer la cohérence d’ensemble.

Les évaluateurs recommandent enfin à l’université de « mieux structurer sa stratégie d’innovation et de valorisation, tout en consolidant ses partenariats territoriaux et académiques dans un contexte institutionnel en recomposition, marqué notamment par la dissolution de la ComUE Paris-Est ».

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