Tech, géopolitique… comment les écoles de management veulent devenir beaucoup plus que des écoles de management

by Olivier Rollot

« Tech school », école de géopolitique et même quantique, les écoles de management sortent de plus en plus de leur pré carré pour devenir des groupes généralistes composés de plusieurs « schools ». Exemples…

Au-delà des simples doubles diplômes, les écoles de management semblent bien entrées dans de profonds processus de transformation en s’adjoignant de nouvelles compétences. Des évolutions nécessaires pour répondre à des avancées technologique ou sociétales. « Le développement des Intelligences artificielles est également un choc – nous l’avions d’ailleurs anticipé à SKEMA en créant dès 2019 un Centre d’Innovation en IA à Montréal. De même, nous avons lancé quatre écoles thématiques il y a cinq ans et je suis heureuse de constater que d’autres écoles en font autant aujourd’hui », commente ainsi Alice Guilhon, directrice générale de Skema et pionnière dans le développement de ces écoles thématiques. « Les écoles de management investissent depuis longtemps dans les systèmes d’information, la data, les statistiques, parfois la cyber. Les tech schools qui émergent aujourd’hui, ou les bachelors en data et société, sont une prolongation logique de ces investissements. Ce sont des écoles de “tech”, pas des écoles d’ingénieurs, même si elles peuvent viser des débouchés proches sur certains segments. Elles apportent une offre complémentaire, avec une autre logique d’accréditation », analyse Thomas Jeanjean, directeur général adjoint en charge de l’Éducationà la CCI Paris Île-de-France.

En créant ou en agrégeant à leur périmètres des écoles de tourisme, de communication d’ingénieurs ou de design, les groupes Audencia, Excelia ou encore Yschools ont montré la voie : autour d’une école de management « navire amiral » peuvent se développer d’autres domaines de formation plus ou moins liés. Des modèle très porteurs comme le constate encore Thomas Jeanjean : « Nous sommes sur un marché biface : il faut à la fois attirer les étudiants et satisfaire les entreprises. Du côté des jeunes, la responsabilité et l’hybridation des profils – faire de l’ingénierie, mais pas seulement – prennent de l’importance. On le voit dans le choix des spécialités au lycée : les élèves “mixent” davantage ».

ESCP veut devenir une Université Européenne de Management

Dans le plan stratégique qu’il a dévoilé en 2025, Léon Laulusa entend transformer l’école qu’il dirige, l’ESCP, en « première Université Européenne de Management » avec trois écoles : « Nous allons compléter notre école de commerce par deux nouvelles entités : une École de Technologie et une École de Gouvernance. L’objectif est d’hybrider le management avec les technologies émergentes, d’une part, et les affaires publiques/diplomatie, d’autre part et d’offrir la première Université européenne de Management ».

Ces nouveaux programmesreposeront sur le modèle tournant multi-campus : plusieurs lieux, plusieurs temps, qui est l’ADN de ESCP : « L’École de Technologie ne sera pas une école d’ingénieurs mais un cursus mixte 50 % management / 50 % technologie avec des fondamentaux comme les maths, le codage, la physique, etc. L’École de Gouvernance intégrera les enseignements de géopolitique, stratégie et affaires publiques ».

Création d’une « tech school » pour emlyon

L’école revendique déjà un socle conséquent : près de 1 000 étudiants seraient aujourd’hui formés aux enjeux tech, data et IA. Partant de ce constat — et face à des besoins en compétences jugés supérieurs aux capacités actuelles des seules écoles d’ingénieurs — emlyon annonce la création d’une école de la tech dès le printemps 2026, « Tech School », en 2027 qui passe dès le printemps 2026 par la création de « emlyon Propulse ».

Il s’agit de programmes de formation continue à destination des professionnels non-cadres titulaires d’un diplôme allant du bac pro à bac+2 ainsi que des personnes en reconversion ou en remobilisation professionnelle. Les trois premiers programmes lancés au printemps 2026 formeront aux métiers de « technicien en industrie et gestion des risques », « référent IA » et « chargé de clientèle omnicanal ».

Construits en partenariat avec les entreprises du secteur, d’autres programmes sont à l’étude pour les années à venir, notamment en matière de santé et de cybersécurité. Une deuxième brique aura lieu à travers une offre de masters dédiés aux métiers de la tech dès la rentrée 2027 et le déploiement d’une offre de formation executive BtoB dans un troisième temps.

Objectif géopolitique à Audencia

Déjà en pointe sur les transitions écologiques avec son école Gaïa et en communication avec SciencesCom, Audencia va ouvrir en 2027 une toute nouvelle School of Public and International Affairs à la croisée du management, de la géopolitique, des sciences politiques et des affaires internationales. « Nous ne cherchons pas à « copier » Sciences Po, mais à proposer un cursus avec une forte coloration internationale, des expatriations et stages obligatoires, des doubles diplômes avec des partenaires en dehors du management, et des cas concrets, par exemple sur des partenariats publics-privés en Chine ou en Amérique du Sud », explique son directeur général, Sébastien Tran.

Située sur le campus parisien d’Audencia, elle accueillera en septembre 2027 sa première promotion, avec pour ambition de former 500 étudiants d’ici 2030 : « L’ambition est de construire un schéma classique Bachelor + Master (3+2), avec possibilité de doubles diplômes avec les autres écoles d’Audencia, y compris la Grande École ou SciencesCom. À terme, l’école restera de taille maîtrisée, autour de quelques centaines d’étudiants, avec un niveau de sélectivité élevé ».

La révolution quantique de l’Edhec

L’Edhec va encore plus loin en ouvrant un institut de recherche consacré au quantique (lire l’entretien dans ce numéro).« Nous avons déjà investi dans la recherche en intelligence artificielle, mais nous voulons regarder plus loin. La prochaine grande rupture sera celle de la deuxième révolution quantique, avec l’ordinateur quantique et ses applications », explique le directeur général de l’Edhec, Emmanuel Métais, qui précise : « Nous ne faisons bien sûr pas de physique fondamentale, mais nous travaillons sur les conséquences de la physique quantique afin d’élaborer des solutions et des outils pour le business, la finance, l’assurance, les télécoms, la cybersécurité, la santé, l’aérospatial… »

Pour se positionner sur ce domaine qui semble bien loin de ses bases l’Edhecs’appuie sur des profils hybrides, comme celui de l’un de ses professeurs, Lionel Martellini, qui a une double formation en finance et en astrophysique, et qui a contribué à des travaux majeurs sur les ondes gravitationnelles. « Aujourd’hui, nous structurons des premières verticales de recherche : quantique et finance/assurance d’un côté, quantique et télécoms-cybersécurité de l’autre, en partenariat avec des acteurs spécialisés », spécifie Emmanuel Métais.

Diplômer dès bac+3 pour Skema

C’est la grande nouveauté du plan stratégique 2025-2030 de Skema. Elle va créer une « School for professional studies » pour créer des diplômes de niveau bac+3 dans des métiers en tension ou répondant aux besoins locaux. « Nous allons vers des programmes comme « Santé et IA » ou « Tourisme et IA » avec toute une gamme de diplômes visés qui seront dispensés dans le monde entier», explique Alice Guihon, sa directrice générale. Une quarantaine de programmes ont déjà été identifiés en « analysant les écosystèmes locaux et nous travaillons déjà avec des entreprises pour créer ces programmes et permettre aux jeunes de les intégrer », explique Patrice Houdayer, directeur adjoint de Skema qui insiste : « Nous voulons créer des diplômes reconnus localement sur un modèle type visé / gradé avec des formations orientées métiers pour répondre à des demandes locales ». Ce sont 2 500 étudiants qui sont attendus dans les cinq ans dans ces écoles.

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