« Nous voulons d’abord lancer un signal d’alarme : les questions d’éducation ne sont pas assez au cœur des propositions des candidats à l’élection présidentielle. » Entourée de deux de ses vice-présidents, Romain Soubeyran (CentraleSupélec) et Laurent Champaney (Arts et Métiers), la présidente de la Conférence des grandes écoles (CGE), Delphine Manceau, présentait le 1er octobre les propositions de la conférence pour la présidentielle, réunies sous le mot d’ordre : « Faire de la jeunesse une priorité stratégique pour l’avenir de la France ».
Alors que lycéens et étudiants descendent dans la rue, Delphine Manceau y voit « un symptôme du sentiment des jeunes de ne pas être pris assez en compte dans les débats nationaux. Il faut beaucoup plus s’en préoccuper ! » Romain Soubeyran évoque de son côté « un symptôme d’inquiétude pour l’avenir, avec l’anxiété climatique et des perspectives d’avenir professionnel qui se dégradent ». Pour Laurent Champaney, « ce qui est disruptif aujourd’hui, c’est de s’occuper de la jeunesse. Le gouvernement se préoccupe-t-il vraiment de la jeunesse ? »
Garantir la qualité des formations tout en donnant à chacun les moyens de réussir. « Nous devons promouvoir les filières scientifiques auprès des jeunes filles, sécuriser les parcours des jeunes les moins favorisés notamment en classes préparatoires et conforter l’apprentissage », propose Romain Soubeyran. Au programme aussi une rénovation des bâtiments et la relance du logement étudiant.
Investir dans la recherche dans la durée et non au gré des budgets. « Pour parvenir à des résultats, il faut investir dans la recherche dans le temps long », insiste Laurent Champaney, « déçu de constater que la loi de programmation de la recherche n’a finalement pas donné de financements pérennes ». La CGE demande donc de porter l’effort de recherche à 3 % du PIB et surtout de définir des priorités nationales. « Nous qui dirigeons des écoles publiques, nous n’avons jamais de dialogue stratégique avec l’État sur ce que nous devons pousser en termes de recherche. Jamais ma tutelle ne me dit si je dois monter tel ou tel laboratoire et quelles formations mettre en œuvre », regrette Laurent Champaney. Même constat du côté de CentraleSupélec. « Il n’y a pas de stratégie générale. Le rapport récent sur Paris-Saclay du Hcéres met en avant cette carence dans le cadre de notre université mais le MESR ne nous y a jamais incités », relève Romain Soubeyran. « Il faut une vision plus globale de ces sujets, au-delà de l’enseignement supérieur, pour affirmer la politique future du pays », résume Delphine Manceau.
Attirer les talents avant que la compétition internationale ne les détourne de la France. La CGE veut également renforcer l’attractivité de la France. « 14 % des étudiants sont internationaux en France, jusqu’à 23 % dans les écoles de management et 17 % dans les écoles d’ingénieurs », rappelle Romain Soubeyran, qui y voit aussi « un levier d’attractivité internationale pour des étudiants qui rentrent ensuite dans leur pays ». Si leur nombre augmente en France, la progression serait toutefois moins rapide qu’ailleurs et la France a reculé du quatrième au septième rang mondial. Pour l’expliquer la CGE pointe des décisions d’admission trop tardives et des démarches administratives jugées trop complexes par une majorité des étudiants internationaux qu’elle a interrogés. Alors que l’accueil des étudiants étrangers peut être présenté dans le débat public sous l’angle migratoire, Laurent Champaney l’affirme : « Nous ne voyons pas d’étudiants fantômes qui viendraient rejoindre nos écoles alors que le concours est difficile ».
Mieux faire travailler ensemble les établissements, les entreprises et les pouvoirs publics. « Aujourd’hui les entreprises montent seules des solutions de formation tout au long de la vie », regrette Laurent Champaney, qui souhaite « donner aux établissements des moyens de réagir plus rapidement aux demandes des entreprises en formation ». Sur l’apprentissage, Delphine Manceau appelle à conditionner les aides à des « exigences de qualité ». Plus largement, elle suggère de « rapprocher les points de vue des ministères de l’Enseignement supérieur et du Travail dans un comité interministériel pour entendre un langage commun ».