L’association 3E plaide pour une « République des compétences » 

by Olivier Rollot

Réunis à Paris le 29 septembre, les représentants de l’association d’écoles privées 3E (Entreprises Éducatives pour l’Emploi) ont présenté leur contribution au débat présidentiel de 2027. Derrière le titre ambitieux de son document « La République des compétences », les onze groupes membres de l’organisation entendent faire de la formation, de l’apprentissage et de l’orientation des priorités nationales, au même titre que la défense ou l’industrie. Avec près de 400 000 étudiants accompagnés, 120 000 entreprises partenaires et une présence dans quatorze pays, l’association revendique un rôle central dans le paysage de l’enseignement supérieur professionnalisant.  

« La compétition de la prochaine décennie sera celle des compétences », affirme Antoine Prodo, président de 3E. Selon lui, la France dispose d’atouts considérables mais souffre d’un déficit de pilotage stratégique. L’association estime que les politiques publiques de formation sont trop souvent soumises à des ajustements annuels, fragmentées entre les tutelles du ministère de l’Enseignement Supérieur et celui du Travail. 3E plaide dc pour un pilotage unifié, une vision de long terme, adossée à une loi de programmation quinquennale.  

Cette proposition constitue le premier pilier du projet présenté. 3E souhaite la création d’un Conseil national des compétences, appelé à reprendre les missions de France Compétences tout en associant plus étroitement l’ensemble des acteurs concernés : État, branches professionnelles, opérateurs de compétences, entreprises et établissements de formation. L’objectif est d’adapter plus rapidement les formations aux besoins économiques et d’éviter les décalages entre l’évolution des métiers et celle des référentiels pédagogiques.  

Stabiliser le financement de l’apprentissage. Au-delà des questions de gouvernance, l’association a insisté sur la nécessité de stabiliser le financement de l’apprentissage. Les intervenants ont rappelé que cette voie de formation constitue l’une des principales réussites des politiques publiques récentes, tout en soulignant les incertitudes créées par les multiples ajustements réglementaires intervenus depuis 2018. 3E propose ainsi une clé de financement définie pour cinq ans entre l’État, les entreprises et les bénéficiaires, avec un ciblage renforcé des aides vers les métiers en tension.  

Faire des « NEET » un chantier national majeur. Autre priorité affichée : la lutte contre le décrochage et l’accompagnement des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation. L’association souhaite faire des « NEET » un chantier national majeur, avec l’objectif de remettre 200 000 jeunes en parcours d’insertion sur cinq ans. Pour y parvenir, elle défend la généralisation d’une « prépa-apprentissage » associant remise à niveau, découverte des métiers et accompagnement vers un premier employeur, dont le modèle économique reste à imaginer. Lors de la conférence, les responsables de 3E ont insisté sur la dimension sociale de cette proposition. « Ce n’est pas une réponse à la crise démographique, c’est une conviction », a ainsi souligné Antoine Prodo, évoquant la responsabilité collective d’aller chercher des jeunes souvent éloignés des dispositifs existants.  

Construire un service public de l’orientation personnalisé. L’orientation constitue également un axe fort des propositions de l’association. Grégory Blanchard, vice-président de 3E et secrétaire général d’Omnes Education, a défendu l’idée d’un véritable service public de l’orientation personnalisé, construit à partir du projet du jeune plutôt qu’à partir de ses seuls résultats scolaires. « L’orientation est un enjeu stratégique qui devrait être traité comme une priorité nationale », a-t-il rappelé.  

3E a également rappelé ses travaux sur la qualité et l’évaluation. Un conseil scientifique est en cours de constitution afin de renforcer la crédibilité des démarches d’évaluation conduites par 3E. Selon ses dirigeants, l’employabilité doit devenir un critère central d’appréciation des formations, quelles que soient la nature et le statut des établissements. « La qualité se prouve, elle ne se proclame pas », résume d’ailleurs l’un des principes affichés dans le document présenté à la presse.  

Cette volonté de mesurer les résultats s’appuie notamment sur le développement d’un pôle data et sur le baromètre de l’alternance réalisé avec Odoxa. L’étude, menée auprès de plus d’un millier d’étudiants et d’apprentis, a vocation à suivre dans le temps les perceptions et les résultats de l’alternance, tout en alimentant le débat public sur les politiques de compétences.  

L’IA bien sûr ! Enfin, l’intelligence artificielle s’est imposée comme l’un des thèmes transversaux de la matinée. Les représentants de 3E considèrent désormais l’IA comme une « troisième littératie fondamentale », aux côtés des mathématiques et des langues. Ils plaident pour son enseignement systématique dès le lycée et tout au long de la vie professionnelle, avec une attention particulière portée à l’esprit critique, aux risques et aux usages responsables. Pour l’association, la compétitivité future de la France “dépendra largement de sa capacité à former une génération capable non seulement d’utiliser l’IA, mais aussi d’en comprendre les limites”.  

Faire des compétences la “grande cause du prochain quinquennat ». À quelques mois de l’ouverture de la campagne présidentielle, 3E entend désormais porter ces « décisions » auprès de l’ensemble des candidats. L’association tient au terme de décision, pesé pour qualifier une proposition « clé en main » et actionnable rapidement. Avec une ambition revendiquée : faire des compétences, de l’orientation et de l’employabilité « la grande cause du prochain quinquennat ».  

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