Ce n’était pas la principale revendication exprimée par les lycéens mais c’était devenu un symbole. Le gouvernement a décidé de réformer Parcoursup dès 2027 et de le remplacer en 2028 après une large phase de réflexion. « La plateforme n’est pas simplement un morceau de code informatique, c’est vraiment quelque chose qui correspond à ce qui est écrit aujourd’hui dans la loi et doit faire l’objet d’un débat parlementaire », insiste le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste.
Une décisions très politique. Conspuée par la plus grande partie de la classe politique et des organisations étudiantes la plateforme avait en effet cristallisé sur son nom les oppositions. Les écologistes et LFI voulaient tout simplement la supprimer (ce serait « une ignominie », selon Jean-Luc Mélenchon) et son programme présidentiel promet à tous les bacheliers l’accès sans sélection à la formation de leur choix. Le Rassemblement national hésitait entre la suppression pure et simple (Marine Le Pen) et la réforme (Jordan Bardella). Le PS et Raphaël Glucksmann parlaient seulement de le réformer. Même position du côté des Républicains mais pour plus de sélection.
Une décision très politique mais qui va à l’encontre des positions des établissements d’enseignement supérieur, plus ou moins unanimes à réitérer leur soutien à la plateforme. Mais maintenant par quoi remplacer Parcoursup ? Une concertation menée par le président du comité de suivi de Parcoursup, Gilles Roussel, et deux vice-présidents lycéens a déjà commencé. Plusieurs évolutions sont sur la table comme une révision des règles de prise en compte du contrôle continu ou l’accès à un nouvel outil d’orientation enrichi par l’intelligence artificielle, qui « s’appuiera sur les résultats des campagnes précédentes pour aider chaque lycéen à faire des choix cohérents avec son parcours et ses envies ». Les enjeux sont considérables pour un enseignement supérieur largement favorable à la plateforme existante. Alors Parcoursup va-t-il disparaitre pour mieux renaître de ses cendres comme APB avant lui ?
Ce qui va évoluer en 2027 et 2028
C’est la principale revendication des lycéens : dès 2027 la motivation des refus de leur candidature par les établissements devra être donnée aux élèves qui le demandent. Le gouvernement annonce également une transparence accrue des critères de classement des candidatures, notamment concernant les traitements automatisés utilisés localement par les formations. « Chaque établissement devra expliciter les méthodes employées pour examiner les dossiers, afin que les candidats puissent mieux comprendre les critères d’évaluation », commente Edouard Philippe. Des mesures que peu d’impacts sur les formations ouvertes après concours mais beaucoup sur celles, comme les licences universitaires et les CPGE, qui ne recrutent que sur le dossier des candidats.
Les fiches des formations seront également enrichies. Sur la base du volontariat, les établissements pourront proposer de courtes vidéos présentant leurs enseignements, leurs attendus et leurs modalités de recrutement. La lettre de motivation, déjà devenue facultative dans de nombreuses formations, devrait être davantage encadrée. Les établissements souhaitant continuer à la demander devront en justifier l’utilité.
En 2028 la mention du lycée d’origine devrait être supprimée dans les informations mises à disposition des établissements sur les candidats. Pas en 2027 car il va falloir d’abord « objectiver la façon dont chaque lycée note vis-à-vis de ses résultats au bac si on veut éviter toute suspicion » insiste Philippe Baptiste.
La réforme prévoit également la création, dans chaque académie, d’une commission associant notamment lycéens, enseignants et représentants de l’enseignement supérieur pour suivre le déroulement des admissions. Le ministère envisage aussi de permettre à des lycéens et à des enseignants du secondaire de participer, selon des modalités à définir, à certains jurys d’admission dans le supérieur. Enfin, un droit renforcé à la réorientation doit faciliter l’accès aux places devenues disponibles au cours de l’année universitaire.
Réduire les délais de réponse
Le délai entre la formulation des vœux et la réponse définitive est extrêmement long et s‘allonge même chaque année avec des étudiants qui procrastinent parfois jusqu’à la rentrée en jouant sur la phase complémentaire. Une attente très anxiogène pour les jeunes comme pour leurs parents – sans oublier les établissements ! – , qui ne peuvent alors rien anticiper et surtout pas la question du logement. Dans un communiqué publié juste avant la décisions du gouvernement, France universités parlait d’« amélioration du rythme de traitement des vœux d’orientation exprimés ». Par la voie de sa présidente, Delphine Manceau, le Conférence des Grandes écoles va plus loin et plaide dans Le Figaro, pour « avancer le calendrier des admissions à janvier. C’est le cas partout ailleurs, dans les autres pays. Cela permettrait d’avoir une transition plus fluide entre le secondaire et l’enseignement supérieur, et d’aider les jeunes à se projeter sans les stresser ».
Sans aller aussi loin on se souvient que sur la plateforme d’orientation précédente, Admission Postbac, le candidat classait ses vœux par ordre de préférence. Un algorithme national lui attribuait ensuite la meilleure formation possible selon ce classement et les délais de réponse s’en trouvaient réduits. En 2026 sur Parcoursup au premier jour de la phase principale d’admission – le 2 juin – 67,8 % des futurs bacheliers avaient reçu une proposition et 34% accepté une proposition (+1,1 point). En une semaine, 80,9 % des néo-bacheliers avaient reçu au moins une proposition et 53,2 % accepté une formation, contre respectivement 81% et 51,7 % en 2025. Une acceptation en hausse donc.

Les lycéens réagissent dans le Baromètre Parcoursup 2026
Les lycéens veulent plus de transparence !
Seulement 65 % des répondants au Baromètre Parcoursup 2026, considèrent que les « informations disponibles sur Parcoursup leur ont permis de comprendre les critères utilisés pour examiner les candidatures », soit une baisse de dix points en un an. La question que posent beaucoup de lycéens, notamment des Quartiers prioritaires de la ville, est cruciale : pourquoi ne suis-je affecté dans telle filière avec telle note quand mon ami l’est dans un autre lycée avec la même note?
Avec Parcoursup, chaque formation, université comprise, examine les dossiers et classe elle-même les candidats. Elle s’appuie sur les bulletins, les « attendus » publiés, la lettre de motivation (le « projet de formation motivé ») et l’avis du lycée. Mais elle s’appuie également sur le lycée d’origine. Ce qui peut largement changer la donne car un 12/20 ici vaut parfois un 18/20 là-bas… Pour autant de nombreuses voix se sont donc fait entendre ces dernières années pour que la mention du lycée d’origine soit gommée. Ce à quoi la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) s’oppose par exemple car « cette donnée permet de mieux apprécier les résultats obtenus au regard de l’environnement scolaire de chaque candidat et de valoriser plus justement la diversité des parcours, des établissements et des territoires ». En 2028 cette mention devrait être abandonnée après qu’un travail ait été produit pour harmoniser les notes dans l’ensemble des lycées de France.
Que valent les notes du contrôle continu ?
Devant l’inflation des notes exceptionnelles de ses candidats, Sciences Po Paris a tout simplement décidé cette année de ne plus prendre en compte les notes du contrôle continu au lycée. Seules les trois épreuves anticipées du baccalauréat seront désormais examinées. Diplomatiquement le directeur de Sciences Po, Luis Vassy explique que la « disparité des politiques de notation entre lycées complique l’examen de dossiers fondés sur le contrôle continu ». Avec 11 400 dossiers de très bons élèves, il juge en effet difficile de départager des candidats qui ont tous entre 16 et 20 de moyenne partout.
C’est l’un des effets délétères de la réforme du lycée : en donnant plus de poids au contrôle continu tout en organisant une concurrence de fait entre les spécialités, elle pousse de nombreux professeurs à donner d’excellentes notes pour tout simplement avoir encore des élèves devant eux l’année suivante. Mais que valent vraiment ces notes ?
La vraie question c’est l’orientation !
Dans un communiqué publié après l’annonce de la suppression de Parcoursup, France Universités rappelle que « Parcoursup n’est rien d’autre que le révélateur des incohérences de la politique menée depuis des années ». Et d’abord le manque de places pour les bacheliers dans l’enseignement supérieur. En 2026 ce sont en effet 66 000 de candidats de plus qui ont postulé sur la plateforme, en particulier des lycéens (+ 10 000) ou étudiants en réorientation (+ 23 000). La progression globale est ainsi de 129 000 candidats en 3 ans. 66 000 candidats de plus cette année auxquels personne ne semblait s’attendre alors qu’une vague de rebond des naissances avait bien eu lieu entre 2006 et 2012. Longtemps masquée par la possibilité de financer son cursus en apprentissage dans l’enseignement supérieur privé, la situation n’est plus tenable quand la manne des contrats d’apprentissage se tarit et ne peut plus financer autant de formations payantes.
Résultat : un véritable phénomène de rebond des inscriptions à l’université. Alors que les classes préparatoires et les Grandes écoles postbac voient leurs effectifs reculer, les universités sont quasi unanimes à parler de la hausse des leurs. Mais sans la place nécessaire pour prendre en compte toutes ces candidatures. Au point que le rectorat de Paris avait annoncé une prime de 3000€ par étudiant supplémentaire versé aux universités qui les accepteraient.
Oui mais accepter plus d’étudiants c’est vraisemblablement augmenter ses taux d’échec et prendre le risque de montrer ces images oubliées d’amphithéâtres bondés en début d’année. La procédure Parcoursup a permis aux universités de, sinon sélectionner, du moins réguler les entrées et elles ne veulent surtout pas retourner en arrière. Surtout pour les quelques années qui précèdent l’hiver démographique des années 2030. Vous avez dit la quadrature du cercle pour le futur Parcoursup…
- Comme l’explique Le Monde le premier ministre, Sébastien Lecornu, a sollicité un débat sans vote sur le sujet à l’Assemblée nationale, mercredi 28 octobre. L’occasion pour les parlementaires de proposer des solutions bien différentes pour le futur Parcoursup entre sélection affirmée à l’université (Les Républicains, Horizons, Rassemblement national et l’Union des droites) et principe d’ouverture pour tous (La France insoumise, socialistes ; communistes et écologistes)
1 commentaire
An interesting perspective on the evolution of Parcoursup! Every change in the education system brings new challenges and opportunities, making student guidance and informed decisions more important than ever.