Devenir une grande université de recherche intensive de rang mondial : l’ambition affichée par l’Université de Toulouse / Comue expérimentale de Toulouse est à la « hauteur de son potentiel scientifique ». Mais, dans son rapport publié le 14 octobre 2026, le Hcéres s’inquiète d’un projet institutionnel dont les contours « restent flous » et qui « peine à fédérer les établissements du site ». À l’approche de la dissolution de la Comue, prévue fin 2027, les experts appellent à une accélération des décisions pour éviter de compromettre une dynamique scientifique pourtant remarquable.
- Avec 36 010 étudiants, 4 311 personnels et un budget d’environ 417 millions d’euros, l’Université de Toulouse s’appuie notamment sur 71 structures de recherche, dont 45 unités mixtes associant les grands organismes nationaux.
Une ambition mondiale née de l’échec de l’Idex. L’Université de Toulouse entend désormais devenir un « leader académique et scientifique sur son territoire et au-delà ». Une ambition qui marque une rupture avec la période précédente, durant laquelle l’ancienne université Toulouse III-Paul Sabatier concentrait ses efforts sur le redressement de ses finances et de son fonctionnement interne. Devenue établissement public expérimental (EPE) en janvier 2025, elle souhaite aujourd’hui prendre la tête de la coordination universitaire toulousaine et construire un grand établissement de recherche intensive de rang mondial.
Cette transformation s’inscrit dans une longue histoire institutionnelle, marquée notamment par la perte définitive du label Idex en 2018, vécue comme un traumatisme par les acteurs universitaires et économiques du territoire. Le lancement du programme Tiris, labellisé en 2022, a constitué le véritable point de départ d’une nouvelle dynamique.
Mais le Hcéres avertit : « Beaucoup de questions fondamentales touchant au futur établissement ne trouvent pas encore leur réponse. » Plus inquiétant, les experts estiment que leur ampleur est sous-estimée par la gouvernance universitaire.
Un projet qui peine à convaincre ses partenaires. C’est la principale faiblesse relevée dans le rapport. Si l’ambition est clairement affirmée, les moyens institutionnels de sa réalisation restent largement à définir : Quel sera le périmètre du futur grand établissement ? Quelles institutions accepteront de le rejoindre ? Avec quel statut, quelles compétences et quelle autonomie ? Autant de questions auxquelles les experts n’ont pas obtenu de réponses satisfaisantes lors de leur visite en avril 2026. Le Hcéres constate donc que « l’Université de Toulouse peine à formaliser un projet commun capable de susciter l’enthousiasme des communautés impliquées ».
Les relations avec les autres établissements du site constituent un point particulièrement sensible. Le rapport mentionne notamment des divergences d’appréciation avec Toulouse-Jean Jaurès sur les modalités de coordination universitaire. L’adhésion de cette dernière, comme celle de Toulouse Capitole, apparaît pourtant indispensable à la réussite du projet. Les écoles d’ingénieurs sont également insuffisamment prises en compte, alors qu’elles participent déjà à de nombreux laboratoires et projets scientifiques communs. Le comité appelle ainsi l’Université de Toulouse à dépasser une logique d’intégration institutionnelle pour proposer une véritable vision collective : « Pour être pleinement à la hauteur du rôle de chef de file qu’elle entend jouer, l’Université de Toulouse doit d’abord être une force entraînante. »
La disparition de la Comue, une opération à hauts risques. La dissolution de la Comue de Toulouse, dont la fermeture est programmée au 31 décembre 2027, constitue l’autre défi majeur de la réorganisation. Le jugement du Hcéres sur son bilan est particulièrement favorable. Les experts saluent « une Comue qui a rempli sa mission et qui laisse un héritage significatif ». Mais son absorption par l’Université de Toulouse pourrait entraîner une perte de compétences, d’expertise et de motivation parmi ses 416 personnels. Le Hcéres juge le processus de transition « insuffisamment robuste ».
Une recherche de tout premier plan. Sur le plan scientifique, les experts ne tarissent pas d’éloges. L’Université de Toulouse bénéficie « d’un haut potentiel de recherche de tout premier plan », notamment dans les mathématiques, les sciences de l’espace, l’ingénierie et les sciences de la vie. Le programme Tiris apparaît comme l’instrument central de cette ambition. Doté de 94,5 millions d’euros sur dix ans, de 2023 à 2033, il développe quinze dispositifs couvrant la recherche, la formation, l’innovation et les relations entre science et société.
Le rapport souligne également le rôle essentiel des six pôles de recherche du site. Transversaux et interdisciplinaires, ils ont permis de rapprocher les communautés scientifiques au-delà des frontières institutionnelles. Pour les experts, ces pôles constituent désormais « le véritable socle opérationnel de la stratégie scientifique du site ». Le Hcéres recommande de leur donner une place plus explicite dans la gouvernance et de s’inspirer de leur fonctionnement pour organiser une véritable coordination des formations.
La recherche en santé constitue l’un des secteurs les plus dynamiques de l’établissement. La réorganisation de quatre composantes au sein d’une Faculté de santé et le renouvellement de la convention avec le CHU de Toulouse témoignent d’un rapprochement institutionnel renforcé.
Une stratégie internationale encore à construire. Malgré son potentiel scientifique, l’Université de Toulouse n’exploite pas suffisamment ses capacités de rayonnement international. Les résultats obtenus dans les programmes européens apparaissent particulièrement modestes au regard de la qualité des équipes scientifiques. Entre 2019 et 2024, seuls six porteurs de projets de l’Université de Toulouse ont par exemple bénéficié de financements du Conseil européen de la recherche (ERC), sur 59 pour l’ensemble du site. Les financements européens obtenus par l’établissement représentent en moyenne 3,8 millions d’euros par an, contre 8,8 millions pour les financements nationaux.
Une offre de formation riche mais insuffisamment pilotée. Avec une forte présence dans les sciences, les technologies, la santé et les activités physiques et sportives, l’Université de Toulouse propose une offre de formation diversifiée, fortement adossée à la recherche mais le pilotage stratégique de l’offre reste insuffisant. La politique de formation est largement déléguée aux composantes, sans véritable réflexion partagée sur les évolutions pédagogiques prioritaires.
Des finances redressées mais des marges de manœuvre contraintes. Contrairement à la période précédente, la situation financière de l’Université de Toulouse est jugée « globalement saine ». Le redressement est significatif. Alors que le budget initial 2025 prévoyait un déficit de 36,12 millions d’euros, les ajustements opérés en cours d’année ont permis d’aboutir à un solde budgétaire positif de 3,38 millions d’euros. Mais la maîtrise financière demeure fragile. L’augmentation des dépenses de personnel, la dépendance à certains financements fléchés et un programme immobilier prioritaire estimé à 100 millions d’euros réduisent les possibilités d’investissement.
PURPAN, UNE PREMIERE INTEGRATION ENCORE INACHEVEE
Devenue établissement-composante de l’Université de Toulouse en 2025, l’École d’ingénieurs de Purpan constitue un premier test de la nouvelle organisation institutionnelle. Le Hcéres reconnaît les qualités de cette école de 1 700 étudiants, dont les effectifs ont progressé de 40 % depuis 2019. Il salue son ancrage territorial, la professionnalisation de ses formations et ses liens avec les entreprises agricoles et agroalimentaires. Mais les experts constatent que l’intégration reste inachevée. Les synergies attendues en matière de recherche, de formation et de mutualisation des compétences ne sont pas encore suffisamment identifiées.
Ils invitent les deux établissements à « préciser leurs relations, les apports réciproques de leur rapprochement et les actions concrètes à conduire pour donner un contenu réel au statut d’établissement-composante ».