Le gouvernement tente de répondre à la mobilisation lycéenne et étudiante

Edouard Geffray et Philippe Baptiste présentent leurs mesure

by Olivier Rollot

Ce lundi 26 octobre le Premier ministre Sébastien Lecornu et les ministres de l’Education et de l’enseignement supérieur, Edouard Geffray et Philippe Baptiste, ont tenté de désamorcer la grogne lycéenne et étudiante. Ils ont travaillé pour cela autour des 101 000 contributions faites sur la plateforme dédiée tout autant qu’avec les organisations lycéennes et étudiantes. Pour autant Nathanaël Combary, président du conseil d’administration du Renouveau lycéen, comme Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les Lycéens ! appellent à poursuivre la mobilisation le 31 octobre et le 5 novembre. « La porte de nos deux ministères et du Premier ministres sont ouvertes. Nous ne sommes pas sur des mesures définitives. Nous répondons à une grande partie des revendications en étant réalistes sur le calendrier et les contraintes budgétaires », leur répond Philippe Baptiste.

Ce qui ressort de la contribution des lycéens. C’est d’abord avec 71,4% des contributions la question d’un temps scolaire déséquilibré qui ressort des contributions lycéennes. Suivent un bâti scolaire inadapté (56,3% des contributions), les problèmes de climat scolaire ou de santé mentale (33 %), les difficultés de remplacement des enseignants (31 %). Près d’un quart des contributions évoquent des classes trop chargées, tandis que 22 à 23 % abordent les difficultés liées à l’orientation et à Parcoursup. « Les résultats font en premier lieu une pression scolaire jugée excessive, liée à l’amplitude des journées, aux emplois du temps, au travail personnel et au poids des évaluations », commente Edouard Geffray.

Les contributions seront transmises dans les quinze prochains jours aux établissements concernés pour être examinées en conseil d’administration, en présence des personnels, des représentants des collectivités, des parents et des élèves. « L’objectif est de permettre des réponses locales aux problèmes signalés, qu’il s’agisse de bâtiments dégradés, de sanitaires insuffisants ou de difficultés d’organisation », reprend le ministre de l’Education.

Les mesures pour les lycéens. Le ministère de l’Education s’engage à limiter le nombre d’élèves à 28 en classe de seconde. Une mesure qui doit toucher 50 % des classes dans la moitié des établissements les plus défavorisés dès 2027 avec une généralisation de cette limite à l’horizon 2028.

Pour les classes de première et de terminale, le gouvernement privilégie une autre approche. En raison du fonctionnement des enseignements de spécialité, les élèves passent une grande partie de leur temps dans des groupes dont les effectifs peuvent être élevés. Des moyens supplémentaires seront mobilisés pour réduire la taille des groupes les plus chargés.

Pour accompagner cette réduction des effectifs, le gouvernement prévoit d’annuler les 836 suppressions de postes initialement inscrites dans le projet de budget pour le second degré public. À cette annulation s’ajouteront 500 créations de postes d’enseignants, principalement destinées à réduire les effectifs dans les lycées, ainsi que des moyens d’enseignement associés à l’ouverture de nouvelles places en BTS. Edouard Geffray annonce ainsi un solde d’environ 1 700 postes supplémentaires à la rentrée 2027, notamment grâce à la création d’environ 1 260 postes pour accompagner les nouvelles capacités d’accueil en BTS.

Le contrôle continu devrait être réformé en première pour répondre aux attentes des élèves qui ne « veulent pas que leur avenir soit en question dès le début de l’année à chaque contrôle », insiste Edouard Geffray qui reconnaît que le système actuel, initialement destiné à réduire la pression des épreuves terminales, produit parfois l’effet inverse. Sans annoncer à ce stade de suppression du contrôle continu, il ouvre une concertation qui portera notamment sur la possibilité de réduire, voire de remettre en cause, la prise en compte des résultats obtenus en première dans le calcul du baccalauréat. Les conclusions de cette concertation sont attendues pour la fin décembre 2026 ou le début janvier 2027, afin que d’éventuelles modifications puissent entrer en vigueur dès la rentrée suivante.

Au-delà du contrôle continu, c’est plus largement l’organisation du lycée qui pourrait évoluer. Le gouvernement souhaite notamment réexaminer les combinaisons de spécialités, dont le nombre dépasse 300. Une réflexion sera engagée sur les combinaisons proposées ou privilégiées par les établissements, avec l’objectif de « simplifier l’organisation sans remettre en cause le principe des enseignements de spécialité ». La place des mathématiques et de l’enseignement scientifique en première et en terminale fera également l’objet d’un réexamen. Le ministre relève notamment que les élèves ne choisissant pas la spécialité mathématiques peuvent se retrouver avec un volume horaire supplémentaire. « Nous souhaitons réduire la charge de travail et mieux répartir le temps scolaire, en tenant compte des demandes portant sur des journées trop longues, des emplois du temps à trous et des pauses méridiennes insuffisantes », promet Edouard Geffray.

Les lycéens se disent exténués par les journées à rallonge qu’on leur impose

Le remplacement des enseignants absents constitue un autre axe d’action. Le nombre de lycées identifiés comme particulièrement en difficulté, avec plus de 5 % de cours non assurés, serait déjà passé de 114 le 8 octobre à 21. Au total la proportion d’heures non assurées, évaluée à environ 10 % en 2024-2025, serait descendue à 5,9 % cette année.

La santé mentale figure parmi les préoccupations les plus fréquemment exprimées par les lycéens. Le gouvernement avait initialement prévu 300 créations de postes dans les services médico-sociaux de l’Éducation nationale. Ce volume sera porté à 500, soit 200 postes supplémentaires par rapport au projet initial.

Le gouvernement annonce enfin la mobilisation de quatre milliards d’euros supplémentaires sous forme de prêts à taux préférentiels destinés aux collectivités territoriales pour la rénovation des collèges et des lycées.

Adieu Parcoursup. Ce n’était pas la principale revendication exprimée par les lycéens mais c’était devenu un symbole. Le gouvernement a décidé de réformer Parcoursup dès 2027 et de le remplacer en 2028 après une large phase de réflexion. « La plateforme n’est pas simplement un morceau de code informatique, c’est vraiment quelque chose qui correspond à ce qui est écrit aujourd’hui dans la loi et doit faire l’objet d’un débat parlementaire », insiste le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste.

Les mesures pour les étudiants. Dans l’enseignement supérieur, 15 000 places seraient ouvertes, essentiellement pour les bacheliers technologiques et professionnels : 10 000 en STS, 4 000 dans les IUT et 1 000 en licence parcours santé. Pour y parvenir 204 emplois vont être créés à l’université et plus de 1200 en STS.

Le montant des bourses sera dès 2027 indexé sur l’inflation soit une dépense supplémentaire de 37 millions d’euros dès la rentrée 2027 et de 220 millions en 2029.

Enfin un milliard d’euros va être consacré à la rénovation des campus d’ici 2028, dont 200 millions dès 2027-2028. Loin du compte selon France Universités qui, dans un communiqué, « regrette que le sous-financement chronique des universités pointé par les Assises du financement des universités n’ait toujours pas obtenu de réponse ». France Universités attend également des « annonces fermes sur le financement de la réforme de l’accès aux études de santé ».

  • Sur la mobilisation étudiante Philippe Baptiste rappelle que 20 à 40% des établissements ont été touchés ces dernières semaines et qu’il n’y a « pas de droit au blocage ».

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