Aux racines du mouvement lycéen : le grand stress de Parcoursup

by Olivier Rollot

Même si c’est la question des rythmes scolaires qui l’emporte dans les revendications des lycéens, c’est d’abord Parcoursup est au centre de toutes les critiques. Selon la septième vague du Baromètre Parcoursup 2026, 82% des jeunes jugent en effet la procédure stressante et les appréciations positives reculent sur de nombreux indicateurs. Autre enseignement majeur du baromètre : 78 % des lycéens ont désormais recours à l’intelligence artificielle pour préparer leur orientation. Une note de l’Institut des politiques publiques s’interroge de son côté sur les quotas de boursiers dans Parcoursup.

Des chiffres record. La procédure d’admission Parcoursup a pris fin le 10 septembre 2026. Cette année, 1 046 000 candidats ont postulé sur la plateforme auprès de 25 000 formations post-bac, y compris en apprentissage. Un nombre de candidatures record : 66 000 de plus qu’en 2025, en particulier des lycéens (+ 10 000) ou étudiants en réorientation (+ 23 000). La progression globale est de + 129 000 en 3 ans.

603 910 lycéens (soit 91,5 % des lycéens ayant formulé des vœux) ont reçu au moins une proposition d’admission. Dès le 1er jour, 66,5 % des lycéens avaient reçu au moins une proposition et en moyenne, les lycéens ayant reçu au moins une proposition en ont reçu 5,6. 93 % des néo-bacheliers interrogés ont accepté une proposition d’admission.

Une orientation qui commence dès le collège. Les lycéens réfléchissent de plus en plus tôt à leur avenir. En 2026, 52 % déclarent avoir commencé à envisager leur orientation post-baccalauréat dès la seconde ou avant, soit trois points de plus qu’en 2025. Ils sont même 35 % à avoir entamé cette réflexion dès le collège. À l’inverse, seulement 7 % ont attendu l’ouverture de Parcoursup et 1 % n’avaient pas réfléchi à leur orientation au moment de formuler leurs vœux.

L’accompagnement progresse également. Au total, 93 % des lycéens ont bénéficié d’un temps d’échange ou d’un accompagnement au sein de leur établissement. Plus précisément, 88 % ont reçu des explications sur le fonctionnement de Parcoursup et 81 % un accompagnement pour construire leur projet d’orientation, soit cinq points de plus qu’en 2025.

La famille reste cependant le premier interlocuteur (78 %), devant le professeur principal (66 %) et les représentants des établissements supérieurs (46 %). Le conseiller d’orientation n’est sollicité que par 15 % des répondants, quatre points de moins qu’en 2025.

Les journées portes ouvertes restent incontournables. Malgré la multiplication des ressources numériques, les journées portes ouvertes (JPO) conservent leur première place parmi les dispositifs jugés les plus utiles pour construire son projet d’orientation. Elles sont citées par 55 % des lycéens, devant le site Parcoursup et sa carte des formations (47 %), les salons d’orientation (36 %) et les fiches métiers de l’Onisep (28 %).

Près des trois quarts des répondants (73 %) se sont effectivement rendus à une journée portes ouvertes, une proportion stable par rapport à 2025 mais qui atteignait seulement 56 % en 2022. C’est plus que jamais le moment crucial d’un choix d’établissement.

L’intelligence artificielle s’impose dans les choix d’orientation. C’est l’un des enseignements majeurs de cette édition : 78 % des lycéens déclarent avoir utilisé des outils d’intelligence artificielle à une étape de leur parcours d’orientation.

L’IA intervient d’abord dans la recherche et la comparaison des formations (58 %), l’amélioration des candidatures, notamment des lettres de motivation (56 %), et la définition du projet d’orientation (55 %).

Son utilisation demeure plus limitée dans les décisions finales : 21 % l’ont sollicitée pour formuler leurs vœux et 19 % pour choisir entre plusieurs propositions d’admission.

L’efficacité perçue est importante : 52 % de l’ensemble des répondants déclarent avoir utilisé utilement l’IA pour rechercher des formations et 47 % pour affiner leur projet d’orientation.

La plateforme jugée moins claire et moins complète. La procédure elle-même reste relativement accessible. Trois lycéens sur quatre (75 %) considèrent que l’inscription et la création de leur dossier sont faciles, tandis que 73 % portent la même appréciation sur la formulation et la confirmation des vœux. Pourtant, les indicateurs de satisfaction relatifs aux informations disponibles reculent.

Si 79 % des répondants estiment que Parcoursup leur a apporté des informations sur des formations déjà identifiées, cette proportion baisse de cinq points. Ils ne sont plus que 69 % à considérer que la plateforme les a aidés à identifier des formations correspondant à leurs attentes (-7 points) et 68 % à déclarer qu’elle les a aidés à choisir les formations auxquelles candidater (-6 points).

Les fiches descriptives sont jugées claires par 76 % des lycéens (-5 points), agréables à lire par 71 % (-4 points), mais complètes par seulement 59 % (-6 points). Un quart des répondants les trouvent même difficiles à comprendre, soit huit points de plus qu’en 2025.

Le recul concerne également la compréhension des critères d’admission : 65 % déclarent que les informations disponibles leur ont permis de comprendre les critères utilisés pour examiner les candidatures, une baisse de dix points.

BOURSIERS ET PARCOURSUP : LES QUOTAS FONCTIONNENT-ILS ? Une note de l’Institut des politiques publiques s’interroge sur l’efficacité des quotas de boursiers et de résidents dans Parcoursup. Parcoursup met en œuvre des quotas de boursiers et de résidents en modifiant les classements des formations avant le début de la procédure d’admission.

Or, selon les auteurs de l’étude, ce dispositif peut « accorder une priorité excessive à certains candidats sans pour autant garantir l’atteinte des taux minimaux de boursiers et de résidents, même lorsque des candidats éligibles souhaitent intégrer les formations concernées ». Aujourd’hui si la loi formule les quotas en termes de promotion finale des admis, l’algorithme, en « construisant un ordre d’appel avant qu’aucun candidat n’ait accepté ou refusé une proposition, ne garantit que le respect des taux minimum dans les offres réalisées et non les admis ».

Ils proposent donc d’appliquer ces quotas au fil de la procédure d’admission, en « ajustant les priorités en fonction des propositions et des réponses des candidats ». Les simulations réalisées sur les données Parcoursup 2024 montreraient selon eux que cette approche porterait le taux de réalisation des quotas de boursiers de 68 % à 88 %, augmenterait de près de 11 % le nombre de boursiers admis et « éliminerait presque entièrement les dérogations injustifiées aux priorités initiales ».

Des simulateurs plébiscités, des débouchés insuffisamment visibles. Les outils permettant d’estimer les chances d’admission rencontrent un succès croissant. Le simulateur prenant en compte les moyennes scolaires et les choix de spécialités a été utilisé par 83 % des répondants (+3 points). La grille d’analyse des candidatures a été consultée par 79 % et le comparateur de formations par 46 % (+5 points).

Ces ressources permettent à 72 % des lycéens de mieux évaluer leurs chances d’être admis et à 56 % de réfléchir au choix de leurs vœux.

En revanche, les informations sur les débouchés professionnels peinent à trouver leur public. Seuls 57 % déclarent avoir consulté la rubrique consacrée à la poursuite d’études et à l’insertion professionnelle, cinq points de moins qu’en 2025.

Et seulement 38 % estiment que ces informations leur ont été utiles pour préparer leurs candidatures. Près d’un tiers ne se souviennent même pas avoir consulté cette rubrique, pourtant essentielle pour éclairer les choix d’orientation.

Des admissions satisfaisantes, mais des délais critiqués. À l’issue de la procédure, 93 % des néo-bacheliers interrogés déclarent avoir accepté une proposition d’admission, contre 94 % en 2025 et 98 % en 2020.

Parmi les jeunes admis dans une formation, 72 % se disent satisfaits des réponses obtenues, soit un point de moins qu’en 2025. La satisfaction à l’égard des délais se dégrade davantage : 67 % les jugent satisfaisants, cinq points de moins que l’année précédente, tandis que 31 % expriment leur mécontentement.

L’accompagnement pendant la phase d’admission constitue une autre faiblesse. Seuls 45 % des lycéens déclarent avoir été accompagnés par leur professeur principal ou leur établissement lorsqu’ils ont reçu les réponses des formations, soit cinq points de moins qu’en 2025. À l’inverse, 53 % n’ont bénéficié d’aucun accompagnement.

Les outils de préparation à cette phase restent relativement peu utilisés : 44 % ont testé le simulateur d’admission et 42 % les quiz permettant de vérifier leur compréhension des règles. Parmi les utilisateurs du site d’entraînement, 75 % estiment cependant qu’il les a rassurés et 76 % qu’il les a aidés à préparer la phase réelle d’admission.

Une source majeure de stress. Malgré ces résultats globalement favorables, 82 % des jeunes considèrent Parcoursup comme une procédure stressante. Plus de la moitié (57 %) estiment même que cet adjectif lui correspond « très bien ».

Les appréciations positives se dégradent sur presque tous les autres critères. La plateforme est jugée claire par 70 % des répondants (-6 points), fiable par 58 % (-8 points), personnalisée par 50 % (-8 points) et transparente par seulement 49 % (-4 points).

Beaucoup plus préoccupant, seuls 29 % considèrent que Parcoursup est une procédure juste, traitant tous les candidats de manière équitable, soit cinq points de moins qu’en 2025.

Les différentes fonctionnalités restent appréciées, mais elles enregistrent presque toutes des reculs : 83 % saluent la présence des formations reconnues par l’État (-7 points), 80 % la liberté laissée aux candidats pour formuler leurs choix (-7 points) et 73 % le fait de leur laisser le dernier mot (-8 points).

L’expérience vécue se révèle néanmoins meilleure que prévu pour 34 % des lycéens et conforme à leurs attentes pour 35 %. En revanche, 21 % estiment qu’elle s’est moins bien déroulée qu’ils ne l’imaginaient.

Une entrée dans le supérieur moins claire qu’auparavant. Au total, 67 % des répondants considèrent que Parcoursup a facilité leur entrée dans l’enseignement supérieur, soit sept points de moins qu’en 2025. Ils ne sont plus que 61 % à estimer que la plateforme a facilité l’élaboration de leur projet d’orientation, également en baisse de sept points.

Lorsqu’ils portent un regard rétrospectif sur leur parcours, 67 % des jeunes jugent facile la prise en main de la procédure, mais seulement 62 % considèrent qu’il leur a été facile de faire leurs choix d’orientation.

Pouvoir connaître son classement et ses chances d’intégrer une formation lorsqu’on figure sur liste d’attente demeure la première attente des candidats, tandis que l’accès à des indicateurs permettant d’évaluer les chances d’admission occupe désormais la deuxième place. Selon l’étude les lycéens soulignent « l’importance d’un accompagnement y compris lors de la réception des propositions et leurs attentes en termes de transparence de la part des formations ». Ces attentes de transparence et d’équité « donneront lieu à des décisions sur les améliorations de Parcoursup à venir d’ici la fin octobre » promettent les ministères de l’Education comme de l’Enseignement supérieur. Car s’il n’y a pas d’algorithme sur Parcoursup il y en a bien dans beaucoup d’établissements et les candidats recalés ne comprennent souvent pas bien le pourquoi de leur déclassement. Comment un 18/20 là ne vaut pas un 18/20 ailleurs…

  • Source : CSA Research, Baromètre Parcoursup 2026, vague 7, septembre 2026, enquête réalisée en ligne du 28 août au 7 septembre 2026 auprès de 1 008 néo-bacheliers inscrits sur Parcoursup, admis ou non dans une formation. Les résultats présentés sont des déclarations des répondants et non des statistiques administratives exhaustives de Parcoursup.

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