« Nous n’avons jamais eu autant besoin d’ingénieurs de rupture alors que beaucoup d’écoles, moins sélectives que la nôtre, ont eu du mal à faire le plein d’élèves cette année. » Emmanuelle Gouillart, directrice générale de l’ESPCI Paris PSL depuis juillet 2026, veut que la science « soit un levier pour transformer le monde par la science » à l’image de son école. Une école très spécifique puisqu’elle ne compte que 93 élèves par promotion qui passent la moitié de leur temps en laboratoires. Une école d’excellence classée au 3ème rang des école d’ingénieurs françaises par l’Usine Nouvelle et au 4ème par l’Etudiant. « La formation par la recherche développe la tête pour les fondamentaux scientifiques et les mains par la dextérité expérimentale acquise en labos. Nos diplômés savent mettre en œuvre les concepts et c’est ce que les entreprises apprécient », détaille une directrice qui a employé de nombreux diplômés de l’école quand elle était directrice scientifique de Saint-Gobain Research Paris.
Une école en pleine évolution. Les enseignements de l’ESPCI ont beaucoup évolué ces dernières années en lien avec la transition écologique. Une direction du développement durable a ainsi été créée juste après l’arrivée de la directrice à l’été 2026. L’IA est également incontournable avec le lancement d’un groupe de travail dédié. « Nous voulons maintenant former plus d’ingénieurs en passant à des promotions de 120 étudiants grâce à la taille de nos nouveaux amphithéâtres qui seront livrés en 2028 », reprend la directrice.
50% de ressources propres. L’école a lancé cette année une activité formation continue alors que la moitié de ses 36 millions d’euros de recettes de fonctionnement provient déjà de ses ressources propres (pour 12 millions de la Ville de Paris et moins d’un million du MESRE). Pour autant il n’y a pas d’augmentation en vue des frais d’inscription, inférieurs à 1000€ et entièrement destinés à offrir des bourses.
Une recherche fondamentale appliquée. Le centre de recherche de l’ESPCI compte 550 personnes autour de 12 laboratoires pour la plupart UMR avec le CNRS et l’Inserm mais aussi l’ENS ou Paris-Saclay. « Ce sont des laboratoires de recherche fondamentale qui ont une appétence très forte pour leurs applications. Mais il faut du temps long ! », insiste Emmanuelle Gouillart dont l’école a publié en 2025 plus de 500 articles dans les revues scientifiques et obtenu 12 ERC (European Research Program). 25% des projets de recherche sont co-financés par l’industrie, notamment avec des thèses Cifre.
Un incubateur et bientôt un accélérateur de start up. Cinq à dix start up sont créées chaque année issues des laboratoires de l’ESPCI. Les 54 start up accompagnées ces dix dernières années dans son incubateur ont permis de lever 830 millions d’euros et créer plus de 3 000 emplois. « Nous voulons aller plus loin en créant un accélérateur sur plusieurs milliers de m2 pour recevoir des start up issues de nos laboratoires mais aussi de tout PSL », stipule la directrice.
Le chantier de rénovation de l’ESPCI a duré longtemps. Fin 2024 a été ouvert le nouveau centre de recherche de l’ESPCI. Début 2028 c’est tout le nouveau campus qui devrait ouvrir ses portes avec 15 000 m2 de plus que l’ancienne ESPCI.
Des étudiants bloqueurs. Les étudiants de ESPCI sont en soutien aux lycéens avec de petits blocages dont l’objectif était de se joindre aux manifestations. « Nos étudiants sont inquiets de l’investissement français dans la recherche. » Le 14 octobre une assemblée générale a duré plus de trois heures avec une « grande qualité de débat » au terme duquel les étudiants ont répondu à un sondage anonyme. Résultat : les cours ont été annulés toute la semaine afin de permettre aux étudiants de se mobiliser pour la manifestation du 17 octobre.
Les discussions sur la question des partenariats avec des entreprises prennent beaucoup de temps. « Nous avons « industrie » dans le nom de l’école et nos étudiants acceptent d’avoir un lien avec l’industrie même s’ils peuvent discuter de quelles industries », répond la directrice, qui explique que « certains élèves vont aller travailler dans les start up de la transition, d’autres de grands groupes pour changer les choses de l’intérieur. Nous devons créer les conditions d’un dialogue sur ces sujets ».
Pourquoi le décrochage de la recherche française ? « Une part du PIB toujours consacrée à la recherche inférieure à 3%, une formation sous investie, les raisons macro de la prise de retard de la recherche françaises sont d’abord macro-économiques », analyse Emmanuelle Gouillart qui constate qu’aux « Etats-Unis des scientifiques de très haut renom deviennent ministres et cela peut se passer à tous les étages avec des prix Nobel ou dans l’antichambre. Il faut faire confiance aux chercheurs pour s’organiser un peu plus et décider des priorités. L’ESPCI est un bon exemple pour cela : les applications de la recherche viennent sans qu’il y ait beaucoup de dispositifs administratifs. Il faut un terreau pour les jeunes chercheurs ! »