La rentrée s’est bien déroulée à Université Côte d’Azur. Pour autant son président, Jeanick Brisswalter, alerte sur les difficultés financières croissantes des universités et le risque de déclassement scientifique de la France. Alors que son établissement déploie un nouveau plan stratégique, il défend une université davantage tournée vers la réussite étudiante, l’innovation et son territoire. De Parcoursup à la santé mentale, de l’attractivité internationale au financement de la recherche, il revient sur les grands défis de l’enseignement supérieur. (crédit photo : A. Macarri – Université Côte d’Azur)
UNE RENTRÉE MARQUÉE PAR UNE ATTRACTIVITÉ RENFORCÉE
Olivier Rollot : Une question dans l’actualité d’abord : Université Côte d’Azur connait-elle des mouvements de contestation et de blocage comme dans beaucoup d’universités ?
Jeanick Brisswalter : Sur nos quinze campus, quatorze sont totalement libres de blocage. La situation est donc très différente de celle de certaines autres universités, où les difficultés sont beaucoup plus importantes.
O. R : Parlons de la rentrée. Vous avez reçu 103 000 candidatures cette année sur Parcoursup. Disposez-vous désormais d’un bilan des inscriptions ?
J. B : Les chiffres définitifs ne seront stabilisés qu’en janvier. À ce stade, nous enregistrons une progression d’environ 3 % des inscriptions par rapport à la même période l’année dernière. Mais le plus intéressant est ailleurs : nous constatons une évolution importante du comportement des candidats. Nous ne parvenons plus à épuiser nos listes d’attente dans de nombreuses formations. Cela signifie que les candidats qui choisissent Université Côte d’Azur confirment davantage leur inscription. Auparavant, les désistements étaient beaucoup plus nombreux. Nous observons donc une attractivité renforcée de notre université.
O. R : Quelles sont les filières les plus demandées ?
J. B : Nous retrouvons les grands classiques des universités françaises : les formations de santé, le droit, l’économie-gestion, la psychologie et les Staps. Ce sont toujours les filières les plus en tension.
PARCOURSUP : « LE PRINCIPAL PROBLÈME, C’EST LA DURÉE DE LA PROCÉDURE »
O. R : Alors que les critiques contre Parcoursup se multiplient, faut-il réformer profondément la plateforme ?
J. B : Les systèmes que nous avons connus autrefois n’étaient certainement pas meilleurs avec un tirage au sort ou des étudiants faisant la queue sur les trottoirs pour obtenir une place à l’université. Parcoursup présente des avantages, notamment la prise en compte des dossiers et des motivations et une information pour l’orientation beaucoup plus riche pour les élèves. Mais une dimension doit absolument être améliorée : la durée de la procédure.
Le délai entre la formulation des vœux et la réponse définitive est extrêmement long. Certains candidats reçoivent encore des propositions à la fin du mois d’août, parfois quelques jours seulement avant la rentrée. Cette attente est très anxiogène pour les jeunes comme pour leurs parents, qui ne peuvent rien anticiper.
O. R : Faudrait-il donner davantage de réponses avant le baccalauréat ?
J. B : Ce serait une piste intéressante. Le système actuel offre beaucoup de souplesse aux candidats, qui peuvent changer d’avis et revenir sur leurs choix. Mais cette liberté allonge considérablement les délais. Nous devons trouver un meilleur équilibre entre souplesse et rapidité.
O. R : Le principal reproche fait à Parcoursup est son manque de transparence.
J. B : Il faut rappeler que ce n’est pas l’algorithme qui décide seul des admissions. Des équipes examinent les dossiers et proposent un classement. L’algorithme intervient ensuite dans la gestion des choix et des désistements. Les règles de fonctionnement sont insuffisamment expliquées. Un véritable travail de pédagogie serait nécessaire.
O. R : Le dispositif précédent, APB, était tout de même plus rapide…
J. B : Il était aussi beaucoup plus injuste, notamment avec le recours au tirage au sort. Réformer Parcoursup, certainement. Mais pour le remplacer par quoi ? C’est une question complexe. Pour moi, la priorité reste de raccourcir les délais de décision.
LA REFORME DES ETUDES DE SANTE
O. R : La réforme des études de santé qui va intervenir à la rentrée 2027 représente-t-elle un bouleversement pour votre université ?
J. B : Nous sommes relativement peu bouleversés, car nous avons adopté dès 2021 une organisation assez proche de celle qui est aujourd’hui envisagée. Nous n’avons pas non plus les cohortes considérables de certaines universités parisiennes. La principale difficulté sera la gestion du redoublement, qui pourrait réduire nos capacités d’accueil en première année.
O. R : Vous conservez néanmoins plusieurs licences avec accès santé, les LAS ?
J. B : Nous en proposons actuellement dix, notamment en sciences de la vie, droit, économie-gestion, lettres ou psychologie. Mais toutes ne présentent pas les mêmes difficultés. La LAS droit, par exemple, est particulièrement exigeante. Les étudiants qui souhaitent rejoindre les études de santé doivent assumer une charge de travail très importante en droit. D’autres parcours, notamment en sciences de la vie, psychologie ou économie-gestion , présentent une articulation plus naturelle avec les études de santé. Nous devons rester attentifs à ces différences.
LA RÉUSSITE ÉTUDIANTE AU CŒUR DE LA STRATÉGIE
O. R : Vous avez placé cette rentrée sous le signe de la réussite étudiante. Comment cela se traduit-il concrètement ?
J. B : Notre plan stratégique comprend neuf grands chantiers, mais nous avons effectivement choisi de mettre l’accent sur la réussite étudiante à cette rentrée. Nous travaillons depuis trois ans sur le pilotage de notre offre de formation, avec un objectif : mieux répondre aux besoins du territoire et favoriser l’employabilité de nos étudiants.
O. R : Votre priorité est donc de lutter contre l’échec en première année de licence ?
J. B : C’est un enjeu majeur. Mais la réussite ne se limite pas à l’obtention d’un diplôme. Nous voulons que chaque étudiant puisse construire un parcours cohérent avec son projet professionnel et acquérir les compétences nécessaires pour s’insérer durablement dans la vie active.
O. R : Vous insistez beaucoup sur la flexibilité des parcours. Pourquoi ?
J. B : Nous développons depuis plusieurs années une organisation associant majeures et mineures, avec des compétences transversales intégrées aux formations. L’objectif est que les étudiants disposent d’une culture dépassant leur seule spécialité. Les métiers évoluent et les parcours professionnels ne sont plus linéaires. Nous devons les préparer à cette adaptabilité.
O. R : Votre plan stratégique prévoit que 100 % des formations intègrent des modules sur les grands enjeux contemporains. Voulez-vous former des citoyens autant que des professionnels ?
J. B : Nous voulons former des citoyens éclairés, capables de comprendre les grands enjeux de société et de développer un regard critique sur l’information. Depuis 2020, nous encourageons fortement l’engagement citoyen, notamment grâce à une plateforme proposant des missions qui peuvent être valorisées dans les cursus.
Elles peuvent prendre des formes très différentes : travailler dans une ONG, nettoyer une plage, accompagner des jeunes en difficulté scolaire. L’essentiel est que les étudiants comprennent qu’ils peuvent mettre leurs compétences et leur énergie au service de la société.
O. R : Les jeunes générations semblent pourtant beaucoup plus inquiètes pour leur avenir que leurs aînées. Le ressentez-vous ?
J. B : Les jeunes sont incontestablement plus anxieux que nous ne l’étions à leur âge. Nous ne nous posions pas les mêmes questions. Mais je les trouve aussi beaucoup plus engagés dans la société, notamment sur les questions environnementales et humanitaires. Ils ont besoin de donner du sens à leurs études et à leurs actions.
Nous formons de nombreux étudiants à l’entrepreneuriat et une part très importante de leurs projets, probablement plus de la moitié, concerne les grands défis sociétaux, notamment environnementaux. Leur inquiétude pour l’avenir s’accompagne donc d’une véritable volonté d’agir.
SANTÉ MENTALE : « UNE VIE ÉTUDIANTE RICHE EST UN FACTEUR DE RÉUSSITE »
O. R : La santé mentale des étudiants est devenue une préoccupation majeure. Quelle place occupe-t-elle dans votre stratégie ?
J. B : Nous nous sommes engagés dans une démarche d’université promotrice de santé, qui concerne aussi bien la santé physique que mentale. Depuis la crise du Covid, ces difficultés sont beaucoup plus visibles et les étudiants expriment davantage leur besoin de soutien. Nous devons répondre à toutes les dimensions de leur santé.
Nous disposons naturellement de services de santé. Mais nous considérons aussi qu’une vie étudiante riche, sur les plans culturel, sportif et associatif, contribue à prévenir certaines difficultés. L’isolement joue un rôle important dans les problèmes de santé mentale. Favoriser les rencontres et la vie collective est donc essentiel.
O. R : La précarité étudiante est également un sujet majeur…
J. B : Un étudiant qui peine à se loger ou à se nourrir subit évidemment des conséquences physiques, mais aussi psychologiques. Le logement est une problématique majeure sur notre territoire. Nous travaillons avec les collectivités et nos partenaires pour apporter des réponses à ces difficultés qui compromettent directement la réussite des études.
O. R : Vous misez aussi sur l’entraide entre étudiants, entre pairs. Est-elle plus efficace qu’une intervention institutionnelle ?
J. B : Nous avons développé des dressings et des réfrigérateurs solidaires, gérés notamment par les bureaux des étudiants. Cette implication est essentielle. Nous pouvons proposer des dispositifs et des opportunités, mais ce sont les jeunes eux-mêmes qui les font vivre. Les activités culturelles et sportives jouent également ce rôle de création de liens.
UNE UNIVERSITÉ AU SERVICE DE SON TERRITOIRE
O. R : Votre plan stratégique met beaucoup en avant l’innovation et la transformation du territoire. Cela signifie-t-il aider à créer davantage de start-up ?
J. B : L’innovation ne se résume pas aux start-up. Notre ambition est que l’université participe pleinement au développement économique de son territoire. Nous travaillons avec les réseaux d’entreprises, développons l’apprentissage, l’alternance et les interventions de professionnels dans nos formations. Nous voulons renforcer les interactions entre le monde académique et le monde économique.
Nous avons la chance de disposer d’une technopole particulièrement dynamique avec Sophia Antipolis, très demandeuse de collaborations avec nos étudiants et nos chercheurs. Nous développons également des chaires partenariales financées par le mécénat d’entreprises et de collectivités. C’est une autre manière de soutenir l’innovation et de renforcer notre impact territorial.
O. R : Dix ans après l’obtention de l’Idex, qu’apporte-t-il encore à Université Côte d’Azur ?
J. B : L’Idex reste un formidable catalyseur de projets. Il nous permet de continuer à innover et à développer de nouvelles initiatives, notamment avec les acteurs du territoire. Nous l’avons toujours considéré comme une forme d’incubateur, un outil pour expérimenter et faire émerger de nouvelles collaborations.
Il a permis une transformation structurelle majeure. Nous n’avons plus de facultés : notre organisation repose sur des écoles universitaires de recherche. Mais il a aussi changé nos relations avec l’écosystème. Nous travaillons désormais beaucoup plus étroitement avec les entreprises, les organismes de recherche et les collectivités. La perception de notre université a profondément évolué.
FINANCES : « NOUS PUISONS CHAQUE ANNÉE DANS NOTRE FONDS DE ROULEMENT »
O. R : Comme beaucoup d’universités, vous êtes confrontés à des difficultés financières. Quelle est aujourd’hui votre situation ?
J. B : Jusqu’en 2022, nous parvenions à équilibrer notre budget sur notre dotation de fonctionnement. Depuis, l’augmentation du coût de l’énergie, les revalorisations du point d’indice et différentes mesures non compensées ont profondément dégradé notre situation. Chaque année, nous devons puiser dans notre fonds de roulement pour équilibrer nos comptes.
Nos indicateurs financiers classiques ne sont pas encore dans le rouge. Nous avons bénéficié de nombreux succès aux appels à projets, ce qui nous permet de conserver une trésorerie relativement confortable. Mais ces fonds sont fléchés vers des opérations précises. Nous voyons clairement que notre trajectoire nous conduit vers des difficultés à court ou moyen terme.
O. R : Votre université est-elle particulièrement sous-dotée ?
J. B : Nous avons demandé il y a deux ans un rapport flash de l’Inspection générale. Il en ressort que notre dotation par étudiant est inférieure d’environ 25 % à celle des autres universités Idex. C’est considérable et cela complique évidemment notre situation.
O. R : Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace entend-il vos difficultés ?
J. B : Nous sommes écoutés, mais le soutien reste relativement faible. Depuis 2022, nous avons absorbé environ 12 millions d’euros de surcoûts par an. Dans le même temps, notre contrat d’objectifs, de moyens et de performance prévoit un total de 12 millions d’euros sur cinq ans. Le décalage entre nos besoins et les moyens accordés est donc très important.
L’EUROPE ET LA DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE COMME PRIORITÉS
O. R : L’international constitue un autre axe fort de votre stratégie. Quelles sont vos priorités ?
J. B : Nous avons fait de l’Europe une priorité stratégique depuis près de dix ans. Nous avons notamment créé une cellule Europe mutualisée, qui accompagne l’ensemble des porteurs de projets du site. Les résultats sont significatifs : notre taux de réussite aux appels ERC (European Research Program) est passé de 15 % à 35 %, soit un niveau largement supérieur à la moyenne nationale.
O. R : Où en est votre alliance universitaire européenne, Ulysseus ?
J. B : Nous travaillons actuellement à sa troisième phase. L’alliance constitue une dimension importante de notre stratégie internationale. Mais des incertitudes subsistent, notamment sur la configuration du futur budget européen. Nous restons néanmoins pleinement engagés dans cette démarche.
O R : Cherchez-vous également à multiplier les partenariats hors d’Europe ?
J. B : Notre stratégie n’a jamais consisté à accumuler les accords. Nous préférons disposer d’un nombre limité de partenaires privilégiés, avec lesquels nous construisons des collaborations profondes, notamment autour de laboratoires ou de chaires communes. Nous renforçons actuellement nos relations institutionnelles avec le Japon.
Nous disposons également de collaborations très dynamiques avec l’Inde, notamment à travers les campus franco-indiens, avec New Delhi et Bangalore. Nous avons accueilli l’an dernier une délégation indienne à Nice. Ce partenariat constitue un axe important de notre développement international.
O. R : Vous accordez aussi une importance particulière à la diplomatie scientifique.
J. B : C’est un sujet sur lequel nous travaillons depuis longtemps et qui prend aujourd’hui une place croissante. Nous sommes très actifs dans ce domaine, notamment à travers les grandes rencontres internationales. Nous assurons également le secrétariat de U7+, l’alliance internationale d’universités de recherche associée à la dynamique du G7.
RECHERCHE : « NOUS SOMMES EN TRAIN DE DÉCROCHER »
O. R : Le dernier rapport de l’Observatoire des sciences et techniques du Hcéres montre un recul préoccupant de la recherche française. Partagez-vous ce constat ?
J. B : Nous faisons régulièrement ce constat entre présidents d’université : la France est en train de décrocher. Nous bénéficions encore d’une histoire scientifique prestigieuse et de compétences reconnues qui nous permettent de rester visibles. Mais les résultats scientifiques montrent déjà un décrochage.
Nous avons encore la chance de compter des scientifiques de très haut niveau, comme l’illustre l’obtention récente d’un prix Nobel de chimie par un Français. Mais je ne suis pas certain que, dans cinquante ans, nous aurons encore des prix Nobel français si nous poursuivons la politique actuelle de sous-investissement.
O. R : Comment expliquer cette situation ? Est-ce uniquement une question de moyens, de pourcentage insuffisant du PIB consacré à la recherche ?
J. B : Les moyens sont évidemment essentiels mais il existe aussi, selon moi, une méconnaissance profonde de la recherche par une grande partie de nos responsables politiques. Ils ne savent pas véritablement ce qui se passe dans nos laboratoires. Lorsque nous leur présentons nos travaux, ils sont souvent impressionnés. Mais cela ne suffit pas à provoquer les investissements nécessaires.
O. R : Ressentez-vous un manque de confiance de l’État envers les scientifiques ?
J. B : Je pense surtout que les personnes qui nous gouvernent connaissent mal nos activités. Il faut d’ailleurs considérer ensemble universités et organismes nationaux de recherche : nous travaillons dans les mêmes laboratoires. Le manque d’investissement dans l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation nous conduit nécessairement vers un déclassement.
O. R : Comment la France pourrait-elle retrouver sa place ?
J. B : Nous avons encore un potentiel scientifique remarquable et des chercheurs capables de travailler sur des sujets de pointe avec très peu de moyens. Comme on dit toujours « quand on n’a pas d’argent, on est intelligent », mais là on va devoir être vraiment très très intelligent parce qu’on a vraiment pas du tout d’argent !
O. R : Quels domaines vous paraissent particulièrement stratégiques ?
J. B : L’intelligence artificielle, bien sûr, mais aussi les technologies quantiques et toutes les disciplines susceptibles de provoquer les grandes ruptures scientifiques et technologiques de demain. Nous sommes encore présents dans ces domaines. La question est de savoir si nous le serons toujours lorsque nos voisins auront investi beaucoup plus massivement.
O. R : On évoque toujours la concurrence des pays asiatiques pour expliquer le déclin de la France mais l’étude de l’OST montre que de pays européens, comme l’Espagne ou l’Italie, sont également en train de nous doubler !
J. B : Plusieurs de nos voisins ont fait de l’enseignement supérieur et de la recherche une priorité politique. Ils investissent davantage dans leur jeunesse et leurs universités. Pourtant, ces investissements sont directement liés à la souveraineté et à la compétitivité de nos pays.
O. R : Vous travaillez beaucoup avec l’Inde. La progression de ses capacités scientifiques vous impressionne-t-elle ?
J. B : Lorsque nous visitons les laboratoires de Bangalore, nous découvrons des moyens et des conditions de travail dont nous rêverions en France. Les investissements sont considérables et les chercheurs indiens sont excellents.
ATTRACTIVITÉ INTERNATIONALE : L’ATOUT DE L’IDEX, LE HANDICAP DU LOGEMENT
O. R : Dans ce contexte, les universités françaises peuvent-elles encore attirer des chercheurs internationaux de haut niveau ?
J. B : Nous le pouvons encore, notamment grâce aux financements de l’Idex. Ils nous permettent de financer une politique d’attractivité, avec des packages d’accueil pour les chercheurs et des appels à projets destinés aux doctorants et postdoctorants internationaux. Sans ces ressources, notre capacité à attirer les talents serait beaucoup plus limitée.
Les fonds Idex ou I-SITE constituent un avantage considérable. Ils permettent de proposer aux chercheurs un environnement de travail et des moyens pour développer leurs projets. Les établissements qui ne bénéficient pas de ces dispositifs rencontrent des difficultés beaucoup plus importantes pour attirer des talents internationaux.
O. R : La Côte d’Azur bénéficie pourtant d’un cadre de vie exceptionnel. N’est-ce pas un argument décisif ?
J. B : C’est un atout incontestable, avec un environnement scientifique et technologique très riche, notamment autour de Sophia Antipolis. Mais nous rencontrons deux difficultés majeures : le logement et les mobilités. Pour accueillir un chercheur étranger avec sa famille, il faut aujourd’hui disposer de moyens considérables.
O. R : Le prix de l’immobilier est donc un obstacle majeur.
J. B : Les prix de l’immobilier sont parfois identiques, voire supérieurs à ceux de Paris. C’est un véritable problème pour les universités comme pour les entreprises de la région. Nous risquons de ne plus pouvoir accueillir les personnes dont notre territoire a besoin pour poursuivre son développement.
La situation est encore plus difficile pour les étudiants. Certains logements sont proposés en location saisonnière entre la fin mai et le début octobre, puis reviennent sur le marché étudiant à des tarifs souvent supérieurs à 1 000 euros par mois. Cela représente un obstacle considérable pour de nombreux jeunes.
TRANSITION ÉCOLOGIQUE : DES CAMPUS MOINS ÉNERGIVORES
O. R : Vous avez également engagé une transformation énergétique importante de vos campus. Quelle est votre ambition ?
J. B : Depuis 2021, nous travaillons à sortir des énergies fossiles et avons lancé un vaste programme de rénovation de nos campus. Nous développons notamment les panneaux solaires, la géothermie et les boucles de chaleur. Notre objectif est de réduire fortement notre consommation énergétique tout en développant notre propre production.
Nous avons été parmi les premiers à mettre en place une boucle d’autoconsommation permettant d’utiliser l’électricité produite sur certains campus pour alimenter d’autres sites. C’est une démarche particulièrement intéressante, qui nous a déjà permis de réduire de près de 60 % la facture d’électricité sur certains campus.
O. R : Votre mandat doit s’achever en 2027. Resterez-vous jusqu’à son terme ?
J. B : Mon mandat s’achève officiellement à la fin de l’année 2027, mais je quitterai mes fonctions à la fin du mois d’août 2027. Je serai ainsi allé au bout de mon engagement à la tête de l’université.