«Nous faisons le constat partagé avec toutes les forces politiques du sous-investissement dans l’université française», rappelle Christine Neau-Leduc, présidente de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en amont de sa conférence de presse annuelle, néanmoins satisfaite de voir que le MESRE investit 500 millions d’euros de plus dans l’enseignement supérieur et la recherche en 2027 : Il faut pouvoir le dire aussi quand nous sommes satisfaits alors qu’on sait combien les ressource sont contraintes ». Oui mais la montée des effectifs – 1 000 étudiants de plus en cette rentrée – complique encore la donne.
Des ressources plus que jamais contraintes. Après près de 14 millions d’euros d’économies en 2025 dans les unités de recherche, les écoles doctorales, le fonctionnement interne et surtout les investissements immobiliers l’effort se poursuit en 2026, avec encore 6,5 à 7 millions d’euros d’économies.. «La situation du fonds de roulement reste particulièrement contrainte et la trésorerie se dégrade, même si elle demeure pour le moment au-dessus du ratio ministériel. Une partie des disponibilités est par ailleurs affectée à des projets et ne peut donc pas être librement mobilisée», spécifie la présidente.
Cette année l’université a également réussi à augmenter ses ressources propres de plus de 4,5 millions d’euros et souhaite faire évoluer son offre de formation continue. L’objectif est de proposer à la fois davantage de formations sur mesure et de programmes déjà structurés, en s’appuyant plus directement sur les expertises disciplinaires de l’université.
Enfin Paris 1 a confirmé l’application des droits d’inscription différenciés pour les étudiants extracommunautaires. L’établissement les avait longtemps exonérés partiellement, mais sa situation budgétaire l’a «conduit à revoir sa politique». L’université maintient toutefois plusieurs mécanismes d’exonération, notamment pour certains pays, les étudiants déjà engagés dans un cycle et les situations individuelles examinées en commission.
L’évolution des effectifs de personnels. Alors que 20 et 30% des effectifs de l’université pourraient partir à la retraite dans les cinq à dix prochaines années, Christine Neau-Leduc s’engage plutôt à «rétablir des postes d’enseignants-chercheurs alors qu’il y longtemps que ce sont seulement la moitié des postes qui sont remplacés et que les effectifs augmentent encore en Ile-de-France». Pendant plusieurs années, seule la moitié environ des postes disponibles a été publiée. Après une remontée autour de 66% en 2022 et 2023, la proportion serait redescendue à environ 45% cette année pour les enseignants et enseignants-chercheurs. Or Paris 1 continue parallèlement à subir une forte pression sur ses capacités d’accueil. A ce jour, l’université compte déjà plus de 1 000 inscriptions supplémentaires par rapport à la même période de l’année précédente.
Le nouveau site de la porte de La Chapelle. Implantée en tout sur 115 000 m2 Paris 1 Panthéon-Sorbonne reçoit cette année ses premières cohortes pleines sur son nouveau site de la porte de La Chapelle. 3 500 étudiants essentiellement en licence 1 et 2 mais aussi quelques une en master dans toutes les disciplines des SHS. «Cela change totalement la sociologie du quartier alors que nous avons des accords de travail avec l’Adidas Arena toute proche», signale Florian Michel, vice-président en charge de l’immobilier. Le centre Tolbiac est quant à lui rénové et végétalisé.
Renforcer les liens entre recherche et société. Le «campus des élus», qui démarre cette année, proposera des formations continues aux élus locaux, notamment grâce à une convention signée avec l’Association des maires ruraux de France L’objectif ne se limite pas à dispenser des cours. Les formations pourront déboucher sur des collaborations scientifiques : évaluation de politiques publiques locales, production de «policy briefs» ou encore thèses CIFRE menées avec des collectivités. Paris 1 souhaite notamment toucher les communes rurales disposant de peu de moyens techniques et administratifs.
Cette volonté d’ouverture se retrouve dans l’exposition «La science face aux attentats», présentée au centre La Chapelle jusqu’au 13 novembre. Elle s’inscrit dans le prolongement du programme de recherche «13-Novembre», conduit pendant douze ans avec le CNRS et l’Inserm à partir de plus de 1 000 témoignages. «Très prochainement nous organisons une journée d’étude sur les attentats du 11 septembre et du 13 novembre pour faire dialoguer victimes et associations», explique Cécile Faliès, vice-présidente chargée de la recherche de l’université.
Des IA dans les SHS. Le Collège des IA de Paris 1 est ouvert après sélection à tous les étudiants en L2 et L3 pour donner des compétences en IA en 200 heures. «Il débouchera sur un DU mais aussi sur une plateforme ouverte à tous nos étudiants», spécifie la présidente pour laquelle «interdire l’IA n’a pas de sens quand une grande partie des étudiants utilise déjà ces outils, parfois depuis le lycée. L’enjeu est donc désormais de repenser les méthodes pédagogiques, les modalités d’évaluation et la valeur ajoutée spécifique de la formation universitaire». Christine Neau-Leduc voit même dans cette transformation «une chance pour les sciences humaines et sociales », appelées selon elle à «jouer un rôle central dans les débats sur l’esprit critique, la démocratie, l’information et la désinformation».
L’année des alumni et des dons. Fin juin 2026 s’est ouverte une plateforme destinée aux alumni de Paris 1 qui compte déjà 10 000 inscrits. «Nous allons organiser des événements destinés aux alumni avec l’université du Caire, qui est notre partenaire depuis longtemps, et à Paris pour présenter les services que nous apportons et fédérer notre communauté», commente la présidente qui veut que ses alumni «soutiennent l’université dans la société comme le font ceux des Grandes écoles».
Cette politique alumni doit également nourrir la stratégie de levée de fonds. Créée en 2019, la Fondation Panthéon-Sorbonne doit désormais accélérer ses campagnes de mécénat. Un premier axe concernera des bourses d’excellence destinées à des étudiants extracommunautaires. L’université souhaite notamment permettre à des étudiants internationaux à fort potentiel d’accéder à certains masters grâce à des financements privés. Le deuxième enjeu est immobilier. «À force de sous-investissement, on va arriver dans le mur, et on y va en klaxonnant», prévient la présidente jamais en retard d’une métaphore. Au-delà de l’entretien courant, les bâtiments doivent aussi être adaptés aux nouvelles contraintes climatiques, notamment à la chaleur.
Des dons ont déjà permis de financer la rénovation d’un amphithéâtre du centre Saint-Charles et l’achat de matériel pour les formations en cinéma. La Fondation avait par ailleurs bénéficié lors de sa création de contributions de 900 000 euros de chacun de ses deux partenaires fondateurs. Les 150 ans de la bibliothèque Cujas doivent notamment servir de support à une nouvelle campagne de mécénat.