Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) vient de publier deux guides d’évaluation, l’un portant sur les établissements de l’enseignement supérieur privé, l’autre sur les formations qu’ils dispensent.
Ils étaient attendus ! Deux guides d’évaluation à destination des établissements de l’enseignement supérieur privé visant une qualification ou son renouvellement sont désormais disponibles. Leur objectif : faciliter la préparation, l’organisation et la mise en œuvre de l’évaluation. Il s’agit ici de créer un cadre propice à l’analyse réflexive, soutenir l’amélioration continue et fournir une assurance raisonnable de cohérence dans le déploiement de la stratégie et la gouvernance mais aussi garantir la poursuite des objectifs et missions du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’évaluation, basée sur un dialogue entre pairs, repose sur sept dimensions couvrant la stratégie et le positionnement institutionnel, la gouvernance (incluant la non-lucrativité), le pilotage de l’offre de formation, la politique de recherche, la promotion sociale et l’insertion professionnelle, la diffusion de la culture humaniste, et la coopération internationale. La procédure se déroule sur douze mois : dialogue stratégique initial, dépôt d’une autoévaluation de 30 pages maximum, visite sur site par un comité d’experts puis publication d’un rapport public assorti de recommandations.
Évaluation des formations
Le second guide cible l’évaluation des formations individuelles (licences, masters, grades, visas) au sein des établissements privés. Chaque formation est analysée selon quatre dimensions principales : pertinence dans l’offre globale, qualité académique du programme (maquette, équipe pédagogique, adossement à la recherche), réussite et insertion professionnelle des étudiants, et internationalisation du parcours. Si l’établissement n’est pas évalué par le Hcéres en parallèle, trois dimensions supplémentaires sur la stratégie, la gouvernance et le pilotage de l’offre sont également exigées. L’évaluation menée par un comité d’experts indépendants s’appuie sur l’autoévaluation et sur une série d’entretiens organisés pendant la visite sur site. Le comité produit alors un rapport assorti de recommandations.
Principes fondateurs
Les deux démarches reposent sur les mêmes principes fondateurs que sont l’indépendance, l’objectivité, la transparence et l’amélioration continue, et s’inscrivent dans les Standards européens pour l’assurance qualité (ESG). Dans les deux cas, le comité d’experts inclut obligatoirement un pair du champ concerné, un étudiant et un représentant du monde socio-économique ; les rapports sont rendus publics sur le site du Hcéres. Les deux guides insistent sur l’intégration des enjeux liés à l’IA comme critère transversal d’évaluation, tant au niveau stratégique que pédagogique.
Les étudiants invisibles
Ces guides sont édités au moment où les chercheurs Mathias d’Aquino (Sciences Po Bordeaux) et Julien Jacqmin (Neoma Bs) viennent de publier The invisible students: tracking the boom of for-profit higher education enrolment in France. Selon eux, de nombreux étudiants « invisibles » ne figurent pas dans les statistiques officielles. Cet article aborde trois questions : comment et pourquoi les inscriptions dans l’enseignement supérieur à but lucratif ont-elles augmenté si rapidement, en particulier après la réforme de l’apprentissage de 2018, pourquoi les estimations existantes de la taille du secteur varient-elles autant et quel est le chiffre le plus fiable ? Un article qui fait écho à celui de University World News dans lequel les deux chercheurs exposent notamment que sans données fiables sur le profil des étudiants, leur réussite et leur insertion professionnelle, il est impossible de juger sérieusement la qualité de ces formations. Ce manque de transparence soulève, selon eux, une question fondamentale : la loi sur l’apprentissage a-t-elle servi les étudiants ou créé un marché financé par l’argent public ?