Dans un an elle fêtera ses 20 ans, première école universitaire de France triplement accréditée, l’EM Strasbourg a bien remonté la pente depuis deux ans. Son directeur général, Babak Mehmanpazir, dresse un bilan de mi-mandat et tracé les grandes lignes d’une stratégie assumée : privilégier la qualité plutôt que la course au volume.
Composante de l’université de Strasbourg, avec un conseil d’école et une gouvernance propre, l’EM Strasbourg appartient aussi aux réseaux des grandes écoles et aux conférences nationales du secteur. « Notre double identité c’est d’être établissement public à but non lucratif, mais doté des mêmes standards que les business schools privées (accréditations internationales, exigence académique, présence dans les classements) », remarque Babak Mehmanpazir. Une position qui lui permet de proposer des frais de scolarité plus modérés que la plupart des écoles de management, tout en bénéficiant des moyens structurels de l’université (bâtiments, charges, une partie des personnels). En retour, l’école contribue financièrement à l’université – aux alentours de deux millions d’euros par an – et s’inscrit dans sa stratégie de rayonnement, notamment en capitalisant sur la notoriété des classements internationaux de l’université de Strasbourg.
Recrutement : trajectoire positive et choix de la qualité. Côté recrutements, l’EM Strasbourg revendique une dynamique « rassurante ». Le nouveau programme post-bac, lancé récemment, a rempli ses 100 places via le concours SESAME, avec une progression du nombre d’étudiants et une montée en gamme des profils. Le Programme Grande École « renforce quant à lui son attractivité auprès des classes préparatoires, avec un nombre croissant de préparationnaires séduits par le positionnement de l’école ». «La ligne est claire : pas de fuite en avant. L’objectif n’est pas de doubler les effectifs, mais de se stabiliser autour de 3 000–3 300 étudiants, en misant sur une croissance “qualitative” plutôt que sur la course aux volumes et à la hausse des frais de scolarité », explique le directeur général.
L’apprentissage connaît quant à lui une forte hausse, dans un contexte où beaucoup d’établissements s’interrogent sur la soutenabilité du modèle. L’EM Strasbourg a ouvert l’alternance dans plusieurs programmes (Bachelor, expertise comptable, masters) et revendique plusieurs centaines de contrats, dont une majorité dans la région Grand Est, sans se limiter à un recrutement “ultra-local”. L’école y voit à la fois une « réponse aux besoins des entreprises et un levier de modèle économique plus solide ».

Une pédagogie centrée sur l’expérience et l’engagement. Sur le plan académique, l’EM Strasbourg assume une orientation forte vers l’apprentissage par l’expérience. Le Programme Grande École est structuré comme un parcours entrepreneurial : idéation, incubation, puis accélération du projet professionnel. Stages, international, projets collectifs et spécialisations permettent aux étudiants de tester, affiner et concrétiser leurs choix.
« La notion d’engagement est mise au centre du discours : engagement de l’étudiant envers lui-même (effort, persévérance), envers l’école (participation à la vie associative, projets) et engagement de l’institution à offrir un accompagnement réel (feedback, suivi individualisé, proximité) », explique Charlotte Massa, la directrice des programmes. L’école développe des dispositifs transversaux, comme de grands cas pédagogiques pluridisciplinaires et un nouveau parcours “Team Lab” en Bachelor, où 25 étudiants apprennent essentiellement via un projet collectif accompagné par des coachs, avec accès aux mêmes contenus que leurs camarades mais dans un format radicalement différent.
Expérience étudiante, inclusion et santé mentale. Une direction dédiée à l’expérience étudiante a été créée pour piloter l’ensemble du “parcours de vie” à l’école, de la candidature à l’entrée dans le réseau alumni. L’EM Strasbourg insiste sur son rôle de service public : modulation des frais, bourses sociales et d’excellence, campagnes de dons via les alumni, partenariats avec des entreprises pour financer des bourses.
« L’accompagnement passe par du mentoring entre pairs, du mentoring par les diplômés, un suivi spécifique des étudiants internationaux et des dispositifs de soutien en cas de difficultés psychologiques. L’école veut aussi mieux reconnaître les compétences transversales acquises en dehors des cours (associatif, engagement citoyen, bénévolat) via des badges numériques venant compléter le diplôme », détaille Delphine Therelle-Stein, la directrice de l’expérience étudiante/
Entrepreneuriat et ancrage rhénan comme marque de fabrique. Enfin, l’école met en avant son centre entrepreneurial et son ancrage dans le bassin rhénan. Elle développe un diplôme universitaire d’entrepreneuriat à destination de jeunes éloignés de l’enseignement supérieur, en lien avec des associations de quartier. Elle travaille aussi avec la société de transfert de technologie de l’université pour aider des chercheurs à transformer leurs innovations en projets de marché, en mobilisant des étudiants sur les études de marché et les business plans.
Pour son directeur général comme pour son président, Christian Buchel, c’est cette combinaison – école publique, grande école reconnue, connectée aux entreprises et au territoire, tournée vers l’expérience et l’entrepreneuriat – qui doit « permettre à l’EM Strasbourg de s’affirmer durablement dans le paysage français et européen des business schools ».