Étude IESF : le chômage des jeunes ingénieurs en hausse alors que nous allons bientôt manquer d’ingénieurs

Enquête annuelle Ingénieur et scientifiques de France (IESF)

by Olivier Rollot

En 2025 les embauches d’ingénieurs ont bondi à 138 700 – dont environ 50 000 jeunes diplômés – en hausse de 11,2% par rapport à 2024. Pour autant le chômage des jeunes ingénieurs augmente. Dans son enquête annuelle Ingénieur et scientifiques de France (IESF) alerte également sur une courbe des départs à la retraite qui va rapidement obérer les capacités des entreprises françaises à se développer.

Des recrutements en hausse, mais une insertion plus difficile pour les jeunes. Après une année 2024 marquée par un recul de 16,7 %, les recrutements d’ingénieurs ont rebondi de 11,2 % en 2025, passant de 124 744 à 138 700 embauches. Un niveau qui reste néanmoins inférieur aux quelque 150 000 recrutements enregistrés en 2023. L’énergie, les activités tertiaires et le conseil figurent parmi les secteurs les plus dynamiques.

Gros bémol : une insertion plus difficile rencontrés par certains jeunes diplômés. Environ 80% des jeunes ingénieurs trouveraient néanmoins un emploi dans les trois premiers mois suivant leur diplôme mais 10,3% des 25-29 ans sont en recherche d’emploi soit 4,2 points de plus qu’en 2024.

Le salaire moyen progresse en revanche faiblement, au niveau de l’inflation, à 1,6% avec 67 800€ (+800€ par rapport à 2024). Les 25-29 ans gagnent en médian 33 000€ par an pour 160 000€ chez les 60-64 ans. L’écart reste important entre les hommes et les femmes avec un salaire médian net mensuel de respectivement 4 910€ et 3 840€. « Les femmes choisissent souvent des secteurs moins rémunérateurs, comme agri-agro, quand les hommes vont plus vers la finance », rappelle Marie-Liesse Bizard, présidente de l’Observatoire d’IESF. La féminisation progresse néanmoins. Les femmes représentent désormais 24 % de l’ensemble des ingénieurs, 27 % de ceux en activité et 30 % des jeunes diplômés.

Une pénurie d’ingénieurs à l’horizon 2035 ? Près d’un ingénieur sur quatre partira à la retraite d’ici 10 à 15 ans ! « Il ne s’agit pas d’annoncer mécaniquement une pénurie générale et immédiate, prévient Marie-Liesse Bizard, présidente de l’Obesrvatoire d’IESF. Avec plus de 1,3 million d’ingénieurs, dont plus d’un million en activité, et quelque 50 000 nouveaux diplômés chaque année, la profession affiche une réelle vitalité. Mais plusieurs signaux dessinent « un risque réel de tension durable sur certaines compétences ».

Premier sujet d’inquiétude : les départs à la retraite. Plus de 235 000 ingénieurs ont aujourd’hui entre 50 et 64 ans, soit près du quart des effectifs en activité. Leur départ progressif, avec un pic attendu autour de 2035, pourrait fragiliser certains secteurs industriels. D’autant que les nouveaux diplômés ne s’orientent pas nécessairement vers les métiers les plus recherchés.

Un scénario de réindustrialisation modérée évoqué par les Frédéric Dejean, délégué général d’IESF, nécessiterait environ 40 000 ingénieurs et 60 000 techniciens supplémentaires chaque année : « La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’ingénieurs nous formons, mais si nous disposons des bonnes compétences dans les bons secteurs, sur les bons territoires et au bon moment ».

Autre inquiétude : la transmission des savoir-faire. À peine un ingénieur senior sur quatre déclare préparer sa succession. Le problème relève moins d’une impossibilité matérielle que d’un défaut d’organisation. Des dispositifs de transmission existent, mais restent largement méconnus.

Une profession qui s’ouvre socialement, mais reste dépendante des familles. L’enquête met en évidence une évolution du recrutement social des ingénieurs. Parmi les moins de 30 ans, 36 % ont bénéficié d’une bourse, contre 25 % dans une génération plus âgée évoquée par les intervenants. Le développement de l’apprentissage et de l’alternance contribue lui aussi à diversifier les parcours, tout en facilitant l’entrée dans l’emploi.

Mais l’orientation vers les formations d’ingénieurs demeure fortement influencée par l’environnement familial. Pour 45 % des répondants, les parents ou la famille ont joué un rôle déterminant, contre seulement 17 % pour les enseignants. Le choix personnel est cité par 31 % des ingénieurs.

L’intelligence artificielle utilisée massivement, mais encore insuffisamment maîtrisée. L’intelligence artificielle est désormais présente dans le quotidien professionnel de 74 % des ingénieurs. Un sur quatre l’utilise de façon intensive, notamment quotidienne. « Cette adoption massive ne signifie pourtant pas une confiance aveugle. Les ingénieurs attribuent à l’IA un niveau de confiance d’environ 5,6 sur 10, inférieur à celui qu’ils accordent à leurs propres compétences », interpelle Frédéric Dejean.

Autre résultat surprenant : les ingénieurs les plus âgés perçoivent davantage l’IA comme une opportunité que les moins de 30 ans. Les intervenants avancent l’hypothèse d’une inquiétude plus forte des jeunes concernant l’évolution de leurs emplois : « Paradoxalement, les spécialistes de l’IA figurent aussi parmi ceux qui identifient le plus clairement les risques qu’elle représente pour leur métier ».

 

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