« Nous avons inscrit l’indépendance de l’ISC dans notre plan stratégique »

Jean-Christophe Hauguel, directeur général de l’ISC Paris

by Olivier Rollot

C’est l’une des deux seules écoles indépendantes d’un groupe à Paris : l’ISC Paris revendique une stratégie faite d’indépendance, d’innovations pédagogique set de développement territorial. Entre tensions économiques, internationalisation, nouveaux campus, parcours passion et réforme de l’enseignement supérieur privé, son directeur général, Jean-Christophe Hauguel, détaille la trajectoire de son école.

PARCOURSUP : UNE ANNÉE À LIRE AVEC PRUDENCE

Olivier Rollot : Quel premier bilan tirez-vous de Parcoursup cette année ?
Jean-Christophe Hauguel : À ce stade, nous devons rester très prudents. Nous sommes encore au début de la phase de positionnement des candidats et les tendances ne sont pas significatives. Sur les vœux, nous avons constaté, comme beaucoup d’écoles de commerce et d’ingénieurs, une forme d’évaporation. Les volumes ne sont pas à la hauteur de nos attentes, mais nous avons aussi changé notre présentation sur Parcoursup, avec davantage de lignes et de parcours différenciés. Cela peut créer un effet de dilution mais qui peut être compensée par une meilleure qualification des candidats. Les candidats qui choisissent nos parcours « international », « passion foot », « cavalier » etc. savent davantage pourquoi ils viennent. Ils sont peut-être moins nombreux, mais potentiellement plus motivés. Cela reste à confirmer dans les prochaines étapes.

O. R : Et du côté des classes préparatoires ?

J-C. H : Nous enregistrons une légère baisse des candidatures, autour de 2%, ce qui reste proche du marché. La filière prépa demeure importante pour nous, même si elle ne représente pas notre principal canal de recrutement. Nous visons une vingtaine d’étudiants issus de cette voie. Le sujet, aujourd’hui, tient surtout à l’équilibre économique : avec de faibles volumes, cette filière coûte cher aux écoles.

O. R : Pourquoi maintenir cette voie si elle est peu rentable ?

J-C. H : Parce qu’elle participe à la diversité de l’école et des profils. Mais l’effort est réel. Entre les coûts de concours, de promotion, d’oraux et d’enseignement, nous perdons de l’argent. Nous avons en plus une politique sociale forte, avec une première année facturée 2 500 euros pour les boursiers, qui représentent plus de la moitié des admis par cette filière. Nous voulons tenir cette voie, mais les tensions sur les modèles économiques rendent la question plus sensible.

L’INTERNATIONAL COMME RELAIS DE CROISSANCE

O. R : Les autres marchés compensent-ils ces tensions ?

J-C. H : Sur le Programme Grande École, les admissions parallèles restent dynamiques, en particulier grâce à l’alternance. Certes, l’alternance ralentit, mais la demande demeure forte du côté des étudiants comme des entreprises. Nous devons éviter les excès d’interprétation : lorsque l’alternance progresse, certains pensent que tout passe par elle ; lorsqu’elle ralentit, d’autres estiment qu’elle disparaît. La réalité est plus nuancée.

O. R : Qu’en est-il de vos recrutements à l’international ?

J-C. H : Nous observons une hausse très significative des candidatures internationales, avec de bons profils, notamment venus d’Inde. La France bénéficie actuellement du durcissement de plusieurs destinations historiquement attractives, comme le Canada, les États-Unis ou le Royaume-Uni, où les politiques d’accueil se ferment et les coûts de scolarité deviennent prohibitifs. Nous avons une carte à jouer, à condition que la politique française de visas reste ouverte.

O. R : Quelles sont vos principales zones de recrutement ?

J-C. H : L’Inde, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne constituent nos trois zones fortes. Nous recrutons aussi en Asie, notamment au Vietnam, au Cambodge ou au Laos. La Chine est moins dynamique, car sa politique d’exportation d’étudiants semble moins favorable.

O. R : Paris reste-t-elle plus attractive qu’Orléans pour ces étudiants ?

J-C. H : Paris conserve une attractivité plus forte. Nous proposons pourtant les mêmes programmes à Orléans, avec un campus neuf, une ville dynamique, plus de 20 000 étudiants et une vie étudiante riche. Mais beaucoup d’étudiants internationaux choisissent aussi une ville en fonction de leurs attaches : famille, diaspora, réseau d’accueil. Ces relais sont beaucoup plus présents à Paris.

O. R : Vous développez également un projet en Tunisie.

J-C. H : Nous lançons un Bachelor of Science avec l’Université Tunis Carthage. Les étudiants suivront leur bachelor en Tunisie, avec des cours complémentaires portés par l’ISC Paris, pour obtenir un double diplôme sans avoir à venir en France. La première promotion est en cours de recrutement.

ORLÉANS, LABORATOIRE TERRITORIAL

O. R : Quel bilan faites-vous de votre campus d’Orléans ?

J-C. H : Depuis 2019, nous allons vers notre huitième rentrée à Orléans. Le campus poursuit son développement et accueille environ 400 étudiants, principalement en bachelor et en PGE, avec aussi un troisième cycle mené avec une école de codage. Les parcours cavalier et sport communication créent une dynamique intéressante.

O. R : Le soutien de la métropole a-t-il été déterminant ?

J-C. H : Il a été essentiel. Sans l’investissement de la métropole, le projet orléanais n’aurait pas pu voir le jour pour une école comme l’ISC Paris. Ce soutien financier était encadré dans le temps et arrive désormais à son terme. Nous remercions la métropole pour cet accompagnement décisif.

O. R : Envisagez-vous la création d’autres campus en région ?

J-C. H : Notre plan stratégique prévoit l’ouverture d’un autre campus régional d’ici 2030. Nous avons des discussions avancées avec deux métropoles. Nous cherchons une ville de taille intermédiaire, pas déjà saturée d’écoles de commerce, avec une vraie vie étudiante, des infrastructures, des événements culturels et sportifs. Une implantation ne peut pas se limiter à des locaux disponibles : les étudiants doivent pouvoir vivre pleinement leur expérience.

L’objectif serait une ouverture à la rentrée 2028 ou 2029, selon l’avancement des discussions et les conditions réunies localement.

L’INDÉPENDANCE COMME MARQUEUR STRATÉGIQUE

O. R : L’ISC Paris défend un modèle indépendant. Est-ce un atout ?

J-C. H : C’est devenu une vraie particularité. Beaucoup d’écoles restent dépendantes des CCI, de grands groupes ou de structures de reprise. Nous avons inscrit l’indépendance dans notre plan stratégique, car elle nous donne de l’agilité, de la créativité et la maîtrise de notre trajectoire. Nous avons notre destin entre nos mains, à condition de maintenir un modèle économique solide.

O. R : Comment cette indépendance se traduit-elle concrètement ?

J-C. H : Elle permet d’agir vite. Lorsque nous avons une idée, nous pouvons la mettre en œuvre rapidement. Lorsque quelque chose fonctionne moins bien, nous pouvons nous ajuster. Cela ne rend pas tout simple, mais cela nous aide à retomber sur nos pieds. Nous avons aussi une équipe stable, un comité exécutif installé et une vision claire. Ces facteurs comptent beaucoup.

O. R : La taille de l’école n’est-elle pas un frein ?

J-C. H : Nous comptons environ 2 200 étudiants tous programmes confondus. Certains estiment qu’il faut être très gros pour survivre dans l’enseignement supérieur. Nous essayons de montrer qu’une école de taille intermédiaire peut exister, à condition d’innover en permanence et de rester très attentive à l’expérience étudiante.

LES PARCOURS PASSION, NOUVELLE BRIQUE PÉDAGOGIQUE

O. R : Quelles sont vos principales innovations pédagogiques ?

J-C. H : À la rentrée, nous lançons les « parcours passion » dans le bachelor. L’idée est simple : chaque jeune arrive avec une passion, sportive, culturelle, entrepreneuriale ou autre. Comme les cours sont organisés par demi-journées, nous libérons du temps pour travailler cette passion et l’articuler avec un projet professionnel.

Nous avions déjà expérimenté cette logique avec l’équitation à Orléans et le foot à Paris. Les retours sont très positifs. Nous avons donc décidé d’élargir le modèle à toutes les passions : jeux vidéo, mangas, sport, culture, entrepreneuriat, etc. L’objectif est de montrer que ces univers peuvent aussi devenir des terrains de compétences et parfois des écosystèmes économiques.

Le dispositif est encadré. Il s’inscrit dans notre passeport de l’engagement, qui représente déjà des crédits ECTS. Nous cherchons à relier passion, engagement, compétences et projet professionnel. L’exemple du parcours cavalier est parlant : les étudiants ont organisé un jumping à Orléans, avec plusieurs centaines d’inscrits. Ils ont travaillé la logistique, les inscriptions, les sponsors, la billetterie. C’est extrêmement formateur.

O. R : Les étudiants de l’ISC organisent depuis longtemps le Human Comedy Club. Qu’est-ce que cela leur apporte?

J-C. H : Cela démontre la puissance de l’apprentissage par projet. Les étudiants qui organisent ce type d’événement doivent gérer des artistes, une production, des fournisseurs, des billets, une salle. Ils acquièrent des compétences durables. Forts de ces expériences, nous voulons appliquer cette logique à toutes les passions.

O. R : Vous lancez aussi des Learning Expeditions.

J-C. H : Nous avons signé deux destinations, Rome et Bali. Les étudiants de bachelor et de master pourront y suivre un programme mêlant cours, visites et rencontres avec des entreprises. À l’issue de l’expérience, ils devront soutenir un projet devant un jury international, avec nos partenaires.

RECHERCHE : VERS PLUS D’IMPACT

O. R : Quelle place donnez-vous à la recherche dans cette transformation ?

J-C. H : Nous structurons notre politique de recherche autour d’instituts, notamment Sigma, Digit et Realm. Ces instituts permettent de faire travailler ensemble des professeurs de marketing, finance, ressources humaines ou autres disciplines autour de thématiques communes. Nous voulons éviter les silos disciplinaires.

La recherche fondamentale reste indispensable, mais les critères évoluent. Les accréditations internationales regardent davantage les contributions intellectuelles au sens large : articles, cas pédagogiques, tribunes, interventions, formation continue, impact dans les communautés professionnelles. Nous allons vers une reconnaissance plus large de la contribution des enseignants-chercheurs.

O. R : La pédagogie entre-t-elle aussi dans ces critères ?

J-C. H : De plus en plus. Certaines accréditations demandent désormais que les établissements explicitent leurs critères d’appréciation pédagogique. Cela peut passer par l’évaluation des étudiants, les cas pédagogiques, les manuels, les workshops, la formation continue ou la capacité à transmettre à des publics professionnels. Pour nous, un professeur engagé en formation continue donne souvent un signal fort de qualité pédagogique. C’est aussi le sens de notre HDP « habilitation à déployer la pédagogie » que nous avons décerné à 3 professeurs permanents de l’ISC Paris depuis sa création et qui a vocation à être proposé à tout type d’établissement d’enseignement supérieur.

LA LOI SUR LE PRIVÉ : UN CADRE ENCORE INCERTAIN

O. R : Comment accueillez-vous la loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé, adoptée en première lecture au Sénat ?

J-C. H : Son adoption au Sénat est une étape positive. La balle est désormais dans le camp de l’Assemblée nationale, mais le texte n’est pas encore programmé. Nous espérons un passage à l’agenda à l’automne, probablement en septembre ou octobre, avant que le budget et la présidentielle ne prennent toute la place.

Le risque vient surtout des amendements de dernière minute. Certains peuvent fragiliser les établissements privés de qualité. L’exemple du droit de rétractation est préoccupant. Nous ne pouvons pas gérer une école comme un achat que le client rapporterait plusieurs mois après. Nous engageons des coûts : professeurs permanents, loyers, organisation pédagogique. Des rétractations tardives rendraient les modèles économiques ingérables.

O. R : Vous estimez que les frais de scolarité sont souvent mal compris ?

J-C. H : Il ne faut pas confondre frais de scolarité élevés et hyper-rentabilité. Les établissements privés de qualité ne gagnent généralement pas beaucoup d’argent. Les frais correspondent au coût réel d’une formation exigeante, avec des enseignants, des locaux, des services, des accréditations et de l’accompagnement.

O. R : Faut-il passer par Parcoursup pour toutes les formations ?

J-C. H : Ce serait peut-être une solution de lisibilité. Si toutes les formations devaient passer par Parcoursup, agréées ou non, les familles verraient plus clairement les différences. Nous pouvons encadrer l’accès à certaines activités lorsque la qualité et la sécurité du public sont en jeu. L’enseignement supérieur ne devrait pas échapper à cette exigence.

O. R : Quel regard portez-vous sur la certification Qualiopi ?

J-C. H : Qualiopi joue un rôle, mais ses critères ne sont pas comparables à ceux du Hcéres, de la CTI ou de la CEFDG. Qualiopi vérifie surtout l’existence de preuves et de procédures. Les évaluations académiques regardent les locaux, les professeurs, les syllabus, les évaluations, l’adéquation entre les profils enseignants et les compétences visées. Ce n’est pas le même niveau d’analyse.

O. R : Où en êtes-vous sur vos propres reconnaissances ?

J-C. H : Nous venons d’obtenir un avis favorable pour le renouvellement de notre grade de master pour cinq ans. C’est une première pour l’ISC Paris, qui l’obtenait auparavant pour quatre ans. C’est un signal important pour l’école et pour la stabilité de notre trajectoire. Nous sommes prêts maintenant à décrocher l’ultime accréditation qui nous manque: EQUIS.

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1 commentaire

Mohamed BENALIA 1 juillet 2026 - 12 h 08 min

Merci pour cet entretien très intéressant.
J’apprécie votre réflexion sur l’importance de préserver l’indépendance institutionnelle tout en développant une vision stratégique ambitieuse.
Un point de vue à la fois pertinent et inspirant.

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