Paris Dauphine-PSL dévoile sa feuille de route à l’horizon 2030. Trois priorités structurent sa stratégie : l’innovation, l’internationalisation et les diversités et solidarités. L’établissement entend ainsi conforter sa place dans l’enseignement supérieur tout en accentuant son ouverture sur les grands enjeux économiques, technologiques et sociaux.
L’innovation comme fil conducteur. Dauphine veut d’abord renforcer ce qui constitue l’un de ses marqueurs historiques : le croisement des disciplines. Management, économie, finance, droit, mathématiques, informatique ou sciences sociales doivent davantage dialoguer pour répondre aux transformations en cours.
L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans cette ambition. L’université entend poursuivre sa diffusion dans l’ensemble des formations, tout en refusant qu’elle se substitue aux savoirs fondamentaux. L’objectif est de lutter contre « l’appauvrissement cognitif auquel pourraient conduire ces outils » et de les « utiliser pour compléter et augmenter les capacités d’analyse des étudiants » commente Bruno Bouchard, président de l’université.
Cette orientation s’appuie sur un écosystème déjà structuré : laboratoires de pointe, cluster IA PR[AI]RIE, Institut IA & Société, Institut ACSS ou encore formations hybrides comme la double licence IA et Sciences des Organisations. Dauphine prévoit également de renforcer la littératie IA en licence, d’adapter ses masters aux pratiques professionnelles et de poursuivre le recrutement d’enseignants-chercheurs spécialisés.
Le développement durable constitue l’autre pilier de cette hybridation. Après avoir introduit dès 2020 un enseignement obligatoire sur ces enjeux, l’établissement veut généraliser davantage les modules consacrés à la transition écologique et poursuivre la décarbonation de ses activités.
Une recherche davantage tournée vers les grands défis contemporains. Avec ses sept centres de recherche, dont cinq unités mixtes, Dauphine souhaite « conforter une recherche associant sciences humaines et sociales, mathématiques et informatique ». L’université met en avant ses résultats récents : 75 millions d’euros obtenus pour le cluster IA PR[AI]RIE-PSAI, plusieurs financements européens, une participation croissante aux programmes nationaux et 116 thèses CIFRE depuis 2019.
La stratégie 2030 prévoit de renforcer encore les financements européens, notamment les ERC, et de développer de nouvelles chaires et initiatives de recherche « ancrées dans les enjeux sociétaux actuels et à venir ».
L’entrepreneuriat doit également changer d’échelle. La House of Entrepreneurship a sensibilisé ou accompagné 3 000 personnes en 2024-2025 et l’incubateur a soutenu plus de 300 start-up depuis sa création. Dauphine veut désormais multiplier les espaces de créativité réunissant étudiants, chercheurs, entrepreneurs et alumni.
Des liens resserrés avec le monde socio-économique et le secteur public. L’université entend capitaliser sur ses relations avec les entreprises : 60 grands comptes partenaires, 1 645 étudiants en apprentissage et plus de 4 200 apprenants en formation continue chaque année. Cette proximité contribue, selon l’établissement, à une insertion rapide des diplômés, qui obtiennent leur premier poste en moyenne deux semaines après leur sortie.
Deux nouveaux axes doivent être renforcés. Le premier concerne le secteur public, avec le développement de partenariats avec les administrations, les collectivités et les entreprises publiques. Le second vise à faire davantage entendre la recherche dans le débat public, grâce à un plan « experts-médias » destiné à former les chercheurs à la prise de parole médiatique.
Trois campus internationaux appelés à grandir. L’international constitue le deuxième grand pilier de Dauphine 2030. L’université veut accélérer le développement de ses campus de Tunis, Londres et Dakar.
Tunis accueille déjà plus de 500 étudiants, Londres plus de 250 et Dakar, ouvert en 2025 avec BEM Dakar, propose quatre formations. À l’avenir, l’établissement veut développer la formation continue en Afrique, faire croître les effectifs à Londres et renforcer progressivement les activités de recherche sur ses campus internationaux.
Le campus londonien doit notamment devenir « un acteur académique à part entière de la cité londonienne ». De nouvelles formations y sont prévues à partir de 2027, parallèlement à une extension des locaux.
Dauphine poursuit également une politique de sélection de ses partenariats académiques. Leur nombre est passé de 302 en 2018 à 160 aujourd’hui, répartis dans 35 pays. L’objectif n’est plus de multiplier les accords, mais de se concentrer sur des institutions de premier plan, parmi lesquelles New York University, McGill, Fudan ou Hong Kong University of Science and Technology.
Diversité, solidarité et bien-être étudiant. Très sélective académiquement, Dauphine affirme vouloir maintenir une politique active d’ouverture. Environ 22 % de ses étudiants sont boursiers. L’établissement propose notamment 800 solutions d’hébergement, des aides d’urgence, des bourses de mobilité et la gratuité des frais de scolarité pour certains étudiants aux revenus modestes ou en situation d’exil.
Le programme Égalité des Chances accompagne déjà plus de 850 lycéens dans 43 établissements partenaires. L’université veut doubler ce nombre dans les cinq prochaines années et acquérir une nouvelle résidence étudiante.
Le Programme Exil, de son côté, a accueilli 300 étudiants depuis 2020. Dauphine entend consolider ce dispositif malgré les incertitudes sur ses financements.
Le bien-être étudiant est présenté comme « un facteur essentiel de la réussite ». Santé mentale, handicap, lutte contre les discriminations et amélioration des espaces de travail constituent les principales priorités. En 2026, 290 étudiants en situation de handicap sont accompagnés, soit trois fois plus qu’en 2015.
L’université souhaite aussi permettre aux étudiants de « cultiver leurs talents et leurs passions ». Quelque 45 associations généralistes et 75 associations de filières animent aujourd’hui le campus, tandis que 40 % des étudiants pratiquent une activité sportive. Une nouvelle politique culturelle doit également être structurée.
Fondation et alumni, moteurs de la stratégie. Pour mettre en œuvre ces ambitions, Dauphine mise sur un triptyque réunissant l’université, sa Fondation et Dauphine Alumni.
Depuis 2008, la Fondation soutient l’égalité des chances, la recherche, l’entrepreneuriat et la vie étudiante. Elle finance notamment des chaires, l’incubateur, des logements, des bourses de mobilité et plusieurs dispositifs sociaux.
Dauphine Alumni s’appuie pour sa part sur une communauté de plus de 115 000 diplômés présents dans le monde entier. Mentorat, accompagnement de carrière, clubs professionnels et réseaux internationaux doivent contribuer au rayonnement de l’établissement.
Pour Bruno Bouchard, la feuille de route veut former des étudiants et des apprenants « capables d’agir sur les grands défis de leur temps en combinant excellence académique, proximité avec le monde socio-économique et responsabilité vis-à-vis de la société ».