Luis Vassy tout sourire pose avec ses étudiants (Photo Sciences Po)
« 1 741 étudiants font leur rentrée cette année sur les différents campus de Sciences Po. 95,2% des lycéens reçus ont obtenu une mention très bien au bac et 43,3% les félicitations du jury. Dans la voie CEP le taux de mention très bien monte de sept points pour atteindre les 82,7%. » En introduction à sa conférence de presse de rentre annuelle le directeur de Sciences Po, Luis Vassy, se félicite de l’évolution du recrutement de son institut et d’une « excellente ambiance » . En cette année présidentielle il entend « éviter que l’institut soit instrumentalisé » : « Nous ne sommes pas un lieu de meeting mais on peut venir débattre dans nos murs avec comme règle qu’il y ait une discussion ». Et d’insister : « Tout le monde pourra venir s’exprimer s’il le désire à condition d’être invité par les étudiants et d’accepter nos modalités de débat ».
Un nouveau campus à Bruxelles ? Après un rapport qui lui a été rendu par un comité international, Luis Vassy envisage aujourd’hui la création d’un campus à Bruxelles. « Nous avons des bureaux à Singapour et Pékin mais pas à Bruxelles qui a été contournée avec un débat de fond sur une Europe du Nord qui serait forcément impérialiste », affirme Luis Vassy. Largement soutenue l’implantation va maintenant être « construite peu à peu ».
Vers l’indépendance financière. Alors que poids de l’Etat est aujourd’hui de 29% dans le budget il entend bien assurer de plus en plus son autonomie pour qu’« aucun acteur ne puisse avoir d’influence, notamment financière, sur l’institut ». L’augmentation des coûts de scolarité – 40% du budget – est de son côté bloquée à 1,25% par an pour encore deux ans. Le soutien des collectivités étant en baisse – le département de la Marne l’a supprimé à Reims, la ville de Poitiers entend se désengager en 2028 – Luis Vassy rappelle que leur apport est « important sans être cruciale » tout en se félicitant de la « mise à disposition de bâtiments ».
La réforme du bachelor. Cette année est marquée par la réforme du bachelor avec de nouveaux enseignements (relations internationales, IA, philosophie et théories politiques et Europe) rendus possibles par un allongement de la scolarité de deux semaines qui permet d’instaurer une pré-rentrée.
La procédure d’admission en bachelor évolue. Pour la rentrée prochaine la procédure d’admission évolue à la marge avec la fin de l’examen du contrôle continu dans le « bloc 1 » du dossier au profit des notes des épreuves anticipées du bac. Des notes qui seront prises en compte avec une pondération 60% sur le français écrit, 30% sur les mathématiques et 10% sur le français à l’oral. De même dans le « bloc 2 » ce seront les appréciations des professeurs qui seront examinées plutôt que les notes.
3 nouveaux programmes internationaux. Avec ESCP, Columbia et la Fundação Getulio Vargas – Escola de Administração de Empresas de São Paulo – premier double diplôme en Amérique latine – Sciences Po a créé cette année trois nouveaux double diplômes internationaux. « Avec ESCP nous nous attendons à avoir des candidats de très haut niveau avec la moindre appétence des candidats pour les classes préparatoires », commente Luis Vassy. Les 60 étudiants recrutés cette année pourront ensuite poursuivre leur cursus à ESCP comme à Sciences Po.
De plus en plus d’étudiants internationaux. C’est sans aucun doute le relais de croissance privilégié de Sciences Po. . Les candidatures d’étudiants internationaux ont progressé de 34% cette année en bachelor et 15% en master. Les candidatures d’étudiants américains ont même progressé de 50% et ils détrônent les étudiants allemands comme première nationalité d’étudiants internationaux « Quand vous faite un choix d’étude à l’étranger c’est courageux mais il faut de la prévisibilité. Tout ce qui ressemble à de l’incertitude jette un voile et il y a une réorientation des flux d’étudiant qui nous favorise dans les programmes entièrement anglophones que nous dispensons , analyse le directeur. Mais c’est bien d’avoir retrouvé la troisième place dans le classement QS en sciences politique qui est la première raison de choisir Sciences Po.
Non au GIP Sciences Po. La création d’un groupement d’intérêt des IEP de province sous la marque Sciences Po pose problème : « La création d’un groupe ne s’appelant que « Sciences Po » serait une rupture de notre accord de marque – seul Sciences Po peut s’appeler seulement Sciences Po – ce que nous avons signifié dans un courrier pour manifester notre désaccord ».
L’IA OBLIGE À REPENSER L’ÉVALUATION Face au développement de l’intelligence artificielle générative, Sciences Po exclut plus que jamais une interdiction générale des outils numériques. La direction considère qu’il est illusoire de vouloir empêcher l’usage de l’IA dans les travaux réalisés à domicile, d’autant que les outils censés détecter les productions automatisées sont jugés peu fiables. L’établissement a donc choisi de déplacer le centre de gravité de l’évaluation. Les travaux réalisés en classe et sous supervision doivent représenter au moins 70 % de la note finale, contre 30 % au maximum pour ceux réalisés à domicile. Cette évolution favorise le retour des examens sur table, mais aussi des oraux et d’autres formats permettant de vérifier directement l’autonomie intellectuelle des étudiants. La philosophie affichée est pragmatique : « ce n’est pas la peine de lutter contre l’IA, elle est là », mais les étudiants doivent continuer à maîtriser personnellement les connaissances qu’ils mobilisent.