IAE : nous allons bien, merci !

by Olivier Rollot

A l’occasion de l’agora qu’ils organisent tous les deux ans et qui avait cette année lieu à l’IAE Tours et qui était consacrée au thème « Valeur(s) et Inclusion : quelle ambition pour les écoles universitaires de management ? », les instituts d’administration des entreprises se sont félicités de leur bonne santé tout en traçant des lignes de développement. Avec l’arrivée de l’IAE Reims, le réseau IAE France compte désormais 40 membres.

Des candidatures en forte croissance. Leur attractivité constitue l’un des principaux motifs de satisfaction des IAE. Le volume de candidatures aurait fortement augmenté ces quatre dernières années, passant d’environ 250 000 à plus de 400 000 sur un périmètre d’IAE comparable. Sur Mon Master, à l’échelle du réseau, une progression d’environ 20 % est évoquée, avec des variations importantes selon les mentions et les spécialités. L’IAE Lyon constate par exemple cette année une hausse de 15% des candidatures après 44% en 2025.Sur Parcoursup la hausse atteint les 15% après 35% en 2025 pour ce même IAE. « Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique : la qualité de l’insertion professionnelle, la faiblesse des frais de scolarité, l’ancrage territorial et la lisibilité des diplômes nationaux », analyse la présidente du réseau et directrice générale de l’IAE Lyon, Marie-Christine Chalus

Dans un paysage de l’enseignement supérieur jugé de plus en plus complexe, les IAE veulent apparaître comme « un acteur rassurant ». La licence, le master et le doctorat constituent des repères identifiables pour les étudiants et leurs familles, alors que l’offre privée s’est fortement diversifiée.

Changer d’échelle sans renoncer à son modèle public. L’intégration de l’IAE Reims constitue l’une des principales actualités du réseau. Le projet, porté par la présidence de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, a reçu un avis favorable après évaluation. Il doit permettre au nouvel établissement de gagner en « visibilité, d’attractivité, de rayonnement » et de bénéficier des synergies entre les membres du réseau.

Pour IAE France, ce 40e membre illustre aussi l’intérêt croissant pour un modèle qui se veut à la fois universitaire et professionnalisant avec une priorité que résume ainsi sa présidente et directrice générale de l’IAE Lyon : « Maintenir un haut niveau d’exigence tout en restant ouverts à des étudiants d’origines sociales diverses ». Le réseau revendique ainsi une articulation étroite entre excellence et égalité des chances. « Il faut qu’on maintienne notre niveau d’exigence, il faut qu’on maintienne notre excellence, c’est ça qui fait l’égalité des chances », insiste la présidente. La part de boursiers est estimée à environ 30 % en moyenne dans le réseau.

Marie-Christine Chalus, entourée de gauche à droite de Arnaud Rivière, directeur de l’IAE Tours Val-de-Loire, vice-président en charge de la communication et de la valorisation ; Fabienne Villeseque-Dubus, directrice de l’IAE Perpignan, Trésorière et vice-présidente en charge de la Formation ; Benjamin Dreveton, directeur de l’IAE Poitiers, vice-président en charge des Partenariats ; Christophe Torset, directeur de l’IAE Paris-Est : vice-président en charge de la recherche ; Laurence Macaluso, directrice générale IAE France et Babak Mehmanpazir, directeur de l’EM Strasbourg : vice-président en charge de la politique d’amélioration continue

 Développer une offre nationale de formation continue. Parmi les axes de développement, la formation continue apparaît comme une priorité. La plupart des IAE disposent déjà de certificats et de programmes destinés aux professionnels, mais l’objectif est désormais de mieux mutualiser ces offres. Le réseau va ainsi dresser un état des lieux des formations existantes afin de permettre leur déploiement au-delà de leur établissement d’origine. « Il n’y a pas de raison que cette formation certifiante qui marche dans un IAE ne fonctionne pas dans un autre », résument plusieurs directeurs d’IAE réunis lors de la conférence de presse du réseau.

Cette stratégie répond à un double enjeu : diversifier les recettes des établissements et répondre plus rapidement aux besoins des entreprises. Tous les professionnels n’ont pas nécessairement besoin d’un diplôme complet : certains recherchent avant tout « un appui sur une nouvelle compétence qui vient d’arriver ». Les IAE entendent donc développer une offre certifiante plus agile, centrée sur les nouvelles compétences demandées par les employeurs.

Une alternance qui résiste mieux qu’ailleurs. Dans un contexte national qu’on sait difficile pour l’apprentissage, les IAE affirment avoir globalement résisté à la baisse. La plupart des IAE ont maintenu leurs effectifs, certains enregistrant même une légère progression. « Cette performance s’explique notamment par leur proximité avec les entreprises et les bassins d’emploi. Les IAE sont fortement intégrés à leurs écosystèmes locaux et travaillent avec les PME, les grands groupes, les branches professionnelles, les métropoles ou encore les organisations patronales », résume Marie-Christine Chalus.

La marque IAE gagne en visibilité. Les efforts menés autour de la marque IAE « commencent à produire leurs effets » se réjouit Arnaud Rivière, directeur de l’IAE Tours Val-de-Loire et vice-président en charge de la communication et de la valorisation . Une attention particulière a été portée aux prescripteurs du secondaire : proviseurs, professeurs principaux et enseignants. L’objectif est d’installer davantage les IAE parmi les choix envisagés dès le lycée. « Les réseaux sociaux ont aussi contribué à rebattre les cartes de la communication. Là où certaines écoles privées disposaient historiquement de moyens très supérieurs, les plateformes numériques permettent désormais aux établissements publics de toucher directement les jeunes avec des ressources plus limitées », reprend le vice-président.

Créer une identité commune pour les licences. Après avoir consolidé la visibilité de ses masters, IAE France travaille depuis environ deux ans à la définition d’une identité commune pour ses formations de licence. « Le projet consiste à mieux formaliser ce que les programmes partagent déjà. Environ 90 % des licences concernées reposeraient sur des enseignements en gestion, auxquels s’ajoutent des caractéristiques communes en matière de professionnalisation, d’internationalisation et d’ouverture disciplinaire », détaille Fabienne Villeseque-Dubus, directrice de l’IAE Perpignan et vice-présidente en charge de la Formation.

Il ne s’agit pas encore de créer un nouveau diplôme national, mais de mettre en avant un socle partagé et une architecture plus lisible. Cette future « licence IAE » doit permettre au réseau de mieux se positionner face aux bachelors, aux BUT et aux écoles post-bac.

L’innovation pédagogique et l’IA parmi les nouveaux chantiers. IAE France veut aussi renforcer son rôle dans l’innovation pédagogique. Le réseau s’appuie notamment sur ses séminaires doctoraux et sur une communauté d’environ 200 enseignants-chercheurs mobilisés dans ses travaux.

Le réseau prépare également des initiatives autour de l’entrepreneuriat, associant recherche, étudiants et innovation pédagogique. L’objectif est de croiser réflexion scientifique, challenges de start-up et évolution des méthodes d’enseignement.

L’intelligence artificielle occupe désormais une place croissante dans ces réflexions. Les universités ont déjà commencé à élaborer des chartes et des cadres d’usage, mais les IAE souhaitent aller plus loin, notamment par la formation concrète des enseignants-chercheurs et le partage de pratiques entre établissements.

Défendre les intérêts des IAE auprès des pouvoirs publics. Au-delà de la mutualisation, le réseau entend renforcer sa capacité d’influence. IAE France veut être un interlocuteur identifié des ministères sur les sujets touchant aux écoles universitaires de management. Cette fonction de représentation est jugée d’autant plus importante que les établissements communiquent traditionnellement moins que les écoles privées et disposent de ressources plus limitées pour porter seuls leurs intérêts.

Interrogés sur les difficultés financières des universités, les responsables des IAE ont défendu leur appartenance au service public. « Nous portons les valeurs des universités », ont-ils rappelé, en soulignant l’intérêt pour les étudiants d’évoluer sur des campus pluridisciplinaires aux côtés d’étudiants en droit, médecine, psychologie ou autres disciplines.

Les IAE contribuent aussi aux ressources de leurs universités grâce à l’apprentissage, à la formation continue et à leurs relations avec les entreprises. Dans un contexte budgétaire contraint, ces recettes – qui pourraient atteindre globalement les 100 millions d’euros – représentent une source de souplesse pour les établissements. Le tout alors que les directeurs des IAE sont unanimes pour souligner un « apaisement » dans les relations avec les présidences universitaires et une meilleure reconnaissance de la contribution des IAE à l’attractivité, aux partenariats et au financement des universités.

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