Tous les trois ans depuis 2000, sous l’égide de l’OCDE, l’évaluation internationale PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) évalue les compétences des élèves de 15 ans. En 2025, la culture scientifique est au centre de l’évaluation devant les mathématiques et la compréhension de l’écrit avec une baisse des résultats particulièrement significative dans ces deux dernières évaluations. En 2025, le score de la France en culture mathématique est en baisse de 16 points par rapport à 2022 quand la moyenne de l’OCDE accuse quant à elle une baisse de 9 points ! C’est encore pire en compréhension de l’écrit où le score moyen des élèves français baisse de 18 points entre 2022 et 2025 contre 14 points en moyenne dans les pays de l’OCDE.
Arrivent en tête des classements les collectivités chinoises de Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang, ainsi que Singapour. L’Estonie, la Corée, le Japon, Macao (Chine), le Taipei chinois et le Royaume-Uni figurent également sur la liste des 10 meilleurs systèmes éducatifs. La France se situe quant à elle à la 27ème position des pays de l’OCDE, juste après la Suède et la Slovénie et avant l’Italie et le Portugal. A la 6ème place, l’Estonie occupe la première place des pays européens.
Avec 100 points d’écart de score en culture scientifique, contre 85 points en moyenne dans l’OCDE, la France demeure l’un des pays de l’OCDE où la différence de résultats entre les élèves favorisés et les élèves défavorisés est la plus marquée. Ce constat est le même en compréhension de l’écrit (91 points d’écart, contre 77 points dans l’OCDE) et en culture mathématique (95 points d’écart, contre 83 points dans l’OCDE).
COMMENT PISA EVALUE
Plus de 760 000 élèves de 91 pays et économies du monde entier, représentant en tout environ 33 millions de jeunes de 15 ans, ont participé, en 2025, à l’évaluation PISA.
La culture scientifique. L’enquête PISA définit la culture scientifique comme « la capacité des élèves à mobiliser des connaissances scientifiques pour comprendre le monde naturel et les transformations liées aux activités humaines, évaluer des informations et prendre des décisions éclairées ». L’évaluation porte sur trois grandes compétences scientifiques :
- expliquer des phénomènes de manière scientifique ;
- concevoir et évaluer des dispositifs d’investigation scientifique et interpréter des données scientifiques et des faits de manière critique ;
- rechercher, évaluer et utiliser des informations scientifiques pour éclairer la
- prise de décision et l’action.
Les connaissances évaluées relèvent des systèmes physiques, des systèmes vivants ainsi que des systèmes de la Terre et de l’Univers.
La compréhension de l’écrit. L’enquête PISA définit la compréhension de l’écrit comme le fait de « comprendre, utiliser, évaluer des textes, réfléchir à leur sujet et se les approprier pour atteindre un objectif, développer ses connaissances et ses capacités ainsi que participer à la vie en société ». PISA entend donc évaluer la faculté des élèves à s’adapter aux situations de lecture variées auxquelles ils seront confrontés en tant qu’adulte.
La culture mathématique. L’enquête PISA définit la culture mathématique comme « l’aptitude d’un individu à raisonner de façon mathématique et à formuler, à employer et à interpréter les mathématiques pour résoudre des problèmes dans un éventail de contextes du monde réel ». Les élèves ne sont pas seulement évalués sur des connaissances au sens strict mais sur leur capacité à les mobiliser et à les appliquer dans des situations variées, parfois éloignées de celles rencontrées dans le cadre scolaire.
BAISSE DES RESULTATS EN CULTURE SCIENTIFIQUE
Pas de quoi rasséréner ceux qui rêvent de voir plus de jeunes embrasser une carrière scientifique. Le constat que fait la DEPP dans sa note d’information consacrée aux résultats du PISA 2025 en culture scientifique est sans appel : « En culture scientifique, le score baisse par rapport à 2015 en France comme dans l’OCDE ». Avec un score moyen de 483 points en culture scientifique, la France se situe certes dans la moyenne des pays de l’OCDE mais les écarts de performance selon l’origine sociale demeurent parmi les plus élevés.
Dans la moyenne de l’OCDE. Avec 483 points en culture scientifique le score de la France ne se distingue pas de celui de 12 des 37 pays de l’OCDE ; 14 pays ont un score supérieur, dont le Japon, l’Estonie et la Corée du Sud, qui présentent les scores les plus élevés de l’OCDE (538, 527 et 526 points respectivement) ; 11 pays ont un score inférieur à celui de la France.
Si par rapport au précédent cycle de 2022, le résultat de la France est stable, en revanche, il diminue par rapport au cycle de 2015 où il était de 495 points. Une tendance qu’on retrouve dans toute l’OCDE où 16 pays 16 ont des résultats en baisse, 19 des résultats stables et 3 seulement en hausse (la Lituanie, la Slovaquie et la Turquie).
La proportion d’élèves les plus performants en culture scientifique est quasi stable en France depuis 2006 : ils étaient 8 % en 2006, ils sont 7 % en 2025. Ces taux sont respectivement de 9 % et 8 % dans l’OCDE. Avec 525 points la performance des élèves de seconde générale et technologique (65% de l’échantillon) est similaire aux scores moyens obtenus par des pays très performants en 2025 comme l’Estonie. On constate par ailleurs un écart de score important (119 points) entre les élèves de seconde GT et ceux de seconde professionnelle. En revanche en France, les performances des garçons et des filles en culture scientifique sont proches. En 2025, les filles obtiennent même un score moyen supérieur de 487 points, contre 480 points pour les garçons.
Là où la France performe. C’est un point fort : le cadre d’évaluation 2025 de la culture scientifique introduit pour la première fois un ensemble de compétences spécifiques aux sciences de l’environnement. Avec un score moyen de 486 points, la France se situe au-dessus de la moyenne de l’OCDE (480 points) dans ce sous-domaine scientifique.
Le élèves français performent également dans la troisième compétence évaluée par PISA qui est « rechercher des informations de nature scientifique, les évaluer et les utiliser pour éclairer la prise de décisions et les actions ». Une compétence en moyenne mieux réussie en France que dans l’OCDE, avec un écart de score de 7 points. Les filles y surperforment en France avec un score de 494 points, contre 481 points pour les garçons. Cette compétence est également évaluée pour la première fois en 2025.
Par ailleurs et c’est une excellente nouvelle pour l’avenir, la France se place parmi les pays de l’OCDE où les élèves déclarent accorder le plus de plaisir à l’apprentissage des sciences. 71 % des élèves déclarent être d’accord ou tout à fait d’accord avec l’affirmation suivante : « Cela m’intéresse d’apprendre des choses sur les sciences en général. » C’est le taux le plus élevé de l’OCDE (61 % en moyenne), avec le Mexique et la Turquie. Les garçons déclarent plus souvent accorder du plaisir à apprendre en sciences que les filles en France, contrairement à la moyenne de l’OCDE.
De même la démarche scientifique est valorisée : 88 % des élèves français estiment qu’une information doit être vérifiée auprès de plusieurs sources fiables avant d’être validée quand ils sont 83 % en moyenne dans l’OCDE, 92 % en Corée du Sud – où ils sont les plus nombreux – et 75 % aux Pays-Bas où cette proportion est la plus faible.
Enfin en France en 2025, 32 % des élèves interrogés espèrent exercer un métier scientifique contre 27% en 2015 (27 %). Ils sont 33 % en moyenne dans l’OCDE en 2025, avec les proportions les plus élevées au Chili et au Canada (47 %) quand l’Allemagne et la Finlande figurent étonnement parmi les pays dont la proportion est la plus basse (23 %). Alors que les garçons sont légèrement plus nombreux que les filles en France à espérer exercer un métier scientifique à 30 ans en France (34 % et 30 %), ce n’est pas le cas en moyenne dans l’OCDE (respectivement 31 % et 36 %). C’est la bonne nouvelle : les carrières scientifiques ont la cote contrairement à ce qu’on voir parfois dans les statistiques d’orientation.
FORTE BAISSE EN COMPREHENSION DE L’ECRIT
Les résultats des pays de l’OCDE subissent une baisse importante de 14 points en moyenne par rapport à 2022 en compréhension de l’écrit. Un écart du même ordre que celle constatée trois ans auparavant suite à la pandémie mondiale de Covid-19. Et la France fait encore pire : son score moyen baisse de 18 points entre 2022 et 2025 établit une note de la DEPP. Il avait déjà baissé de 19 points entre 2018 et 2022.
Dans la moyenne de l’OCDE. Avec un score moyen de 456 points en compréhension de l’écrit en 2025, les résultats de la France se situent dans la moyenne de l’OCDE (461), comme en 2022. L’Allemagne, le Danemark, l’Espagne, la Hongrie, la Norvège et le Portugal ont un score similaire. Parmi les autres pays de l’OCDE, 19 ont un score supérieur à celui de la France et 12 ont un score inférieur. Le Japon, la Corée du Sud, l’Irlande et l’Estonie présentent les scores les plus élevés.
Seuls huit pays n’accusent pas de baisse de résultat en compréhension de l’écrit depuis 2022 : stabilité pour la Colombie, l’Italie, la Pologne, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, le Costa Rica, la Slovaquie et hausse pour la Turquie.
Mais la double spécificité française est d’avoir à la fois une part importante d’élèves en très grande difficulté (environ un élève sur trois se situe désormais sous le niveau 2) et une baisse de la part des élèves très performants à 4 %.
Les filles largement meilleures. En France comme dans tous les pays de l’OCDE, les filles obtiennent un score significativement supérieur à celui des garçons en compréhension de l’écrit. Leur score est en moyenne supérieur de 32 points à celui des garçons, contre 30 points en moyenne dans l’OCDE. L’écart a augmenté en France de 12 points par rapport à 2022 : le score moyen des filles a baissé de 11 points quand celui des garçons a chuté de 23 points. En moyenne dans l’OCDE, ces baisses sont respectivement de 12 et 17 points.
FORTE BAISSE EN CULTURE MATHEMATIQUES
Là aussi la baisse est très significative et le décrochage avec les autres pays de l’OCDE encore plus marqué établit la même note de la DEPP. En 2025, le score de la France en culture mathématique est ainsi en baisse de 16 points par rapport à 2022 quand la moyenne de l’OCDE accuse quant à elle une baisse de 9 points. Cette baisse se cumule à une baisse de 21 points déjà constatée entre 2018 et 2022, alors que le score de la France était stable depuis 2006.
Dans la moyenne de l’OCDE. La France obtient un score global de 458 points, dans la moyenne de l’OCDE (463 points). Ce score est similaire à celui de 11 pays : l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis, la Hongrie, la Lettonie, le Luxembourg, la Norvège, le Portugal, la Slovénie, la Suède et la Turquie. Parmi les 19 pays qui ont un score supérieur, le Japon et la Corée du Sud sont les deux pays les plus performants et, en Europe, l’Estonie et la Suisse présentent les scores les plus élevés ; 7 pays ont un score inférieur.
Les garçons se détachent. En France, les garçons ont des performances supérieures à celles des filles. En 2025, ils obtiennent un score moyen de 464 points, contre 451 points pour les filles, soit un écart dans la moyenne de l’OCDE. Des filles qui décrochent de plus en plus : en trois ans, le score des filles baisse de 18 points en France (11 points dans l’OCDE) et celui des garçons de 15 points (7 points dans l’OCDE).
LES MOTIFS D’UN DECROCHAGE GLOBAL
Si les résultats des élèves de quatre régions chinoises, de Singapour et du Japon se stabilisent les mauvais résultats des élèves français sont à l’image de la plupart de deux de l’OCDE.
Des usages numériques envahissant. PISA « met en évidence une relation nette entre l’usage récréatif des outils numériques à l’école, la distraction et la performance » analyse le ministère de l’Education. En France, 26 % des élèves déclarent être distraits par les appareils numériques pendant la plupart ou la totalité des cours de sciences. Dans les pays de l’OCDE, les élèves qui consacrent de deux à trois heures par jour aux loisirs numériques à l’école obtiennent en effet, après prise en compte du milieu social, un score en sciences inférieur d’environ 24 points à celui des élèves qui y consacrent au plus une heure. Or une baisse de 20 à 30 points correspond à la perte d’une année scolaire !
Un autre écueil est propre à la France : elle se situe parmi les pays où le climat disciplinaire est le moins serein en sciences. Seulement 12 % des élèves déclarent qu’il n’y a « jamais ou presque jamais de bruit ou d’agitation pendant les cours de sciences » contre 24 % des élèves dans l’OCDE.
Des familles défaillantes. En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les élèves déclarent en 2025 bénéficier d’un soutien familial moins important qu’en 2022. La baisse est particulièrement marquée en France : ainsi 49 % des élèves en France (contre 58 % dans l’OCDE) déclarent que leurs parents ou tuteurs s’intéressent au moins une fois par semaine à ce qu’ils apprennent en classe. Ils étaient 63 % en 2022 (66 % dans l’OCDE).
Le nombre d’élèves en difficulté augmente. Résultat le nombre d’élèves en difficulté augmente selon les critères de PISA. Alors qu’entre 2006 et 2015, on observait une relative stabilité de la part des élèves en difficulté en France, cette part augmente entre 2015 et 2025, passant de 22 % à 26 % en France et de 20 % à 24 % dans la moyenne des pays de l’OCDE. La part des adolescents en difficulté a même doublé en vingt-cinq ans en France, passant de 15 % à 33 % à l’écrit et de 15 % à 36 % en mathématiques.
Que faire ? La présence du Royaume-Uni parmi les pays du top 10 est particulièrement intéressante pour les autres pays européens : en quelques années son classement – avec l’Angleterre en pointe – a largement progressé, même si les scores baissent dans cette édition de PISA. Un résultat qui serait fondé sur l’autonome des enseignants et leur formation continue l’explique France Infos. Le Royaume-Uni réussit également à attirer les professeurs les plus expérimentés dans les quartiers défavorisés. Sans dire s’il va s’en inspirer, le ministère de l’Education ne baisse pas les bras et entend même « faire revenir » la France parmi les premiers pays d’Europe et de l’OCDE d’ici le cycle PISA 2033, en dépassant la moyenne dès 2029. L’objectif est de progresser de 20 points d’ici 2029, soit l’équivalent d’une année d’apprentissage ! On peut se montrer perplexe…