Ce sont 350 millions d’euros que l’Insead va consacrer dans les dix années à venir à la rénovation de son campus de Fontainebleau. Un investissement financé à parité par sa fondation et par un emprunt auprès de la Banque européenne d’investissement. Cette semaine l’école inaugurait son premier bâtiment réhabilité, la Tour Desmarais du nom d’un des grands donateurs de l’école, par le cabinet Wilmotte. Visite.
Moderniser plutôt que détruire et reconstruire. Baptisé Campus Ré-Imagination, le projet prévoit de moderniser ses espaces sans renier son héritage architectural, avec trois priorités que définit ainsi son dean Francisco Veloso : « Accélérer la transition écologique, adapter le campus aux nouvelles pratiques pédagogiques et renforcer sa fonction de lieu de rencontres dans un monde toujours plus numérique ». La première étape a démarré en 2023 et porte sur la restructuration de bâtiments existants. Un troisième bâtiment est déjà en travaux, tandis qu’un autre, dont le permis de construire a été obtenu durant l’été, doit être livré à l’automne 2028
Le parti pris architectural repose d’abord sur la conservation de l’existant. Sur les 22 bâtiments du campus, les démolitions prévues restent limitées. La performance énergétique constitue l’un des axes structurants du programme et la géothermie jouera un rôle central. À Fontainebleau, elle doit permettre de couvrir plus de 70 % des besoins en énergie du bâtiment concerné par cette première phase, une orientation que l’école souhaite poursuivre dans les phases suivantes.
Trois vues de la Tour Desmarais qui a entièrement été désossée et reconstruite en conservant ses éléments distinctifs
Dans un monde numérique, redonner une raison d’être au campus. Au-delà de la rénovation immobilière, Francisco Veloso pose une question plus fondamentale : « A quoi doit servir un campus à l’heure de l’enseignement numérique ? » Sa réponse repose largement sur la notion de rencontre : « L’espace physique reste et peut-être devient encore plus important à notre époque que par le passé ». L’objectif est de créer davantage d’occasions d’échanges entre étudiants, professeurs, participants de la formation continue, anciens élèves et entreprises.
Le campus est ainsi conçu comme un prolongement de la mission pédagogique : un espace capable de rapprocher des personnes issues de disciplines, d’expériences et de cultures différentes. Son implantation relativement isolée à Fontainebleau est également un atout, permettant aux participants de se « détacher de leur quotidien pour se concentrer sur l’apprentissage et les échanges ».
Cette philosophie se traduit directement dans l’organisation des nouveaux bâtiments. Les amphithéâtres côtoient de nombreuses « break out rooms », petites salles destinées au travail collectif. Une quarantaine sont prévues dans les deux bâtiments de la première phase. Le principe est de permettre aux étudiants de passer rapidement d’une séquence collective à un travail en équipes de cinq ou six personnes, puis de revenir en classe pour confronter leurs analyses.
Les nouveaux espaces doivent notamment accompagner le développement des programmes pré-expérience de l’école, destinés à des étudiants plus jeunes que ceux du MBA historique. Les Masters récemment développés accueillent environ 300 étudiants cette année et les espaces créés doivent permettre d’absorber leur croissance future, avec des promotions susceptibles d’atteindre plusieurs centaines d’étudiants.
Restaurer, se rencontrer, organiser des événements. La transformation ne concerne pas uniquement les salles de cours. Une première salle événementielle d’un peu plus de 100 m² peut accueillir jusqu’à environ 300 personnes selon les configurations. D’autres espaces beaucoup plus importants sont prévus dans les phases suivantes.
Le futur cœur du campus doit notamment accueillir un nouveau restaurant capable de servir jusqu’à 1 600 personnes par jour, ainsi que des espaces événementiels pouvant recevoir plus de 900 participants. L’école insiste sur la vocation commune de ces lieux : étudiants, professeurs, participants de l’Executive Education et autres publics doivent pouvoir s’y retrouver dans les mêmes espaces.
- Avec les feux de forêt qui ont atteint la forêt de Fontainebleau l’été a été parfois difficile pour l’Insead qui a vu les flammes à moins de deux kilomètres d’un campus qu’il a fallu évacuer pendant une journée.


