« Il fallait transformer l’essai et essayer d’inscrire durablement la Rabat Business School dans une nouvelle catégorie »

Nicolas Arnaud, directeur de la Rabat Business School

by Olivier Rollot

Arrivé en 2024 à la tête de Rabat Business School de l’Université Internationale de Rabat, Nicolas Arnaud l’accompagne dans une phase d’accélération spectaculaire : accréditations internationales, progression des recrutements, essor de la formation continue et montée en puissance de l’attractivité académique. Il revient avec nous sur les ressorts de cette dynamique, la singularité du modèle marocain et les ambitions d’une école qui fait aujourd’hui partie des références du continent africain.

UNE ÉCOLE QUI CHANGE DE DIMENSION

Olivier Rollot : Vous êtes arrivé en 2024 à la tête de Rabat business school. Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur l’école près de deux ans après en avoir pris la direction ?

Nicolas Arnaud : Je suis arrivé en 2024 dans une école qui disposait déjà d’atouts solides et se trouvait surtout à un moment charnière de son développement. L’enjeu consistait à consolider un héritage de qualité tout en franchissant un cap en matière de reconnaissance internationale, de structuration académique et de visibilité. Nous étions dans une phase où il ne suffisait plus d’avoir de bonnes bases : il fallait transformer l’essai et essayer d’inscrire durablement l’école dans une nouvelle catégorie.

O. R : L’un des marqueurs forts de cette période a été l’accréditation Equis obtenue par l’école en octobre 2025. Que représente-t-elle pour vous ?

N. A : Après AACSB en 2020, cette accréditation Equis représente beaucoup. D’abord parce qu’elle est particulièrement exigeante et reconnue comme telle dans le paysage international. Ensuite parce que nous sommes devenus la première école, au Maroc et en Afrique francophone, à l’obtenir et seulement la 5eme du continent.

Ce résultat a une portée symbolique forte, mais il traduit surtout un vrai travail de fond depuis plusieurs années. Au niveau international, plusieurs écoles étaient éligibles sans toutes parvenir à franchir cette étape. Nous avons donc su convaincre et démontré notre capacité à répondre à des standards élevés et à projeter l’institution dans le bon sens.

O. R : Cette reconnaissance n’est pas la seule obtenue récemment.

N. A : Nous avons aussi obtenu la labellisation Speak & Act sur l’expérience étudiante, avec une note de 4,46 sur 5. C’est un indicateur très fort. Il dit quelque chose de l’engagement des équipes, de la qualité de l’accompagnement et du vécu étudiant. Cela confirme qu’au-delà des accréditations, il se passe aussi des choses très concrètes et très positives dans la vie quotidienne de notre communauté.

UNE CROISSANCE QUI DÉPASSE LE MAROC

O. R : Comment évolue aujourd’hui le recrutement de Rabat Business School ?

N. A : Les signaux sont extrêmement positifs. Nous avons enregistré 12 % de croissance sur le marché national en 2025, mais surtout 60 % de croissance sur le marché international. Cela montre que l’attractivité de l’école ne repose plus uniquement sur son ancrage marocain ou africain. Nous recrutons de plus en plus largement, y compris en Europe.

Cette année environ un quart de nos étudiants internationaux sont européens, et non binationaux. Nous accueillons désormais des étudiants allemand, français, anglais ou turc qui n’avaient jamais mis les pieds au Maroc avant de nous rejoindre. Ils ont identifié Rabat, vu la progression de l’école dans les classements et considéré qu’il existait ici une proposition crédible, attractive et différenciante pour débuter leurs études supérieures. Cela montre que nous ne sommes plus seulement une option régionale : nous devenons progressivement une alternative choisie.

O. R : Qu’est-ce qui peut convaincre un étudiant français de commencer son parcours au Maroc ?

N. A : Il y a d’abord le rapport qualité-prix : avec des frais de scolarité autour de 8 000 euros par an, nous sommes en dessous du marché français, tout en proposant désormais un diplôme déjà doublement accrédité et, nous l’espérons, bientôt triplement accrédité. Il y a ensuite le positionnement géographique et symbolique : nous sommes implantés dans un pays en forte dynamique, à proximité immédiate de l’Europe, dans une capitale stable, sûre et agréable à vivre.

LE MAROC COMME AVANTAGE STRATÉGIQUE

O. R : Justement, en quoi le Maroc constitue-t-il aujourd’hui un avantage compétitif ?

N. A : Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’une image extrêmement positive à l’international. Chaque déplacement chez des partenaires ou lors de conférences me le confirme. Casablanca constitue le hub financier africain, Tanger possède le plus grand port d’Afrique, la formation scientifique est de très bon niveau ce qui a aidé à développer des clusters automobile, aéronautique et agricole de haut niveau. Le pays se développe vite, investit dans ses infrastructures, renforce sa visibilité internationale et donne le sentiment d’un mouvement très puissant et durable. Nous sommes installés dans un environnement qui inspire confiance, qui attire et qui projette une image de modernité.

O. R : Et Rabat dans tout cela ?

N A : Rabat joue un rôle décisif. La ville a longtemps été identifiée comme une capitale administrative plus que comme une destination académique, touristique ou culturelle. Cette perception évolue rapidement. La qualité de vie y est remarquable : c’est une ville sûre, verte, aérée, à taille humaine, avec une offre culturelle croissante, des musées, des festivals, l’océan et une vraie douceur de vie. Pour des étudiants comme pour des professeurs internationaux, cela compte énormément. Casablanca, à une heure de voiture, a d’autres atouts, avec notamment son intensité économique, mais Rabat offre un cadre exceptionnel pour étudier et travailler.

O. R : Vous considérez que cette géographie vous distingue sur le continent ?

N. A : Nous bénéficions d’un positionnement singulier. Nous sommes une école africaine, implantée dans un pays africain, avec une proximité culturelle, logistique et symbolique très forte avec l’Europe. Comme l’a dit le Président de la République Française quand il est venu sur notre campus l’an dernier, nous sommes « un pont entre les deux rives ». Pour des étudiants africains, européens ou issus d’autres régions du monde, le Maroc apparaît de plus en plus comme une plateforme crédible, stable et accessible. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles notre dynamique internationale s’accélère.

UN LEADERSHIP PRIVÉ QUI S’AFFIRME

O. R : Où situez-vous l’école dans le paysage marocain de l’enseignement supérieur en management ?

N. A : Nous faisons aujourd’hui partie des acteurs privés les plus visibles et les plus reconnus du pays. Il existe au Maroc de très bonnes institutions publiques historiques, gratuites, solides, mais qui ne sont pas engagées de la même manière dans les logiques d’accréditations internationales. Côté privé, quelques établissements ont mené un travail sérieux, notamment à Casablanca. C’est d’ailleurs sain pour l’écosystème : il est préférable de ne pas être seul. Mais notre trajectoire nous place aujourd’hui dans une position très forte en matière de visibilité internationale, de reconnaissance académique et de dynamique de croissance.

O. R : Votre jeunesse institutionnelle n’est donc pas un handicap ?

N. A : Au contraire, elle peut devenir un avantage. Nous avons quinze ans d’existence, ce qui est peu à l’échelle du secteur. Mais cette relative jeunesse nous permet d’aller vite, de structurer l’école avec une forte cohérence et d’installer une ambition claire. Nous n’avons pas le poids de certaines inerties historiques. Cela ne remplace pas le temps long, bien sûr, mais cela nous donne de l’agilité.

UN CAMPUS, DES EXTENSIONS, UNE NOUVELLE ÉCHELLE

O. R : Quelle est aujourd’hui la taille de l’école ?

N. A : Nous comptons environ 3 000 étudiants et participants, dont 1 800 en bachelor. Nous avons fortement progressé sur le post-bac, au point d’avoir dû arrêter les recrutements cette année faute de capacité supplémentaire. Dans le cadre de notre nouveau plan stratégique « Rise, Build & Shape », nous nous sommes donné l’objectif d’atteindre entre 4 000 et 4 500 étudiants, avec les participants de la formation continue. Nous continuons donc notre expansion puisque RSB avait 1600 étudiants il y a 5 ans.

O. R : Cette croissance va aussi passer par de nouvelles implantations ?

N. A : Nous allons en effet accélérer hors de Rabat. Dès septembre prochain, nous développons nos activités de formation continue à Casablanca, dans le quartier de Casablanca Finance City. Puis nous ouvrirons à Marrakech l’année suivante sur un campus de 50 hectares, sur lequel l’Université proposera également des formations en Cinéma avec UCLA, ingénieur agro, luxe et hospitality.

Casablanca constitue une étape très structurante pour les formations en finance, business analytics, cybersécurité et plus largement pour tout ce qui touche aux métiers de la transformation économique. À moyen terme, l’Université y disposera d’un campus de 10 000 m2, qui jouera un rôle majeur dans le développement de la business school.

O. R : Casablanca Finance City représente donc bien plus qu’un simple lieu d’implantation ?

N. A : C’est un signal stratégique. Nous nous installons au cœur d’un écosystème économique de premier plan, où sont présents les grands acteurs bancaires, financiers et de conseil tournés vers l’Afrique. Pour une école de management, c’est un levier considérable, tant pour la formation continue que pour la formation initiale, les partenariats, les stages, l’insertion et la visibilité.

FORMATION INITIALE, FORMATION CONTINUE : DEUX MOTEURS DE CROISSANCE

O. R : Quelle place occupe aujourd’hui la formation continue dans votre modèle ?

N. A : Elle représente déjà environ 10 % de notre chiffre d’affaires en incluant notre Exec MBA pour lequel nous venons d’intégrer le « EMBA Consortium » composé de top écoles come Vlerick en Belgique, Emlyon, Kozminski en Pologne, Bologna en Italie ou encore Stellenbosh en Afrique du Sud. Le potentiel de développement est très important sur ce marché. Pour l’instant, nous travaillons essentiellement en B2C sur le périmètre de la business school, avec des participants qui financent eux-mêmes leur formation dans les deux tiers des cas, et une prise en charge par les entreprises dans le tiers restant. Nous voulons faire évoluer progressivement cet équilibre, car les entreprises investissent de plus en plus dans la montée en compétences.

O. R : Le modèle de l’apprentissage tel que nous le connaissons en France existe-t-il au Maroc ?

N. A : Pas sous la forme que nous connaissons en France. Le sujet est à l’étude, mais il n’existe pas encore de dispositif d’apprentissage structuré comparable. Il existe des formats plus proches de cours du soir ou de temps partagé, mais cela renvoie à un autre marché. Aujourd’hui, notre priorité consiste surtout à développer une formation continue de haut niveau, cohérente avec le positionnement académique et professionnel que nous construisons.

UNE ÉCOLE AFRICAINE, INTERNATIONALE ET ACADÉMIQUE

O. R : Vous insistez beaucoup sur la dimension internationale de l’école. Cela vaut aussi pour le corps professoral ?

N. A : Deux tiers de nos professeurs sont internationaux. Le tiers restant est largement composé de binationaux ou de profils ayant effectué une partie importante de leur carrière à l’étranger. Nous comptons aujourd’hui 22 nationalités parmi les enseignants. Cette diversité nourrit la qualité académique, l’ouverture intellectuelle et la crédibilité internationale de l’école. Tous nos programmes sont en anglais sauf notre master CCA (Comptabilité Contrôle Audit) pour lequel nous espérons obtenir prochainement les équivalences de l’expertise comptable.

O. R : Vous avez le sentiment d’avoir changé de catégorie sur ce point aussi ?

N. A : Nous avons franchi un cap. Cette année, nous avons recruté plusieurs professeurs en poste notamment au Royaume-Uni, à Dubaï, ou en Australie. Surtout, nous attirons désormais des chercheurs ayant déjà publié dans les meilleures revues académiques internationales. C’est un changement majeur, car l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage de recherche, mais d’augmenter progressivement la qualité de cette production.

O. R : Le Maroc peut donc attirer des enseignants-chercheurs internationaux de haut niveau ?

N. A : Les rémunérations ne sont évidemment pas celles de Londres, Paris ou de Sydney, mais elles sont très compétitives au regard du niveau de vie, avec un pouvoir d’achat très favorable. Surtout, le projet attire. Il y a du sens à participer à la montée en puissance d’une école dans un pays stable, proche de l’Europe, tourné vers l’Afrique et en transformation rapide. Cela séduit notamment des profils internationaux et des membres de la diaspora africaine qui souhaitent revenir dans la région après vingt ou vingt-cinq ans de carrière en dehors du continent.

O. R : Vous développez également votre propre vivier académique ?

N. A : C’est un point essentiel. Nous disposons d’une école doctorale interne, et le niveau d’exigence est très élevé : pour soutenir une thèse, il faut déjà avoir publié deux articles dans des revues internationales. Cela produit mécaniquement des docteurs de très bon niveau. Les premiers arrivent aujourd’hui sur le marché académique, et nous recrutons les plus prometteurs. Cela renforcera encore notre capacité à combiner ancrage local, excellence scientifique et attractivité internationale.

L’EMPLOI, L’AFRIQUE, LE « GRAND NORD »

O. R : Quelle lecture faites-vous de l’insertion professionnelle de vos diplômés ?

N. A : Elle est très encourageante avec un taux d’insertion à environ 90%, dont plus de 20% hors Maroc. Nous le voyons par exemple bien avec les diplômés venus d’Afrique subsaharienne, notamment en finance. La majorité trouve un emploi en quelques mois, dans les grands groupes bancaires et les cabinets du big4 présents sur plusieurs marchés africains. Ces entreprises identifient très bien la valeur de ces profils, capables d’évoluer au Maroc puis, le cas échéant, de poursuivre leur trajectoire dans leur pays d’origine. Cela crée des parcours très vertueux.

O. R : Votre marché international ne se limite donc plus à l’Afrique francophone.

N A : Non, et c’est justement l’un des faits intéressants. Nous progressons très bien sur les marchés africains, francophones et anglophones, mais aussi au-delà de l’Afrique. Cette diversification montre que notre proposition de valeur devient lisible dans plusieurs espaces à la fois.

UNE AMBITION TRÈS CLAIRE : LA TRIPLE ACCRÉDITATION

O. R : Quelle est votre ambition pour les prochaines années ?

N. A : Elle est très claire : continuer à renforcer notre proposition de valeur pour la jeunesse marocaine, africaine et internationale. Pour arriver, obtenir la triple accréditation constitue un bon moyen. Nous voulons bâtir une école capable d’allier excellence académique, forte employabilité, ouverture internationale et ancrage stratégique sur le continent. Cela passe par les accréditations, par la qualité de l’expérience étudiante, par le recrutement professoral, par le développement de Casablanca et par la montée en gamme de notre recherche.

O. R : Cette ambition se décline aussi dans les programmes ?

N. A : Bien sûr. Nous avons un modèle structuré autour du bachelor et du master, avec une forte exigence académique, notamment dans les dimensions quantitatives. C’est d’ailleurs une caractéristique intéressante du contexte marocain : les étudiants arrivent avec une base mathématique très solide. Le niveau en anglais de la jeunesse marocaine est très élevé. Nous avons aussi des objectifs très précis sur certains programmes, notamment en finance, où nous voulons à terme accéder aux grands classements internationaux. Enfin en miroir de notre triple Bachelor avec IESEG et HEC Montréal, nous travaillons sur la possibilité de développer une offre similaire au niveau Master à l’interface de plusieurs pays et plus continents.

O. R : Vous décrivez un projet très offensif. Qu’est-ce qui vous frappe le plus personnellement dans cette expérience ?

N. A : L’énergie d’un pays qui se construit et la possibilité d’y contribuer. Tous les six mois, je voie les transformations, les infrastructures, les projets, les usages évoluer. C’est intellectuellement et humainement très stimulant. Rabat offre en plus une qualité de vie remarquable. Participer à une telle dynamique, dans un environnement aussi porteur, constitue une expérience extrêmement forte. Je regarde le monde avec un angle différent, je comprends encore mieux les dynamiques mondiales et les opportunités de l’enseignement supérieur, au-delà de l’Europe et de l’Afrique d’ailleurs.

 

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