PERSONNALITES, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Lionel Collet, un directeur de cabinet « pro LRU » pour la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ?

« Je m’étonne qu’un candidat socialiste recrute ses conseillers parmi ceux qui ont aidé à mettre en place la LRU, ceux qui « dialoguent » aimablement avec Mme Pécresse sur l’avenir de la recherche en France et ont eu la naïveté de croire au marketing de « l’excellence » et de « l’autonomie ». » Présidente de l’université Montpellier 3 et parmi les adversaires les plus farouches de la LRU – l’autonomie des universités voulue par le précédent gouvernement – Anne Fraïsse ne mâchait pas ses mots en parlant de Lionel Collet dans une lettre écrite à François Hollande début 2012. Et encore à l’époque, l’ancien président de la Conférence des présidents d’université (CPU) n’était encore qu’un des conseillers de Vincent Peillon, le chargé des questions d’éducation dans l’équipe de François Hollande.

Histoire de faire oublier cette présence « pro LRU », l’équipe de Vincent Peillon s’était alors enrichie de la présence d’Isabelle This Saint Jean, figure de l’association Sauvons l’université, élue PS et vice-présidente chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche au conseil régional d »Ile-de-France. Mais voilà, il n’y a qu’un directeur de cabinet et il s’appelle Lionel Collet et, dès le jour de sa nomination, il est contesté par cette même association Sauvons la recherche sur son blog. Didier Chatenay, l’un de ses membres, y écrit ainsi : « On ne peut qu’exprimer une circonspection certaine lorsque nous apprenons que son Directeur de Cabinet sera Lionel COLLET ! Lionel Collet dites vous ? Le Collet de la CPU des années 2009-2010 ? Et oui c’est bien de lui qu’il s’agit et nul doute que nombreux seront celles et ceux qui ont gardé de ce personnage un souvenir disons pour le moins partagé ! »

Un Lyonnais, Lionel Collet, rejoint une Grenobloise, Genviève Fioraso à la direction du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

UN ENTRETIEN DE 2009 A RELIRE POUR MIEUX COMPRENDRE

J’avais rencontré Lionel Collet dans le cadre d’un hors-série du « Monde » sur l’orientation en 2010 alors qu’il achevait son mandat à la tête de la CPU. Je vous propose de relire ce qu’il disait alors et éclaire bien ses positions sur la LRU et l’avenir de l’université.

Autonomie, fusion, financement en hausse, on n’a jamais autant parlé des universités que ces trois dernières années. Mais concrètement, qu’est ce que cela va apporter aux étudiants ?

Très concrètement l’université a été investie de nouvelles missions d’orientation et d’insertion professionnelle. L’insertion se met en place avec la création de bureaux d’aide à l’insertion professionnelle ou de partenariats avec le monde économique, afin de lui faire mieux connaître l’université. L’orientation est réalisée avec la phase d’orientation active qui permet de mieux informer les lycéens sur les filières et les conseiller sur celles qui leur conviennent le mieux.

Oui mais que faites-vous pour empêcher un jeune de choisir une filière qui ne lui convient vraiment pas ?

L’orientation active n’est pas sélective et nous ne voulons en aucun cas remettre en cause l’accès universel à l’université. Mais il est vrai qu’il est pénalisant pour les établissements d’admettre des étudiants qui ne se présenteront pas aux examens alors que nos dotations budgétaires sont, entre autres, accordées en fonction de ce taux de présence. C’est pour cela que sont mises en œuvre des actions de tutorat, de soutien pédagogique et à la formation toujours sur la base du volontariat. . Il peut même s’agir d’une sorte « d’année zéro » qui permette à chaque étudiant de se remettre à niveau afin d’avoir un parcours adapté.. Bien sûr tout cela coûte cher mais donne déjà de bons résultats.

Certaines universités ont également lancé des « cycles renforcés » en licence. Des sortes de prépas à la fac ?

Dans le cadre de leur licence, les étudiants suivent des formations complémentaires qui leur permettront éventuellement d’être préparés aux concours d’entrée dans des grandes écoles. Ce dispositif connaît un vrai engouement auprès de jeunes qui ont envie d’échapper à l’univers du lycée, et donc des prépas traditionnelles, pour être plus autonomes.

Parmi les idées dont on parle aujourd’hui il y a aussi celle de créer des collèges universitaires (1) pour regrouper l’offre de formation.

Les premiers cycles sont trop dispersés entre les lycées et les universités. Il y a nécessité de les regrouper mais pas dans des collèges universitaires qui seraient dissociés de l’université. Nous sommes en effet particulièrement attachés au principe de formation par la recherche et au fait d’avoir des enseignants chercheurs dès les premiers cycles.

Faut-il fusionner les universités comme c’est déjà le cas à Strasbourg ou à Aix-Marseille ?

Il n’y a pas de modèle unique. La réunion des trois universités strasbourgeoises crée un ensemble de 42000 étudiants alors que Paris 1 en compte 40000 à elle toute seule. Avec qui la faire fusionner sans créer d’ensembles ingérables qu’on a justement voulu diviser en 1968? Il existe d’autres voies,  les  coopérations renforcées par exemple, notamment dans le cadre des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) où tous les membres pourront remettre des diplômes sous un nom unique tout en gardant leur identité propre. Une autre question importante est celle du rapprochement entre les universités et les grandes écoles. Quel type d’établissement créer pour faire travailler ensemble des grandes écoles, qui ont une histoire, une personnalité, un budget et une reconnaissance historique par les professionnels, avec des universités qui sont en avance sur elles en matière de recherche ?

Que pensez-vous du critère ministériel de la « valeur ajoutée » d’une université ?

Donner aux universités des moyens supplémentaires en fonction de leur capacité à faire obtenir une licence en trois ans à ses étudiants est sans doute très louable. Mais on entend tous les jours que le bac est devenu trop facile à obtenir et certains voudraient que ce soit la même chose à l’université ? Qu’est ce qui est le plus important ? Avoir à tout prix un diplôme ou obtenir un diplôme vraiment reconnu sur le marché du travail ?

 

Les directeurs d’IUT ont parfois manifesté leur mécontentement vis-à-vis du traitement que leur réservait leurs universités de rattachement, maintenant autonomes. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous avons signé un accord avec les associations représentatives des IUT pour garantir leurs moyens en 2010-2011. Nous avons même calculé que, globalement, les moyens des IUT s’étaient accrus de l’ordre de 4% depuis l’entrée en vigueur de l’autonomie. Franchement, je ne vois pas comment un président d’université, sachant qu’il sera évalué par le ministère – et doté financièrement – en fonction de l’insertion professionnelle de ses diplômés, pourrait se désintéresser d’IUT très appréciés par le monde professionnel. Par ailleurs, l’offre de licences professionnelles s’est considérablement accrue, essentiellement au sein des IUT. Nous aimerions seulement que des étudiants de licences générales y soient plus nombreux, alors que ce sont aujourd’hui à 80% des titulaires de DUT et de BTS qui s’y inscrivent.

Le doctorat est mal reconnu en France, contrairement au reste du monde. Comment donner plus envie aux étudiants d’en faire un ?

Le doctorat n’est pas reconnu dans les conventions collectives et cela explique que les étudiants, dont les deux tiers iront dans le secteur privé, ne voient souvent pas pourquoi s’y investir. Résultat : sur 11000 thèses soutenues chaque année, 39% le sont par des étudiants étrangers. Il faut revaloriser le doctorat au sein des entreprises et nous y travaillons.

On a parfois l’impression que toutes ces réformes sont la conséquence de la publication en 2003 du premier classement mondial des universités par l’université de Shangaï. Un classement dans lequel les universités françaises font bien pâles figures.

Le classement de Shangaï s’effectue sur cinq grands critères dont l’un des principaux est le nombre de professeurs exerçant ou ayant exercé dans l’université et ayant reçu un prix Nobel ou une médaille Fields (leur équivalent pour les mathématiques). A Lyon 1, l’université que je préside, le dernier prix Nobel date de… 1913 quand Cambridge en a 150. On peut travailler autant qu’on veut on n’arrivera pas à progresser significativement et rapidement sur ce critère. Autre critère très important : les publications. Une difficulté française est que leur référencement se partage entre les universités et les organismes de recherche. Selon la signature, elles seront donc comptabilisées ou non pour l’université. Mais il est indéniable que les universités françaises ont beaucoup évolué sur la question de la signature unique pour pouvoir faire apparaitre leur production à sa juste place.

Autant de handicaps pour nous alors que les étudiants, mais surtout les enseignants, regardent de plus en près ce classement avant de décider où aller, sans citer les responsables politiques soucieux d’avoir sur leur territoire une université bien classée. Le classement de Shangaï ne repose que sur la recherche et oublie les autres missions de l’université

Avez-vous les moyens financiers de votre développement ?

Les budgets de l’enseignement supérieur ont augmenté, c’est un fait, mais nous partons de bas et sommes toujours en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE avec 11569 dollars par an et par étudiant quand la Suède est à près de 17000 et les Etats-Unis à plus de 25000 dollars. La création des bourses à taux zéro, qui dispensent des frais d’inscription, ainsi que celle du dixième mois de bourse cette année vont aussi dans le bons sens pour faciliter l’accès aux études supérieures. De même que la non application dans l’enseignement supérieur de la règle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Reste à savoir ce que nous réserve l’avenir, notamment avec le Grand emprunt.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

(1) Parmi les propositions du rapport remis par le professeur Philippe Aghion au ministre de l’enseignement supérieur en 2010 et dont la deuxième partie est intitulée « L’excellence universitaire et l’insertion professionnelle : leçons des expériences internationales »

Un médecin à la tête de la CPU

Lionel Collet a été le premier médecin à accéder à la présidence de la CPU en décembre 2008. Il est aussi le second président d’université à accéder à la tête d’une organisation qui était présidée, jusqu’à la réforme de 2007, par le ministre de l’Enseignement supérieur. Président de l’université Claude Bernard – Lyon 1 depuis 2006, ce docteur en médecine a joué un rôle majeur dans l’application de la loi dite LRU (relative aux libertés et responsabilités des universités) au printemps 2009, s’appliquant à nouer le dialogue entre le ministère et le monde universitaire.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

1 Comment

  1. J’approuve la phrase désormais célèbre de Anne Fraïsse

    « Je m’étonne qu’un candidat socialiste recrute ses conseillers parmi ceux qui ont aidé à mettre en place la LRU, ceux qui « dialoguent » aimablement avec Mme Pécresse sur l’avenir de la recherche en France et ont eu la naïveté de croire au marketing de « l’excellence » et de « l’autonomie ».

    Au-delà de Lionel Collet, il y en a d’autres, autour de Peillon. Les gestionnaires, les administratifs sont écoutés mais pas les scientifiques, les chercheurs et les universitaires. C’est pourtant leur métier. Il y a des universitaires, des chercheurs, qui travaillent sur l’histoire des universités, la gestion scientifique, sur l’évaluation, sur l’histoire des sciences, de l’enseignement, sur l’épistémologie, la sociologie des sciences et des techniques, sur la recherche privée, etc. Des experts reconnus… mais les politiques vivent dans une autre culture, imposent et n’écoutent pas… La destruction de l’université et de la recherche va t-elle donc continuer en France ? J’ai bien peur que les assises annoncées ne soient vus comme un moyen pour essayer de faire accepter les réformes de Sarkozy légèrement aménagées, mais surtout pas pour entendre ce qui se passe dans les universités et le labos, entendre ce que les chercheurs et les universitaires ont a dire et a proposer.

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