EM Lyon : l’école de l’entrepreneuriat

Chaque année l’EM Lyon organise le World Entrepreneurship Forum pour faire se rencontrer les spécialistes de la création d’entreprise du monde entier mais est aussi la créatrice d’un des MOOC les plus populaires aujourd’hui : Effectuation : l’entrepreneuriat pour tous. Des modules de création d’entreprise sont également présents dans chacun de ces cursus. Créé en 1984, l’incubateur d’entreprises de l’EM Lyon – le Centre des entrepreneurs – vient de fêter ses 30 ans. « A l’époque nous étions les premiers à nous lancer. Depuis ce sont 950 entreprises et 12000 emplois qui ont été créés », confie Michel Coster(photo) directeur de nouvel incubateur de l’école, créé en 2008, qui travaille aussi bien avec des étudiants qu’avec des profils plus affirmés et des alumni. « Aujourd’hui il faut forcément venir à Lyon pour entrer dans l’incubateur. Demain, avec la montée en puissance de l’e-entrepreneuriat, ce sera possible à distance. » Un MOOC consacré au passage de l’idée au projet va être créé à cet effet ainsi qu’un guide présentant la centaine de questions qu’il faut se poser avant de se lancer.

Les profils recherchés

L’EM Lyon possède à la fois un incubateur et un pré-incubateur. « Schématiquement, les entreprises « pré-incubées » – de l’ordre de 70 par an – sont à un stade où seul l’idée est éclose mais ne disposent pas encore de business model, au contraire des entreprises incubées – une cinquantaine – qui travaillent sur leur marché ou à lever des fonds », commente Michel Coster. L’incubation sert alors à évaluer régulièrement la pertinence des projets et à remettre constamment ses hypothèses de départ en question. Le tout avec l’aide d’entreprises et de fondations, comme KPMG ou la Cegid, qui ont tout intérêt à participer à des projets innovants et « dopent » ainsi leurs propres processus d’innovation. « Nous voulons monter une grande communauté avec des mentors issus d’un peu partout dans une sorte de « grande marmite » de l’innovation. »
Un projet retenu est la conjonction d’une bonne idée et d’une équipe adaptée. Si une personne seule n’est pas forcément exclue, elle comprendra tout au long de la phase de maturation qu’elle doit s’entourer. « Parce qu’on n’a pas les moyens d’embaucher les profils qualifiés quand on créé une entreprise, il faut les associer au projet », conseille Michel Coster qui constate qu’aujourd’hui les profils très « technos » n’ont plus peur de partager leurs idées avec des hommes de marketing pour lancer leur concept. « Quand on n’a pas fait de marketing, on se rend vite compte qu’on n’a pas les techniques nécessaires pour bien analyser les besoins des clients. Ce que nous cherchons à développer ce sont des équipes mixtes qui savent aussi parler aux investisseurs et la rassurer sur la pertinence de leur mise de fonds. »

L’entrepreneuriat est partout

L’incitation à l’entrepreneuriat de l’EM Lyon ne se limite pas à son incubateur. Les étudiants du programme grande école suivent un parcours obligatoire en entrepreneuriat, avec deux universités, l’une américaine, l’autre chinoise, l’EM Lyon organise le Global Entrepreneurship Program, il existe un parcours dédié au sein de son MBA et même un parcours pour les jeunes des quartiers sensibles, etc. Sans parler d’une recherche dédiée à l’innovation dans le cadre d’un centre créé en 2004. « Nous travaillons par exemple sur le développement des connaissances sur les start up en croissance dans le cadre d’une chaire », reprend Michel Coster.

Si l’entrepreneuriat est au cœur des enseignements de l’EM Lyon, Michel Coster n’entend pas pour autant faire de tous les étudiants des créateurs d’entreprise. Du moins pas tout de suite : « Il faut mesurer sur cinq ans le développement d’une culture qui ne porte pas forcément ses fruits dès la sortie de l’école. On insiste beaucoup aujourd’hui sur la création d’entreprise dès le diplôme obtenu, par exemple avec les dispositifs Pépite,  mais il faut aussi prendre le temps de développer un projet qui murira trois, quatre, cinq ans après sa sortie de l’école ».

Et qui alors a de grandes chances de réussir. Les start up françaises sont ainsi les plus nombreuses à être classées par Deloitte dans son classement européen Technology Fast 50. « On sait faire émerger des entreprises qui n’auraient pas leur chance aux États-Unis et peuvent être de très belle réussite », se félicite Michel Coster, qui regrette simplement que les créateurs « ne pensent pas encore assez de façon globale » quand, dans beaucoup d’autres pays les start up ont « tout de suite un projet mondial ». Il veut justement créer un réseau d’incubateurs internationaux pour qu’en France aussi on pense de suite « big and global ».

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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