CLASSES PREPAS, ECOLES DE MANAGEMENT, Non classé

« L’exigence des classes préparatoires donne aux candidats un niveau incomparable »

Moins d’un an après son arrivée à la tête d’Audencia business school, Emeric Peyredieu du Charlat fait le point sur son projet pour une école qui fait partie des toutes meilleures, est triple accréditées (AACSB, Equis, Amba) et se diversifie de plus en plus avec des programmes bachelors et une école de communication tout en cultivant son partenariat avec Centrale Nantes et l’Ensa Nantes.

Olivier Rollot : En première année de votre programme Grande Ecole, vous recrutez exclusivement en prépas. Pourquoi ce recrutement exclusif ?

Emeric Peyredieu du Charlat : L’exigence des classes préparatoires donne aux candidats un niveau incomparable en culture générale, maitrise des langues, connaissances mathématiques, capacités méthodologiques et puissance de travail. La qualité de ce socle facilite la progression pédagogique rapide des enseignements fondamentaux du management, dispensés en première année et permet une grande qualité d’échanges entre la faculté et nos étudiants.

Ces compétences communes facilitent également l’homogénéité de la promotion, dont elles structurent l’ambiance et l’esprit et sont particulièrement appréciées par les entreprises qui recrutent nos diplômés.

O. R : Les oraux des concours post prépas évoluent d’année en année. Quelles particularités ont les vôtres ? Quelles qualités spécifiques attendez-vous des candidats ?

E. P du C : Chaque candidat passe une journée d’oral à Audencia. La première épreuve est l’entretien individuel d’une demi-heure. Il débute avec un exposé de cinq minutes précises, que les candidats préparent en réaction à une citation ou un thème d’ordre général, tiré au sort. Il se poursuit avec un échange libre et ouvert avec le jury, composé de deux ou trois personnes : un professeur ou dirigeant d’Audencia, et un ou deux assesseurs, professionnels du monde de l’entreprise ou des organisations.

Les capacités d’analyse, la pertinence de l’exposé, la maitrise de l’horloge, sont des éléments très importants pour évaluer le potentiel d’un candidat, ses capacités d’écoute et d’ouverture, ainsi que ses qualités relationnelles. C’est pour cela que nos candidats, pour donner le meilleur d’eux-mêmes, doivent être convaincus qu’il ne s’agit pas là d’un piège, mais d’une découverte de l’autre, de sa personnalité. Nous voulons comprendre pour chaque candidat sa motivation, estimer ses aptitudes à développer ses compétences au cours de la scolarité. Car si nous croyons en un candidat et le choisissons, nous prenons l’engagement, avec nos 107 enseignants-chercheurs, de l’accompagner jusqu’à lui permettre de pouvoir viser les plus hauts niveaux de leadership dans ses domaines d’intérêt. Alors, de même qu’il n’y a pas de stéréotype du dirigeant, nous ne recherchons pas de profil type, ce sont l’authenticité et les capacités des candidats qui nous intéressent.

La journée se poursuit avec deux oraux de langues vivantes, de vingt minutes chacun, dont un obligatoirement en anglais. Après vingt minutes de préparation, le candidat résume un texte en dix minutes en analysant la problématique de façon structurée, claire et cohérente, prenant position et argumentant son point de vue. Ensuite, une discussion plus libre de dix minutes permet d’évaluer sa capacité à s’exprimer librement et sa connaissance culturelle.

Le poids relatif de l’entretien est supérieur à celui cumulé des deux langues (8 pour 7).

O. R : Où en est le modèle des business schools à la française selon vous ? On sait qu’elles sont à la fois encensées dans les classements internationaux et d’une santé financière parfois fragile.

E. P du C : Pour notre part nous avons une situation financière très saine avec 0€ d’endettement. Mais aussi l’obligation d’être innovants avec des subventions amenées à disparaître alors qui représentent encore 3 à 4% de notre budget.

Plus largement nous sommes entrés dans la troisième phase du développement des business schools. Dans la première elles ont appris à travailler avec les entreprises pour former des cadres. Dans la deuxième elles ont découvert l’international, l’alignement sur les standards internationaux, les rankings et cela leur a coûté très cher d’embaucher des enseignants-chercheurs de haut niveau. Aujourd’hui elles sont attendues sur l’éthique, la transdisciplinarité, les enjeux sociétaux. Nous sommes justement très bien placés dans la dimension RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) qui irrigue la totalité de nos cours car on comprend que la maximisation des profits coûte très cher à terme.

O. R : Plutôt que la voie de la fusion qu’ont choisi certaines écoles de management vous avez opté pour le rapprochement avec Centrale Nantes et l’Ensa Nantes au sein de L’Alliance. Pourquoi cette stratégie ?

E. P du C : Nous sommes favorables à la transdisciplinarité et à l’hybridation plutôt qu’à des fusions qui représentent des coûts de transaction considérables. Former des ingénieurs/managers, des managers/ingénieurs ou encore se rapprocher de l’Ensa pour organiser des événements en commun pour nos étudiants cela répond aux attentes de la société. Prenez le réchauffement climatique : il ne sera résolu que par des équipes pluridisciplinaires.

Audencia BS a aussi la chance d’être situé sur un territoire qui le soutient qu’il s’agisse de Nantes Métropole, la chambre de commerce et d’industrie (CCI) ou encore la région.

Enfin nous travaillons également avec d’autres business schools françaises sur des projets précis comme par exemple avec Toulouse BS avec laquelle nous proposons un DBA (Doctorate of Business Administration) et réfléchissons à la création d’un PHd.

O. R : Comment imaginez-vous le développement des activités d’Audencia BS ? 

E. P du C : En fait nous n’avons pas encore actionné certains leviers. Regardez nos droits de scolarité qui restent à 35 000 € pour trois ans quand des écoles proches en réputation vont jusqu’à 45 000€ et qu’HEC annonce une augmentation de ses frais de 8% par an dans les cinq prochaines années. Bien sûr nous n’augmenterons pas nos droits comme des brutes mais c’est une vraie source de rentabilité. Nous pouvons également augmenter nos effectifs. Notre école Sciences Com monte en puissance avec 20% d’étudiants supplémentaires cette année et bientôt de nouveaux locaux dédiés au centre de Nantes où les étudiants bénéficieront même des équipements de TéléNantes. Quant à nos bachelors à bac+3 et bac+4 (Bachelor in Business Administration, BBA) ils accueillent de 140 à 160 étudiants par promotion quand ils sont 400 à 450 dans l’Essec BBA. Il y a une vraie réflexion à avoir sur des bachelors qui ont soit du potentiel essentiellement régional, à bac+3, soit plus large avec des BBA qui sont une vraie alternative à la prépa pour des étudiants qui ne veulent pas arrêter toute vie sociale. Nous avons également à revisiter notre programme grande école et à avoir une vision internationale et prospective pour notre formation continue.

O. R : C’est votre particularité d’être une business school qui possède des programmes qui ne sont pas dans le spectre habituel d’une business school comme Sciences Com.

E. P du C : Une business school ne peut être pérenne si elle ne se développe pas au-delà de son programme grande école dont les ratios d’excellence académique coûtent très cher. Il faut absolument profiter de ce terreau d’excellence pour développer d’autres formations. Mais toujours en maintenant l’excellence car tout réagit sur la marque Audencia. Si une marque est défaillante, la grande école en pâtit forcément. Nous sommes dans la logique d’une marque de luxe ombrelle qui doit bien prendre garde à conserver son excellence dans tout ce qu’elle développe.

O. R : Vous lancez une business school à Shenzhen, dans le sud de la Chine, tout près de Hong Kong. Avez-vous d’autres projets ?

E. P du C : La Shenzhen Audencia Business School (SABS) est le fruit d’un partenariat entre Audencia Business School et l’Université de Shenzhen. L’objectif est de lancer en 2017 trois programmes : un MBA, un DBA et un Master. D’ici trois ans, nous souhaitons y recevoir 500 étudiants, majoritairement internationaux, auxquels nous délivrerons exactement les mêmes programmes qu’en France. Cet accord est signé pour 20 ans et la totalité des coûts est pris en charge pour l’université de Shenzhen. Il vient après d’autres déjà passés en Chine avec par exemple l’université Tsinghua de Pékin ou le Beijing Institute of Technology.

Mais nous sommes également présents en Afrique au sein de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire. Nous commencerons par y travailler plutôt sur le développement de notre formation continue en ayant en tête l’idée d’en faire une porte d’entrée pour toute l’Afrique.

O. R : Vous avez dirigé les alumni de l’Essec. Quel poids doivent avoir les alumni dans la gouvernance d’une business school ?

E. P du C : Sans aller jusqu’à Harvard ou Yale, où les alumni représentent 100% du conseil d’administration, les anciens sont largement porteurs de la marque et d’innovation. Mais si on veut qu’ils soient de bonne volonté encore faut-il les rencontrer régulièrement et leur proposer des services. On ne peut pas juste leur demander de l’argent pour soutenir une fondation – 9,7 M€ récoltés de 2010 à 2015 -, il faut leur proposer des services à la personne toute leur vie. Leur permettre d’être aidés tout au long de leur carrière professionnelle.

O. R : Les alumni seront d’autant plus attachés à leur école qu’ils auront été des étudiants heureux. Comment les aidez-vous ?

E. P du C : Nous proposons tout un processus d’accompagnement à nos étudiants pour leur donner peu à peu des compétences comportementales avant de passer aux techniques de recherche d’emploi. Chaque année 800 étudiants passent ainsi un entretien individuel. Nous les aidons également à entreprendre et nous pensons même à prendre des participations dans certaines start up que nous aiderons également en les faisant accompagner par nos professeurs.

Previous ArticleNext Article
Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Send this to a friend