«Nous assistons à une concentration autour des marques les plus fortes»: Jean-Guy Bernard, président du conseil d’administration de PSB

by Olivier Rollot

Paris School of Business poursuit sa transformation dans un environnement profondément bouleversé : recul des programmes en cinq ans, essor puis tassement de l’apprentissage, concurrence internationale accrue et nouvelles attentes des étudiants. Pour Jean-Guy Bernard., président du conseil d’administration de PSB, une majorité d’écoles de management doivent désormais démontrer beaucoup plus clairement la valeur ajoutée de leurs formations et de l’expérience qu’elles proposent.

LE MODÈLE DU PROGRAMME EN CINQ ANS SOUS PRESSION

Olivier Rollot : Le modèle du PGE en 5 ans est extrêmement challengé cette année. Dans ce contexte quelle est aujourd’hui la situation de Paris School of Business?

Jean-Guy Bernard : PSB va bien, mais dans un contexte extrêmement difficile. L’école a beaucoup évolué ces dernières années, d’abord avec Philippe Jamet puis sous l’impulsion de son nouveau directeur général Olivier Aptel et de son équipe. Avec la triple accréditation (Equis, AACSB, Amba), un tout nouveau campus au cœur de Paris, dans le quartier latin, et une offre de formation profondément renouvelée, nous disposons aujourd’hui d’atouts importants, mais nous devons rester extrêmement vigilants.

O. R : Le principal sujet est-il aujourd’hui le recul des programmes Grande École en cinq ans ?

J-G. B : Très clairement. Toutes les écoles positionnées sur ces programmes sont plus ou moins confrontées au phénomène. Les concours postbac se sont considérablement ouverts sans que le volume de candidats suive. PSB avait commencé à ressentir ce choc il y a déjà plusieurs années. Nous avons donc accompagné cette évolution en diversifiant fortement notre portefeuille de formations.

O. R : Pourquoi les programmes en cinq ans ne rencontrent plus autant leur public alors que les bachelors en trois ans semblent mieux résister ?

J-G. B : Les familles font leurs calculs. Un étudiant peut suivre pendant trois ans une licence, un BUT ou une autre formation publique, puis intégrer une école en admission sur titre avec deux années d’apprentissage. Il ne paie alors plus de frais de scolarité, perçoit un salaire et obtient souvent, à la fin, le même diplôme que celui qui est entré cinq ans auparavant et bénéficie d’une bonne employabilité. Quant aux bachelors en 3 ans, ils sont généralement moins couteux et plus à proximité géographique des étudiants; ils peuvent aussi paraitre plus faciles à intégrer.

O. R : L’apprentissage a donc directement fragilisé les cursus post-bac ?

J-G. B : Il a accentué le phénomène. Pourquoi payer des années coûteuses lorsqu’un parcours public suivi de deux années en apprentissage permet d’aboutir au même résultat ? Cela ne signifie pas que le programme en cinq ans n’a plus de sens, mais il faut désormais démontrer très clairement ce qu’il apporte de plus.

O. R : Les grandes écoles les mieux classées sont-elles également concernées ?

J-G. B : Les marques les plus puissantes disposent évidemment d’une protection supérieure. Leurs bachelors et BBA ont aussi attiré une partie de la demande et contribué à fragiliser les programmes en cinq ans d’écoles moins puissantes. Nous assistons à une concentration autour des marques les plus fortes, comme cela s’est produit autrefois avec les classes préparatoires.

O. R : Faut-il accepter que les volumes d’étudiants d’autrefois ne reviendront plus ?

J-G. B : C’est la tendance. On peut penser que nous ne retrouverons probablement pas certains volumes historiques d’étudiants, à quelques rares exceptions près peut-être d’autant que la baisse démographique sur notre marché national va commencer à produire ses effets. Il faut donc travailler autrement et démontrer une véritable valeur ajoutée.

Le campus de PSB au coeur de Paris

UNE EXPÉRIENCE QUI DOIT JUSTIFIER LE PRIX

O. R : Comment convaincre alors une famille d’investir dans cinq années à PSB ?

J-G. B : Elle doit pouvoir se dire : « Cela coûte de l’argent, mais mon enfant vivra quelque chose qu’il ne trouvera pas ailleurs ».  La différence ne peut plus reposer uniquement sur la qualité académique. Les universités, les IAE notamment proposent également souvent des enseignements pour des frais très faibles.

Cette différence doit reposer sur l’ensemble de l’expérience étudiante. Nous développons par exemple un travail beaucoup plus approfondi sur les soft skills grâce aux établissements du groupe Galileo dont PSB fait partie. Il ne s’agit pas de proposer quelques journées anecdotiques mais de construire des parcours significatifs avec des partenaires comme le Cours Florent et l’IESA, entre autres… et de faire appel à des enseignants du groupe ou d’autres établissements pour donner des cours complémentaires qui enrichissent ceux du management.

O. R : Comment le Cours Florent peut-il apporter quelque chose à des étudiants en management ?

J-G. B : Savoir se déplacer, prendre la parole, maîtriser son expression, être à l’aise dans son corps et dans la relation avec les autres sont des compétences professionnelles essentielles. Si elles sont véritablement travaillées dans la durée, elles deviennent un élément différenciant du cursus.

O. R : Votre nouveau campus parisien joue-t-il un rôle essentiel dans l’attractivité de PSB ?

J-G. B : C’est certain. Proposer une vie étudiante dans le Quartier latin, dans des bâtiments remarquablement rénovés qui associent tradition et modernité, constitue un vrai atout. L’expérience d’un étudiant ne se résume pas aux cours. Le lieu, les rencontres, la vie associative et l’environnement international participent pleinement à la valeur du programme.

O. R : Toutes les écoles pourront-elles suivre ces évolutions ?

J-G. B : Certaines trouveront probablement d’autres voies, mais celles qui n’ont ni marque puissante, ni expérience étudiante différenciante, ni moyens pour renouveler leur offre risquent de continuer à souffrir. Il devient indispensable de construire un positionnement très lisible.

L’INTERNATIONAL, RELAIS DE CROISSANCE MAIS AUSSI MARCHÉ DE PLUS EN PLUS CONCURRENTIEL

O. R : PSB s’est beaucoup internationalisée ces dernières années ?

J-G. B : Nous approchons désormais, sous réserve des derniers chiffres précis, de 42 % d’étudiants internationaux. C’est devenu une dimension majeure de notre modèle et cette population continue à progresser.

Pour se développer trois éléments sont essentiels : une offre de formation attractive et actualisée, des accréditations internationales fortes et une expérience étudiante particulièrement convaincante. À cela s’ajoute évidemment la visibilité dans les classements internationaux, qui compte beaucoup dans le choix des étudiants étrangers.

L’obtention de la triple couronne constitue également un signal extrêmement important ainsi que notre excellent classement dans le classement du FT, entre autres. À l’international, les étudiants et leurs familles ne connaissent pas nécessairement les subtilités des classements français. Les accréditations et les classements internationaux offrent une reconnaissance immédiatement lisible et attestent d’un certain niveau de qualité. Cela ouvre aussi la porte de partenariats avec les meilleures institutions.

En résumé il faut faire connaître sa spécificité, disposer des bons agents et choisir attentivement ses marchés. Les questions de visas deviennent également essentielles. Certains pays sont devenus beaucoup plus difficiles et les taux de refus peuvent être importants.

O. R : Les classements internationaux sont-ils plus importants pour vous que les classements français ?

J-G. B : Pour recruter à l’étranger, ils permettent d’apparaître dans les radars internationaux. Cela passe par les accréditations mais également par des formations d’excellence capables d’être identifiées dans les rankings. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire qu’un programme accueille plusieurs centaines d’étudiants pour jouer ce rôle. Pour autant les classements français sont tout aussi importants pour nous tous. Il suffit de voir les passions qu’ils déchaînent et la fébrilité des équipes avant leur sortie.

O. R : Craignez-vous un durcissement de la politique française envers les étudiants étrangers après la prochaine présidentielle ?

J-G. B : Il faut évidemment lutter contre les abus. Certains étudiants obtiennent un visa, s’inscrivent puis disparaissent. Ces situations existent et ce n’est pas si simple de les régler. Mais il ne faudrait pas qu’en voulant corriger ces dérives nous cassions l’attractivité de la France et notre capacité à attirer des talents internationaux.

O. R : La concurrence internationale s’intensifie-t-elle aujourd’hui ?

J-G. B : Elle va devenir aussi importante que celle que nous avons connue en France. Nous ne serons plus seulement en compétition avec d’autres écoles françaises mais avec des établissements du monde entier. Plusieurs pays développent rapidement leur enseignement supérieur et deviennent eux-mêmes des destinations attractives.

O. R : Le Maroc en est un exemple ?

J-G. B : Tout à fait. Le Maroc développe rapidement son enseignement supérieur et attire désormais de nombreux étudiants africains. De belles institutions se sont créées, les coûts sont souvent plus faibles et la proximité culturelle est forte.

O. R : La Chine pourrait-elle également devenir moins pourvoyeuse d’étudiants ?

J-G. B : Les universités chinoises montent en puissance et il faut envisager que certains flux se réduisent progressivement ou soient traités d’autres façons. Plus largement, les tensions économiques, politiques et géopolitiques rendent le marché international beaucoup plus incertain.

L’APPRENTISSAGE ARRIVE À UN TOURNANT

O. R : L’apprentissage a été un formidable moteur de croissance de l’enseignement supérieur. A-t-il aussi généré des effets pervers ?

J-G. B : Son développement a permis à beaucoup de jeunes d’accéder à des études qu’ils n’auraient jamais pu financer autrement. Mais il a également provoqué une explosion de l’offre, notamment dans le supérieur, avec parfois des formations et des organismes dont la qualité peut légitimement être interrogée.

O. R : Le marché arrive-t-il aujourd’hui à saturation ?

J-G. B : Nous commençons clairement à le voir, notamment dans les formations au management. Les entreprises ne disposent pas d’un nombre illimité de postes et de contrats. L’offre de diplômés a progressé plus rapidement que les besoins sur certains métiers. De plus les évolutions technologiques, l’IA, conduisent à des changements importants de certains métiers, voire même en font progressivement disparaitre ou apparaitre de nouveaux .

Nous commençons à voir les premiers signes de fragilisation. Les recrutements directs sont moins systématiques et certains diplômés acceptent des emplois qui ne correspondent pas réellement au niveau théorique de leur diplôme.

O. R : Les réductions de financement de l’apprentissage changent-elles également la donne ?

J-G. B : Les entreprises doivent davantage contribuer au financement des contrats et deviennent naturellement plus sélectives et ce dans un cadre économique sous forte tension. Le système avait connu des niveaux de prise en charge parfois difficiles à comprendre. Il s’est certes rationalisé, mais les modifications du financement ont changé la donne et beaucoup de voix trouvent que le développement de l’alternance a beaucoup trop profité au supérieur…

O. R : La pédagogie de l’alternance a-t-elle toujours suivi l’explosion quantitative ?

J-G. B : Dans certains cas, elle a laissé à désirer. Développer l’alternance ne consiste pas simplement à placer un étudiant dans une entreprise. Il faut penser l’articulation entre les périodes académiques et professionnelles, accompagner les étudiants et les entreprises et mesurer réellement les apprentissages.

Des diplômés de master peuvent être recrutés sur des fonctions autrefois occupées par des bac+2 ou bac+3. Cela peut créer beaucoup de frustration : après cinq années d’études, les étudiants s’attendent naturellement à obtenir un poste correspondant au niveau de qualification acquis.

O. R : Les ingénieurs échappent-ils davantage à cette évolution ?

J-G. B : Leur situation reste différente parce que nous manquons réellement d’ingénieurs. Mais, même dans leur cas, il faut rester attentif à l’évolution des métiers et des recrutements. Aucun modèle n’est totalement protégé.

LA FORMATION CONTINUE, UN RELAIS PLUS DIFFICILE QU’IL N’Y PARAÎT

O. R : Les écoles peuvent-elles compenser le ralentissement de certains marchés étudiants par la formation continue ?

J-G. B : C’est un axe que nous devons développer, mais il ne faut pas en attendre des miracles. Certains formats fonctionnent très bien, notamment les MBA ou des formations longues destinées aux cadres. La formation continue classique est beaucoup plus difficile. Le sur-mesure exige un très haut niveau d’expertise et des profils capables de comprendre intimement les besoins d’une entreprise. Ce ne sont pas nécessairement les mêmes compétences que celles requises pour diriger ou enseigner dans un programme académique.

Il faut des professionnels expérimentés, capables de dialoguer avec les dirigeants, de diagnostiquer un besoin et de construire une réponse spécifique. Toutes les écoles ne disposent pas naturellement de ces ressources.

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