EMPLOI / SOCIETE

Premier emploi : des jeunes diplômés en quête de sens

Deux enquêtes sur les attentes des étudiants face à l’emploi en attestent : les jeunes diplômés veulent donner du sens à leur carrière professionnelle. Le centre d’expertise de l’EDHEC publie la 4ᵉ édition de son Baromètre « NewGen NewJob » auprès d’étudiants de grandes écoles de management sur les enjeux du premier emploi pendant que le Baromètre Talents, réalisé par Opinionway pour SKEMA Business School et EY, dévoile son édition 2025. Autre éclairage du côté du Céreq qui établit dans une note qu’un jeune sur quatre souhaite changer de métier. Et là aussi la volonté de donner davantage de sens à son travail est importante : elle arrive même en deuxième position dans les motivations des jeunes qui la citent à 77%.

Source : NewGen Talent Centre de l’Edhec

Le bien-être au travail : une priorité

L’étude menée par l’Edhec rappelle d’abord les différences d’ambitions au sein des jeunes générations qui se répartissent entre :

  • les compétiteurs (43 %) : attirés par une progression de carrière et une prise de responsabilités rapide, une rémunération attractive ;
  • les engagés (29 %) : motivés par l’impact sociétal, la culture et les valeurs de l’entreprise, ainsi que l’utilité de leur mission ;
  • les intra/entrepreneurs (28 %) : en quête de liberté, d’innovation et d’autonomie dans la gestion de leurs projets.

Quelle que soit leur ambition professionnelle, ce que les jeunes interrogés redoutent le plus de vivre est la « perte de sens » qui arrive largement en première position (50%) suivie de l’ennui (39%) puis de la surcharge de travail (11%). A cette question, les profils « engagés » sont 61% à citer prioritairement la perte de sens (contre 41% des « compétiteurs »), tandis que les compétiteurs sont 47% à mentionner d’abord l’ennui (contre 27% des engagés). « Parce qu’ils sont convaincus que le travail est une source d’épanouissement, les jeunes diplômés d’aujourd’hui ne s’engageront durablement que dans un travail qui a du sens, avec un management de confiance et un cadre favorisant leur bien-être mental. Les entreprises qui sauront répondre à ces attentes gagneront en attractivité et surtout parviendront à fidéliser plus sûrement leurs talents », analyse Manuelle Malot, directrice du NewGen Talent Centre de l’EDHEC.

53% des jeunes interrogés par l’Edhec jugent la perte de sens comme la situation la plus dommageable pour le bon fonctionnement de l’entreprise, en tête de classement quel que soit le profil. Ils sont 27% à indiquer la surcharge de travail (considérée comme plus problématique pour l’entreprise qu’à titre personnel) puis 20% seulement à pointer l’ennui. Cela dit si 91 % des étudiants interrogés par Skema prônent l’égalité femmes-hommes et 88 % réclament un engagement écologique fort, seuls 18 % quitteraient une entreprise qui ne partage pas leurs valeurs. Un décalage qui illustre selon l’étude un rapport ambivalent aux enjeux sociétaux : « si l’éthique est un prérequis, elle ne constitue pas un moteur de décision ».

Pat ailleurs 84% des futurs jeunes diplômés estimant que c’est le devoir de l’entreprise d’assurer le bien-être mental de ses collaborateurs, ce bien-être mental au travail n’est « plus un simple avantage mais une responsabilité de l’entreprise » analyse l’Edhec. Plus de 9 jeunes sur 10 attendent d’ailleurs de leurs managers qu’ils leur accordent de la confiance, leur donnent de l’autonomie, et protègent leur équipe.

Parmi les éléments les plus importants qui contribueront à leur qualité de vie au travail, ils placent en première position l’alignement de leur emploi avec leurs valeurs (29%), puis leur santé mentale (24%) et la fonction exercée (23%).

Autre enseignement marquant : la confiance en l’avenir est en recul. Si 74 % des jeunes restent confiants quant à leur insertion professionnelle, ce chiffre était de 80 % en 2022 dans l’enquête Opinionway L’inquiétude est particulièrement forte chez les étudiants français (67 % contre 84 % pour les étrangers), révélant un « malaise national face aux perspectives d’emploi ».

La quête d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle

Si le travail est la priorité de tous les futurs jeunes diplômés en début de carrière, ils prévoient qu’il sera détrôné par la vie familiale à 35 ans, et ce quel que soit le profil d’ambition, compétiteurs, engagés et entrepreneurs selon l’enquête de l’Edhec. Dans ce cadre la quête d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle devient rapidement un enjeu majeur :

  • près de 40 % des jeunes diplômés souhaiteraient répartir leur activité professionnelle sur moins de cinq jours ;
  • 40 heures par semaine est considérée comme la durée idéale pour préserver engagement et productivité.

Dans l’étude menée pour Skema le respect arrive en tête des valeurs plébiscitées (30 %), suivi de l’excellence et de l’engagement. Les jeunes veulent avant tout évoluer rapidement (75 % considèrent ce critère comme prioritaire), mais sans sacrifier leur bien-être : 55 % jugent qu’un bon management est essentiel à leur engagement.

Quelle est la valeur la plus importante pour vous dans le monde professionnel ? (Source : Baromètre Talents, réalisé par Opinionway pour SKEMA Business School et EY)

L’IA générative suscite un engouement croissant : 85 % des étudiants s’y intéressent, et 44 % se disent « très intéressés ». Cependant, l’enthousiasme est teinté de prudence : 92 % reconnaissent ses gains de productivité, mais 84 % s’inquiètent de la réglementation et 83 % des risques éthiques qu’elle soulève.

« Attirer les jeunes talents repose sur la capacité des entreprises à incarner des valeurs fortes, comme le respect, et également sur la promesse d’un apprentissage stimulant auprès des managers qui les forment, avec une rémunération attractive. L’Intelligence Artificielle générative est déjà parfaitement intégrée par cette génération, elle devient un levier clé pour enrichir l’apprentissage, optimiser leur travail et répondre à leurs attentes en matière d’innovation », estime Patrick Vincent-Genod, associé Audit au sein d’EY.

Comment recruter et… conserver ses recrues ?

87 % des jeunes préfèrent encore les grandes entreprises selon l’étude menée pour Skema. Côté salaire, 48 % ne resteraient pas dans une entreprise sans revalorisation régulière, tandis que l’ambiance de travail est un facteur d’attraction majeur, notamment pour les femmes (62 % la considèrent comme un critère décisif, contre 55 % des hommes). Les attentes en matière de formation sont fortes : 60 % comptent sur leur futur employeur pour les accompagner dans la maîtrise de ces outils stratégiques.

Et plus précisément, qu’est-ce qui vous ferait rester plus longtemps à votre poste ou dans une entreprise ? (Source : Baromètre Talents, réalisé par Opinionway pour SKEMA Business School et EY

Un jeune sur quatre souhaite changer de métier

Selon l’étude menée par le Céreq 36 % des jeunes entrés sur le marché du travail en 2017 déclarent ainsi avoir envisagé une réorientation professionnelle, et 24 % affirment avoir engagé des démarches dans ce sens entre le printemps 2020 et l’automne 2023. Des aspirations qui correspondent d’abord à une volonté changement de métier : 93 % des jeunes ayant entrepris des démarches l’ont fait pour changer de métier, et 83 % pour évoluer vers un autre secteur d’activité.

Et si parmi les motifs de réorientation les plus fréquents, on retrouve en tête de liste l’attirance pour un autre domaine professionnel (84 %), c’est là aussi la volonté de donner davantage de sens à son travail (77 %) qui suit devant celle de mieux concilier vies professionnelle et personnelle et d’améliorer ses conditions de travail (67 % dans les deux cas). Par ailleurs, 58 % des jeunes expriment aussi le désir d’augmenter leur rémunération.

Par ailleurs les jeunes éloignés du marché du travail s’engagent plus fréquemment dans des démarches de réorientation professionnelle. Une tendance encore plus marquée chez les diplômés du supérieur ayant connu une trajectoire de chômage, avec une part de réorientation déclarée atteignant 40 %.

De même les personnes qui considèrent que leur emploi ne correspond pas à leur formation sont deux fois plus enclines à envisager une réorientation que celles dont l’emploi est en adéquation avec leur formation (30 % versus 15 %).

Les jeunes issus d’un ménage à dominante ouvrière sont ainsi moins enclins à engager des démarches que celles et ceux dont les deux parents sont cadres, de même que ceux ayant un enfant à charge.

In fine en 2023, 88 % des jeunes ayant entrepris une réorientation ont quitté l’emploi qu’ils occupaient trois ans après la fin de leurs études, que ce soit après une démission, une fin de contrat ou pour d’autres raisons. À titre de comparaison, 53 % des jeunes n’ayant pas de projet de réorientation ont quitté leur poste pendant cette même période.

  • Méthodologie du Baromètre Talents 2025: Pour la troisième année consécutive, l’étude a été menée du 6 janvier au 7 février 2025 par Opinionway pour Skema Business School et EY, auprès de 842 étudiants, issus de l’enseignement supérieur, principalement de business schools et d’écoles d’ingénieur
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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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