ALTERNANCE / FORMATION CONTINUE

Formation continue : les enjeux de la réforme de la formation professionnelle

52% des responsables de formation ne sont pas satisfaits de la réforme, car elle fait disparaître certains dispositifs de financement, selon une enquête du Garf (Groupement des acteurs et responsables de la formation), présentée lors de l’Université d’hier de la formation professionnelle de CentreInffo fin janvier dernier.  L’édition 2020 de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, organisée par Centre Inffo du 29 au 31 janvier à Biarritz sur la thématique « La compétence à portée de tous ! », a donné un large écho à ces questions.

Le paradoxe français de la formation. Partout en Europe les entreprises ont du mal recruter. Le paradoxe français est que cela s’avère difficile alors que le chômage touche 8,5% de la population quand il faut descendre à 5% pour constater le même phénomène ailleurs en Europe. « Les modèles allemand et suisse permettent une adaptation quasi parfaite aux besoins des entreprises. Quand un candidat veut se former à un métier c’est l’entreprise qui lui trouve la formation adaptée », explique le directeur général pour la France et l’Europe du Nord d’Adecco, Christophe Catoir, qui recrute chaque année 700 000 candidats pour 800 000 missions.

Des candidats qu’il forme de plus en plus pour répondre aux évolutions des besoins des entreprises : en 2019 Adecco a consacré 100 M€ à la formation professionnelle et entend former 45 000 personnes en 2020. Puis monter à 150 000 dans les dix ans en investissant pour cela 200 M€ chaque année. æ confie Christophe Catoir.

Ce qui change pour les entreprises. La fin du financement du plan de formation pour les entreprises de 50 salariés et plus est le principal point d’achoppement de la réforme de la formation professionnelle du côté des entreprises. Dorénavant les entreprises de plus de 50 salariés ne peuvent plus recevoir de fonds paritaires. Les fonds collectés seront réservés prioritairement aux TPE/PME de moins de 50 personnes.

Au-delà de 50 salariés le plan de formation devient un « Plan de développement des compétences ». L’article L.6313-2 de La loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel définit l’action de formation comme « un processus pédagogique permettant l’atteinte d’un objectif professionnel. Elle fait l’objet de modalités d’apprentissage identifiées pouvant comprendre des séquences de positionnement pédagogique, de formation et d’accompagnement de la personne qui suit l’action, dont les acquis sont évalués. Elle peut être réalisée en tout ou partie à distance. Elle peut être réalisée en situation de travail. »

C’est à noter le terme « programme » jusqu’ici employé pour définir les actions de formation a disparu, remplacé par un « objectif professionnel » à la fois plus large et plus vague. C’est au moment du bilan de la formation, obligatoire pour chaque salarié tous les six ans, que telle ou telle action sera ou non retenue comme étant de formation. Le tout alors que vont de plus en plus se développer les Afest (actions de formation en situation de travail).

A quoi va servir le CPF ? La création du compte personnel de formation (CPF) doit rendre chaque salarié acteur de sa formation. Si l’application fonctionne plutôt bien la masse même de formations rend son démarrage compliqué pour le salarié. Et si toute personne peut aujourd’hui bénéficier d’un conseil en évolution professionnelle (CEP) cela ne suffit pas. Une fois les avis donnés sur les formations par les utilisateurs, un peu comme sur Trip Advisor et sans trop de triche on l’espère, il sera plus facile de choisir. La qualité de service des organismes de formation deviendra alors un argument déterminant.

Beaucoup d’entreprises se disent également prêtes à abonder les CPF de leurs salariés. A condition qu’ils suivent des formations qui leur conviennent… Certes elles ne peuvent pas contraindre un salarié à le faire mais la disparition des financements mutualisés pour la plupart d’entre elle rebat forcément les cartes en ce sens.

Du côté des organismes de formation il faudra aussi se pencher sur l’impossibilité pour le salarié de payer en plusieurs fois. « Le CPF a été conçu pour des petites sommes. Dès lors qu’on parle du financement d’un master il faut pouvoir faire payer en plusieurs fois le candidat. Nous en avons déjà perdu », déplore le directeur de l’IAE de Paris et président d’IAE France, Eric Lamarque qui a soumis la question à la Caisse des Dépôts, en charge du développement de l’application CPF, et « attend des améliorations ». Le passage par la Caisse des Dépôts devrait en revanche garantir le bon paiement des apprenants. Mais seulement à la fin de leur formation…

  • Dans le cadre de son CPF rappelons que chaque actif cumule 500 euros de crédit formation par an plafonnés à 5000 euros sur 10 ans. Les actifs en CDD verront leurs comptes crédités au prorata temporis. (800 et 8000 euros aux personnes sans qualification).

Demain l’amortissement ? Ce serait une révolution. L’autorité des normes comptables (ANC) semble vouloir permettre aux entreprises d’amortir une partie des dépenses de formation. Schématiquement l’ANC a proposé en décembre 2019 de comptabiliser dans le coût de l’immobilisation les formations nécessaires à la mise en service de l’immobilisation. Ainsi toute formation externe jointe à un outil de production (machine, informatique, etc.) pourrait être comptabilisée en actif de l’entreprise, donnant droit à amortissement.

De plus sous l’intitulé « Contribution unique des employeurs à la formation professionnelle » a été ajoutée la possibilité pour les entreprises d’inscrire dans l’annexe des comptes un certain nombre d’informations relatives à la formation professionnelle.

Même s’il ne concerne pas toutes les actions de formation cet amortissement va être une excellente nouvelle pour des entreprises bien dépitées de ne plus pouvoir faire appel aux fonds paritaires pour leurs formations.

 

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

1 Comment

  1. Bel article qui montre bien que nous allons à nouveau créer un inégalité de fonctionnement sur la formation professionnelle. Je suis totalement d’accord avec le principe de donner la priorité aux PME de -50 salariés, mais est-ce que pour autant il était nécessaire de presque tout supprimer pour les autres ?

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